Des gendarmes démantèlent un campement de migrants à Calais, en octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des gendarmes démantèlent un campement de migrants à Calais, en octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Plusieurs campements de migrants installés dans la zone industrielle des dunes, à Calais, ont été évacués mardi matin par les forces de l’ordre. Les associations présentes lors de l'évacuation ne savent pas où les migrants ont été emmenés.

Une nouvelle évacuation a eu lieu mardi 3 décembre à Calais. Les forces de l’ordre ont expulsé plusieurs campements installés dans la zone industrielle des dunes, à Calais (Pas-de-Calais) en début de matinée.

Dès 7h30, de nombreux CRS et gendarmes mobiles ont bouclé cette zone composée essentiellement d'un petit bois et de terrains vagues, à quelques centaines de mètres de l'ancienne "jungle" de Calais. Les journalistes n'étaient pas autorisés à s'approcher et restaient bloqués à environ un kilomètre.

Une quinzaine de bus avait été affrété. Environ 30 migrants sont montés dans chacun des véhicules. La destination des bus n’a pas été précisée. "On ne sait pas où les bus ont été acheminés, ni si l’information a été donnée aux personnes qui montaient dans le bus", déplore à InfoMigrants Eugénie Jolly, membre de l’association L’Auberge des migrants et du collectif Human rights observers.

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La destination des bus n’est jamais communiquée à l’avance pour que les migrants ne refusent pas de quitter Calais pour un autre département. "Le 23 octobre 2018, j’ai assisté à un départ de bus à Grand Synthe, se souvient Claire Millot, secrétaire générale de l’association Salam. Avant de partir, même le chauffeur ne savait pas où il allait. Ce jour-là, le sous-préfet lui a crié la destination au moment du départ. Je suis persuadée que c’est toujours comme ça."

Selon un communiqué de la préfecture du Pas-de-Calais, "à 12h00, 331 personnes isolées, réparties dans 9 bus, ont été prises en charge" et 43 personnes en situation irrégulière ont été interpellées en vue d'un placement en retenue administrative. "Nous avons constaté sur place la présence de deux camionnettes de la police aux frontières et une voiture appartenant au centre de rétention. Les deux camionnettes sont reparties pleines", détaille Eugénie Jolly.

"Depuis quelques semaines", le "bois Hedde", qui appartient à des propriétaires privés, était "occupé de manière illicite et prolongée par des migrants en l'absence de toute autorisation des propriétaires", a précisé la préfecture, comptabilisant "250 tentes" et "350 personnes" hébergées "dans des conditions extrêmement précaires".

Ces occupations "occasionnaient de sérieux problèmes de sécurité, de salubrité et de tranquillité", a ajouté la préfecture, précisant qu'une ordonnance d'expulsion avait été rendue le 10 octobre par la justice puis affichée sur le terrain le 19 octobre.

"L’objectif du démantèlement in fine, c’est que tout le bois soit clôturé"

Les expulsions de campements sont courantes à Calais. Selon l’association Salam, "entre 300 et 500 exilés", essentiellement des hommes originaires du Soudan, d'Éthiopie, d'Érythrée, d'Afghanistan ou encore d'Iran, étaient installés dans des tentes dans la zone. L'Auberge des migrants estimait elle que "500 à 600 personnes" se trouvaient sur place.

Pour Eugénie Jolly, il est possible que les migrants reviennent dans les jours prochains. "Mais l’objectif du démantèlement in fine, c’est que tout le bois le long de la rue des Gravelines soit clôturé, affirme la militante. Actuellement, le bois est en travaux. Des arbres ont été coupés et les bases de ce qui sera des barrières ont été posées."

C’est également à proximité de ce bois que l’association la Vie active, mandatée par l’État, distribue des petits déjeuners aux migrants, souligne-t-elle. "Ici, il y a une évacuation toutes les 48 heures et juste après, La Vie active vient donner des petits déjeuners, c’est absurde."

 

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