Image d'une distribution de nourriture au GDF de Tripoli, en août 2019. Crédit : DR
Image d'une distribution de nourriture au GDF de Tripoli, en août 2019. Crédit : DR

Les migrants actuellement réfugiés dans une partie du centre du HCR à Tripoli, le GDF, accusent l’agence onusienne de les "affamer". Ces migrants n’ont pas accès aux distributions de nourriture et n'ont plus le droit d'en apporter de l'extérieur. Le HCR, de son côté, se défausse de toute responsabilité et assure que ce sont les autorités libyennes qui sont en charge de l’intendance du lieu.

"L’ONU nous affame pour qu’on quitte le centre". Massaoud* ne décolère pas. Ce migrant fait partie des 400 personnes qui se sont réfugiées dans un hangar juste à côté du centre de rassemblement et de départ (GDF), géré par les autorités libyennes en coordination avec le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). Il avait rejoint le centre après avoir été libéré de la prison d’Abu Salim le 29 octobre.

Selon lui, depuis leur arrivée, le GDF ne distribue pas de nourriture à ces migrants et depuis quelques jours, leur interdit même d’en faire entrer dans l’enceinte du hangar. En tout, 400 personnes seraient concernées par ces restrictions de vivres - sur les 1 200 hébergées au sein du centre du HCR à Tripoli. 

Ahmed*, un autre migrant du GDF, affirme à InfoMigrants que les autorités font en effet la différence entre deux catégories : les 400 migrants de la prison Abu Salim – arrivés en octobre - et les autres.

Quelques migrants autorisés à apporter de la nourriture

"Avant on pouvait faire entrer de la nourriture. Mais depuis ce week-end, la police refuse sans justification", soupire Massaoud qui raconte avoir été battu par les gardes libyens et envoyé dans la prison de Tarek al-Sika plusieurs jours parce qu’il avait justement apporté de la nourriture dans le hangar. Il a ensuite été renvoyé au GDF. 

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Contacté par la rédaction, le HCR se dégage de toute responsabilité. Selon l’agence onusienne, ce sont les autorités libyennes qui sont en charge de l’intendance du lieu. Et toujours selon le HCR, les Libyens n'autoriseraient, en effet, les entrées de vivres dans le hangar qu'au compte-goutte.

"La DCIM, l'organe du ministère de l'Intérieur chargé de surveiller le périmètre de l'installation [du hangar], n'autorise actuellement que peu de représentants des demandeurs d'asile à acheter de la nourriture et des boissons pour le reste du groupe", explique Tarik Argaz, porte-parole du HCR en Libye, dans un mail envoyé à InfoMigrants.

Les migrants priés de quitter le centre

Les migrants d’Abu Salim accusent également le HCR de les pousser dehors en les affamant. Mais les exilés affirment n’avoir nulle part où aller et redoutent les combats qui font rage dans la capitale libyenne. De son côté, le GDF se justifie en précisant que le centre est surpeuplé et qu’il est destiné à un "public vulnérable". 

"Ils nous ont dit que la seule solution pour nous était de sortir du centre et de nous intégrer dans la société libyenne", explique encore Massaoud qui déplore que l’ONU ne traite pas son dossier de réinstallation. "Mais je vais faire quoi dehors ? C’est trop dangereux", s’inquiète le jeune homme.

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L'ONU propose un accompagnement à ceux qui accepteraient de quitter le GDF volontairement. "Le HCR leur offre une assistance pour les aider à s’établir dans les zones urbaines, y compris une assistance financière d’urgence pour une période de deux mois, des articles de première nécessité notamment des matelas, des couvertures, des vêtements, des kits d’hygiène, ainsi que l’accès à des soins médicaux", déclare encore Tarik Argaz.

Depuis les premières arrivées spontanées début juillet, seulement 40 migrants ont accepté de quitter le GDF et de bénéficier de l’aide du HCR.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés. Massaoud et Ahmed ne souhaitent pas donner leur nationalité par peur des représailles.

 

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