Ces migrants africains font partie des rescapés secourus le 21 novembre par l'Open Arms. Crédit : Reuters
Ces migrants africains font partie des rescapés secourus le 21 novembre par l'Open Arms. Crédit : Reuters

Après avoir été secourus la semaine dernière par les navires humanitaires Ocean Viking, Open Arms et Aita Mari, 352 migrants ont été autorisés à débarquer dans trois ports différents en Italie. Dans le même temps, l’Alan Kurdi a repris du service dans la zone de détresse au large de la Libye. Il est le seul navire humanitaire actuellement sur place.

Les 213 migrants secourus par l’Ocean Viking lors de trois opérations de sauvetage la semaine dernière ont pu être débarqués dimanche 24 novembre à Messine, en Sicile, ont annoncé dans un communiqué les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières (MSF) qui affrètent le navire. Près d'un tiers des rescapés étaient des enfants de moins de 18 ans, dont la grande majorité voyageaient seuls.

Avant de recevoir l’autorisation d’accoster en Italie, l’équipage avait obtenu, vendredi, l’évacuation en urgence vers l’île de Malte d’une femme enceinte de jumeaux et d’un homme blessé par balle en Libye.

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"Nous sommes soulagés que les survivants soient débarqués dans un lieu sûr”, a réagi Nicholas Romaniuk, coordinateur des opérations de recherche et sauvetage pour SOS Méditerranée à bord de l'Ocean Viking. “En raison d'un manque de coordination et de moyens de recherche et de sauvetage spécialisés dans la région de recherche et sauvetage libyenne, et de conditions météorologiques très instables, des vies humaines continuent d'être mises en danger en tentant cette périlleuse traversée", a-t-il ajouté, précisant que ces derniers jours avaient été “particulièrement meurtriers en Méditerranée centrale”.

Samedi, l'Italie, l'Allemagne, la France et Malte avaient conjointement demandé à la Commission européenne d'activer la procédure de répartition pour migrants de l'Ocean Viking, selon le ministère italien de l'Intérieur. "C'est la première fois que cela se produit" depuis la signature d'un pré-accord de répartition automatique des migrants secourus en Méditerranée, conclu en septembre à Malte par quatre pays de l'UE (France, Allemagne, Malte et Italie), a précisé le ministère italien.

Les ONG pour "un mécanisme de débarquement durable et prévisible”  

Mais pour SOS Méditerranée et MSF, la réponse de l’UE est loin d’être suffisante. Les deux ONG appellent les Vingt-Huit “à répondre au besoin urgent de capacités européennes de recherche et de sauvetage proactives et à mettre en œuvre de manière efficace un mécanisme de débarquement durable et prévisible.”

Actuellement, les équipages des navires humanitaires n’ont aucune visibilité sur le mécanisme de répartition des migrants secourus en mer. Depuis le départ de Matteo Salvini du gouvernement italien, les débarquements en Italie ont repris au compte-goutte et les interminables attentes en mer des rescapés épuisés semblent terminées. Mais les autorités continuent d’assigner la Libye comme port sûr de débarquement des rescapés, ce à quoi les ONG s’opposent farouchement.

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Ainsi, après avoir refusé, dans un premier temps, de laisser l’Open Arms accoster en Italie, les autorités ont finalement donné leur accord, dimanche 24 novembre, au débarquement de 62 migrants.

Le navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms fait route vers Tanrente, dans le sud de l’Italie, où il est attendu mardi matin. À bord, la nouvelle a été accueillie par une salve d’applaudissements et des cris de joie.

À l’origine, les rescapés étaient au nombre de 73 à bord de l’Open Arms à l’issue de son opération de sauvetage survenue jeudi 21 novembre. Mais Les garde-côtes ont évacué 11 migrants qui avaient besoin de soins médicaux. Parmi les personnes évacuées figurent deux jeunes enfants et leurs familles, des migrants souffrant de brûlures et un homme blessé par balle au pied. Ils ont été conduits au port italien d'Augusta.

Une équipe médicale s'affaire autour d'un rescapé, le 24 novembre à bord du navire humanitaire Open Arms. Crédit : ReutersUn troisième navire humanitaire a reçu, lundi, l’autorisation de débarquer en Italie. L’Aita Mari des ONG espagnoles PROEM-AID et SMH fait route, pour sa part, vers Pozzallo, dans le sud de la Sicile, avec 78 migrants à son bord. Sur Twitter, l’équipage explique ne pas savoir quand le navire arrivera à bon port en raison d’une mer très agitée.

En raison d’une météo un peu plus favorable sur le littoral libyen et de l’intensification des combats dans la région de Tripoli, les départs de migrants dans des embarcations de fortune à destination de l’Europe ont explosé la semaine dernière. 

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Si quelques centaines ont été secourus par les navires humanitaires, ils sont aussi plus de 440 à avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, selon SOS Méditerranée et MSF. Les deux ONG estiment que “l'UE devrait reconsidérer son soutien politique et matériel au système des retours forcés en Libye. Les personnes fuyant la Libye ne peuvent tout simplement pas y être renvoyées.”

L'Alan Kurdi, seul navire humanitaire au large de la Libye

Outre les sauvetages et interceptions, un naufrage est également survenu samedi 23 novembre au large de l'île italienne de Lampedusa provoquant la mort d'au moins sept migrants, dont cinq femmes. L’embarcation partie de Libye transportait plus de 150 personnes. Un autre naufrage survenu mercredi mais n’ayant pas été confirmé aurait également fait près de 70 morts.

Un seul navire sillonne actuellement la zone de détresse au large de la Libye : l’Alan Kurdi de l’ONG allemande Sea-Eye a ainsi repris du service après plusieurs mois d'immobilisation par la justice italienne.

Entre le 1er janvier et le 13 novembre 2019, 1 091 migrants ont péri en mer alors qu’ils essayaient de rejoindre l’Europe, selon les statistiques de l’OIM. Quant aux combats en Libye, ils ont déjà fait plus de 1 000 morts et 120 000 déplacés depuis avril, également selon l'ONU.

 

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