Image d'archives de la clôture à Calais. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Image d'archives de la clôture à Calais. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Le Secours Catholique, Médecins du monde (MdM), Médecins sans frontières (MSF), La Cimade et Amnesty International ont demandé mercredi 4 décembre l’ouverture d’une enquête parlementaire afin de faire la lumière sur les "violations des droits des exilés aux frontières".

"De Grande Synthe à Menton, en passant par la vallée de la Roya et par Hendaye, les frontières françaises sont les lieux d’atteintes inacceptables aux droits fondamentaux des personnes exilées". Dans un communiqué publié mercredi 4 décembre, cinq ONG – le Secours Catholique, Médecins du monde (MdM), Médecins sans frontières (MSF), La Cimade et Amnesty International – alertent une nouvelle fois contre les "violations des droits des exilés aux frontières" et demandent l’ouverture d’une enquête parlementaire.

"Il faut que les députés se rendent compte que les droits des migrants sont bafoués et qu’ils proposent des actions afin que les choses changent", a déclaré mercredi Véronique Fayet, présidente du Secours catholique, lors d’une conférence de presse dans les locaux de l’ONG.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : France : la lutte antiterroriste a favorisé la multiplication des refus d’entrée pour les migrants

En France, les députés ou les sénateurs peuvent décider de lancer des enquêtes parlementaires, qui leur donnent le droit d’auditionner des personnes impliquées. Ils publient le résultat de leur travail dans un rapport public qui propose des suggestions destinées à remédier aux dysfonctionnements constatés.

"On veut sortir du face à face stérile entre associations et ministère de l'Intérieur"

"En faisant appel à la représentation nationale, on monte d'un cran et on veut sortir du face à face stérile entre associations et ministère de l'Intérieur", a-t-elle ajouté.

La liste des atteintes aux droits aux frontières françaises "est lourde" selon les ONG qui évoquent notamment l’absence de tout dispositif sanitaire et social, les obstacles à la demande d’asile, la non-protection des mineurs isolés, les refoulements systématiques, les comportements brutaux… Médecins du monde parle par exemple de 15 à 25 mineurs refoulés par semaine à Menton (frontière franco-italienne) et explique que "les dates de naissances des mineurs sont changées sur les documents de refus d'entrée" sur le territoire français.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Ouverture d’une enquête sur de possibles infractions de la Police aux frontières de Menton

Ce n’est pas la première fois que les ONG dénoncent de tels faits, qui ont également été constatés par "plusieurs acteurs comme le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) ou encore le Contrôleur général des lieux de privation de liberté", a précisé lors de la conférence de presse Christophe Deltombe, président de la Cimade.

"Les violations des droits ont augmenté car les lieux de passage sont plus nombreux"

Cependant, il y a plusieurs années, ces violations étaient uniquement constatées dans la région de Calais. Or, "on observe depuis quelque temps les mêmes pratiques à la frontière franco-italienne et dernièrement à la frontière franco-espagnole", explique la Cimade. "Les violations des droits des migrants ont augmenté car les lieux de passage sont plus nombreux".

>> À (re)lire sur InfoMigrants : A la frontière franco-italienne, l’accueil des migrants est "indigne" et "irrespectueuse de leurs droits"

"Le sentiment d’impunité de la police s’est aussi développé", ajoute Marie Dorleans, fondatrice de l’association Tous migrants. "La répression et les violences sont monnaie courante dans la région de Briançon", assure-t-elle.

Les ONG ont rappelé que 30 migrants étaient morts à la frontière franco-italienne entre Menton et Briançon depuis 2015 et que deux corps avaient été retrouvés cette année sur une plage du Touquet, dans le nord de la France.

Mi-novembre, les députés de la France Insoumise (extrême-gauche) ont lancé une campagne baptisée "#37314mort", en référence au "nombre de personnes qui ont péri aux frontières européennes depuis 1993". L’objectif est de "porter à l’attention du plus grand nombre les mauvais traitements que subissent les personnes qui cherchent refuge dans notre pays afin que ces pratiques cessent".

 

Et aussi