Cette petite fille de cinq ans fait partie des 73 rescapés de l’Open Arms secourus le 21 novembre 2019 au large de la Libye. Crédit : Reuters
Cette petite fille de cinq ans fait partie des 73 rescapés de l’Open Arms secourus le 21 novembre 2019 au large de la Libye. Crédit : Reuters

Des centaines de migrants ont été secourus par des navires humanitaires au large de la Libye au cours des deux derniers jours. D’autres ont été interceptés par les garde-côtes libyens. La météo clémente et l’intensification des combats autour de Tripoli expliquent ce pic de départs vers l’Europe.

Au moins une dizaine d’embarcations de fortune ont pris la mer ces dernières 48 heures depuis les côtes libyennes et tunisiennes, à destination de l’Europe. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), cela représente au moins 600 migrants. Certains ont été secourus par l’un des trois navires humanitaires qui sillonnent actuellement la zone de détresse au large de la Libye. D’autres ont été interceptés par les garde-côtes libyens ou tunisiens et renvoyés à leur point de départ ou en détention.

À lui tout seul, le navire humanitaire Ocean Viking a procédé à trois opérations de sauvetage : la première, qui a eu lieu mardi, a porté secours à 95 personnes, dont plusieurs femmes enceintes et de très jeunes enfants. La seconde, mercredi, a permis de secourir 30 personnes.

La troisième opération de sauvetage est intervenue jeudi soir. “Soulagement à bord de l’Ocean Viking qui vient de secourir 90 personnes d’un canot pneumatique en détresse, repéré après environ 24h de recherches”, a tweeté SOS Méditerranée, l’ONG qui affrète le navire aux côtés de Médecins sans frontières (MSF). “Les [rescapés] déclarent avoir quitté la Libye mardi [et auraient donc passé] 48h en mer avant d'être enfin repérés à 82 milles nautiques des côtes.”

À la recherche d'un port sûr

Un total de 215 rescapés se trouvent à bord du Ocean Viking qui “fait actuellement route vers le nord” dans l’espoir de les débarquer au plus vite en Europe, indique SOS Méditerranée dans un communiqué. “[L’équipage] a demandé aux centres de coordination de sauvetage en mer (MRCC) italiens et maltais d'assigner un lieu sûr pour y débarquer les 215 survivants, après que les autorités libyennes ont attribué Tripoli comme ‘lieu sûr’. Nous avons dû répondre que nous ne pouvions pas y aller, puisqu'aucun port en Libye n'est actuellement considéré comme un ‘lieu sûr’ selon le droit international.”

À la mi-journée, vendredi, l'équipage a fait une demande d’évacuation médicale pour deux de ses rescapés : "Une femme enceinte de jumeaux et un homme blessé par balles". Selon l’équipe médicale de MSF actuellement présente sur l'Ocean Viking, "ces deux cas nécessitent des soins qui ne peuvent être prodigués à bord du navire". 

L’Open Arms, de son côté, a secouru 73 personnes jeudi, dont 69 hommes et 4 femmes. Sur Twitter, l’ONG qui affrète le bateau, Proactiva Open Arms, fait état de cas de "chocs traumatiques, de brûlures au deuxième et troisième degré, de blessures par balle, d’hypothermie grave et de déshydratation" parmi les rescapés.  

Quelques heures plus tard, c’est l’Aita Mari - le navire de sauvetage des ONG espagnoles PROEM-AID et SMH - qui, à son tour, portait secours à 78 personnes “qui étaient à la dérive”. Sept femmes et onze mineurs ont été dénombrés. Le navire demeure au large de la Libye, à la recherche d’une autre embarcation en détresse, mentionné par la plateforme téléphonique AlarmPhone. Une troisième embarcation à la dérive avec au moins 70 personnes à bord a, quant à elle, été secourue par la marine maltaise.

Pendant ce temps-là, une embarcation avec 74 migrants est parvenue à arriver, par elle même à Lampedusa, jeudi. Selon l’OIM, les migrants étaient partis de Zouara en Libye.

"Un mépris total pour ceux qui fuient la Libye"

Mais il y a aussi ceux qui ne parviennent pas à atteindre l’Europe. Les garde-côtes libyens ont ainsi intercepté 289 migrants dont 14 enfants et 33 femmes, également en 48 heures. L’OIM indique qu’ils ont été immédiatement transférés dans des centres de détention en Libye. Les équipes de l’agence onusienne qui étaient présentes au débarquement relèvent que les migrants semblaient tous “vulnérables et effrayés”. Les garde-côtes tunisiens ont également intercepté 43 migrants jeudi matin qui étaient partis de l’île de Djerba.

>> À (re)voir : Exclusif : avec les garde-côtes libyens lors d’une opération de "sauvetage" de migrants

D’autres bateaux ont lancé des appels de détresse auprès d’AlarmPhone, mais n’ont pas, pour l’heure, été pris en charge. Un pêcheur a également été témoin, mercredi soir, d'un naufrage au large de la Libye. L'homme dit avoir secouru 30 personnes tandis que 67 autres seraient décédées. Le naufrage n’a, toutefois, pas pu être vérifié par l’OIM.

“D'après mon expérience, la situation actuelle en Méditerranée centrale est pire qu'elle ne l'a jamais été ces dernières années”, lance Nicholas Romaniuk, coordinateur des opérations à bord de l'Ocean Viking. “Il n'y a pas de coordination dans la région. Il semble y avoir un mépris total pour les personnes fuyant la Libye par bateau et qui risquent ainsi de perdre la vie. C'est extrêmement frustrant et très dangereux pour les personnes elles-mêmes.”

>> À (re)lire : Libye : la détention des migrants est “un business profitable” pour Tripoli, selon un rapport de l’UE

Ce pic significatif des départs de migrants peut s’expliquer d’une part par une accalmie météorologique, et d’autre part par une intensification des combats à Tripoli. “Les bombardements actuels sont parmi les plus lourds depuis que le conflit a commencé en avril dernier”, souligne l’OIM qui se dit “extrêmement inquiète” pour la sécurité des migrants. L’organisation réitère son appel à l'Union européenne et à l'Union africaine à un “changement urgent d'approche de la situation en Libye”. “Des mesures immédiates doivent être prises pour démanteler le système de détention et trouver des solutions alternatives pour protéger des vies.”

Entre le 1er janvier et le 13 novembre 2019, 1 091 migrants ont péri en mer alors qu’ils essayaient de rejoindre l’Europe, selon les statistiques de l’OIM. Quant aux combats en Libye, ils ont déjà fait plus de 1 000 morts et 120 000 déplacés depuis avril, également selon l'ONU.


 

Et aussi