Des garde-frontières bosniens et croates face à des migrants, à Maljevac, le 24 octobre 2018. Crédit : Reuters
Des garde-frontières bosniens et croates face à des migrants, à Maljevac, le 24 octobre 2018. Crédit : Reuters

Deux étudiants nigérians, venus en Croatie légalement pour participer à un tournoi de ping-pong, ont été mépris pour des migrants clandestins par les policiers croates et envoyés, sous la menace, en Bosnie, rapporte le Guardian. Les intéressés ont dû rester pendant plusieurs jours dans le camp de Velika Kledusha, sans eau ni chauffage, sous des températures glaciales.

Deux jeunes Nigérians se sont retrouvés pendant plusieurs jours dans une situation ubuesque en Bosnie-Herzégovine après avoir été chassés de la Croatie où ils étaient venus participer à un tournoi de ping-pong, a rapporté, jeudi 5 décembre, le journal anglais The Guardian. Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu, tous deux âgés de 18 ans, ont été interceptés par la police croate le 17 novembre alors qu’ils se promenaient dans les rues de la capitale Zagreb, sans document d’identité sur eux.

"Nous avons essayé d’expliquer [aux deux officiers de police] qui nous étions et nous leur avons dit que nos documents étaient restés dans notre auberge de jeunesse, mais ils nous ont emmenés au poste de police. Ils n’ont pas du tout écouté ce qu’on leur disait", a expliqué Eboh Kenneth Chinedu à un site d’information bosniaque.

Ces deux étudiants de l'Université Fédérale de Technologie d'Owerri, au Nigeria, avaient atterri à Zagred le 12 novembre pour participer au World InterUniversities Championships, une compétition annuelle qui s’est tenue cette année à Pula, en Croatie. Une fois la compétition terminée, ils avaient regagné Zagreb d’où leur vol retour pour Lagos était prévu le 18 novembre.

"L’officier de police m’a dit qu’il me tirerait dessus si je ne partais pas"

Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu ont été traités par la police croate comme des immigrés clandestins. Ils ont été forcés à monter dans un van et transférés à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine où se trouvaient déjà des groupes de migrants interceptés par les autorités alors qu’ils tentaient de traverser le pays. La police croate, régulièrement accusée de violences envers les migrants à la frontière, a alors donné l’ordre à tout le monde de partir à travers les bois et de rejoindre la Bosnie.

"Les deux policiers ne nous comprenaient pas, ils se moquaient de nous. Ils nous disaient 'vous allez retourner en Bosnie, là d'où vous venez'. Je leur ai dit 'je n'ai jamais été en Bosnie!'", a raconté Eboh Kenneth Chinedu. "J’ai refusé d’aller dans les bois, mais l’officier m’a dit qu’il me tirerait dessus si je ne bougeais pas."

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Les deux étudiant ont finalement été emmenés dans le centre d’accueil de Velika Kledusha situé au nord de la Bosnie, non loin de la Croatie. Là, des milliers de migrants sont entassés dans des tentes sans eau ni chauffage par des températures négatives.

Des visas en règle délivrés par les autorités croates

Fin novembre, des volontaires de Velika Kledusha ont pu contacter des représentants du tournoi de ping-pong auquel avaient participé Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu pour les alerter sur la situation.

"On m’a prévenu que deux étudiants nigérians avaient été emmenés en Bosnie par la police croate”, a affirmé l’organisateur du tournoi Alberto Tanghetti, interrogé par le Guardian. "J’ai demandé à ce qu’on m’envoie leurs photos et leurs noms. Après vérification, nous avons pu confirmer que ces garçons avaient bien participé au tournoi et qu’ils avaient des visas en règle, délivrés par les autorités croates. Je ne comprends vraiment pas ce qu’il s’est passé. Même la police de Pula était au courant qu’ils se trouvaient ici."

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Le ministère de l’Intérieur croate a pour sa part réagi à l’affaire en confirmant que les Nigérians avaient des visas en règle et étaient entrés en Croatie légalement mais a suggéré que les intéressés avaient essayé de rester dans le pays.

"Maintenant, ils sont en Bosnie de manière illégale", a de son côté fulminé le ministre de la sécurité bosniaque, Dragan Mektic, cité par Al Jazeera. Ces étudiants nigérians "sont des victimes d’actes illégaux perpétrés du côté croate. Nous devons maintenant les renvoyer en Croatie." Les organisateurs de la compétition de ping-pong ont quant à eux exigé que Uchenna et Chinedu soient reconduits dans leur pays.


 

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