Un homme se réchauffe à l'aide d'une couverture dans le camp de Vucjak où les migrants n'ont aucun accès à l'eau ou au chauffage. Crédit : Reuters
Un homme se réchauffe à l'aide d'une couverture dans le camp de Vucjak où les migrants n'ont aucun accès à l'eau ou au chauffage. Crédit : Reuters

Sous pression de l’Union européenne, la Bosnie a annoncé vendredi soir la fermeture du camp de migrants de Vucjak, près de la frontière croate dans la nord du pays. Les migrants doivent être transférés dès mardi dans un centre d’hébergement près de Sarajevo, mais un certain nombre d’entre eux refuse, préférant rester près de la frontière, dans l’espoir de passer en Europe.

Il n’aura fallu que quelques heures après la visite de la commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, pour que les autorités bosniennes réagissent : "Il a été convenu que les migrants [du camp de Vucjak] seraient transférés en début de semaine vers d'autres centres d'accueil [à travers la Bosnie] et que ce camp de fortune serait fermé", a déclaré vendredi 6 décembre le ministère de la Sécurité dans un communiqué.

Plus tôt, Dunja Mijatovic s’était émue des conditions de vie déplorables de ce camp situé sur une ancienne décharge infestée de mines anti-personnelles et où vivent entre 600 et 800 migrants depuis juin dernier. "En tant que Bosnienne, je suis bouleversée. C'est une honte pour la Bosnie. [...] Si on ne ferme pas ce camp aujourd'hui, demain, les gens commenceront à mourir ici. Ce sera la responsabilité de qui ? C'est la question que je pose", avait-elle lancé avant de rencontrer les autorités bosniennes.

La commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, a réclamé la fermeture de ce camp "de la honte" après l'avoir visité le 6 décembre 2019. Crédit : ReutersDans un premier temps, les migrants de Vucjak seront hébergés dans des camps gérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Puis, d’ici “15 à 20 jours”, ils seront transférés dans une ancienne caserne proche de Sarajevo où un nouveau centre d’accueil est en cours de réhabilitation, a déclaré à la radio nationale BHR1 le ministre de la Sécurité Dragan Mektic.

"L’opération de transfert aura lieu demain, mardi. Les migrants de Vucjak seront invités sur une base volontaire à être hébergés dans le centre d’Usivak à l’est de Sarajevo. Nous y avons temporairement augmenté la capacité de 300 places", a indiqué à InfoMigrants Peter Van der Auweraert, le représentant de l'OIM en Bosnie.

L’OIM fournit, selon lui, "un soutien technique et logistique", notamment pour le transport des migrants transférés. “Lorsque les travaux du futur centre de Blazuj, tout près d’Usivak, seront terminés, les migrants y seront ensuite transférés. Mais pour l’instant c’est impossible de les héberger à Blazuj, il n’y a pas encore d’eau ou d’électricité.”

Peter Van der Auweraert ajoute qu’une “deuxième phase de relocalisation aura lieu prochainement afin de proposer un hébergement, toujours sur une base volontaire", à des centaines de migrants qui se trouvent dans les bois et dans des bâtiments désaffectés en dehors du camp de Vucjak. "Ils seront notre priorité absolue”, affirme le représentant onusien.

“Ne ne voulons aller nulle part”

Lors de précédentes tentatives pour transférer les migrants vers la capitale, les intéressés avaient préféré retourner dans la ville frontalière de Bihac pour se rapprocher de la Croatie, membre de l’Union européenne.

>> À (re)lire : Bosnie : le projet d’ouverture de deux centres pour migrants stagne malgré l’urgence de l’hiver

Cette fois encore, beaucoup de migrants du camp de Vucjak, situé à seulement huit kilomètres de la frontière croate, n’ont pas l’intention de quitter la région. “Ne ne voulons aller nulle part. Si c’est pour nous mettre dans d’autres camps, laissez-nous plutôt passer la frontière. Nous ne voulons pas rester en Bosnie ou en Croatie. Notre but c’est l’Allemagne, la France ou la Belgique pour construire un avenir meilleur”, a expliqué Abdoulah Walli, un Afghan vivant à Vucjak et interrogé par Reuters.

Au cours du week-end, plusieurs migrants du camp ont refusé de s’alimenter en signe de protestation contre leur transfert vers Sarajevo. “Nous demandons à l’Union européenne de nous ouvrir sa frontière. Nous sommes en train de mourir ici”, ont écrit certains sur des pancartes affichées dans le camp recouvert de neige depuis environ une semaine.

D’après la Croix-Rouge locale, les migrants qui ont refusé de s’alimenter en signe de protestation contre leur transfert ont, depuis, recommencé à manger.

“Nous demandons à l’Union européenne de nous ouvrir sa frontière. Nous sommes en train de mourir ici”, ont écrit des migrants sur un panneau affiché au camp de Vucjak en Bosnie, le 6 décembre 2019. Crédit : ReutersQuelque 50 000 migrants ont traversé la Bosnie ces derniers mois, selon les autorités. Le pays fait face à un afflux de migrants venus principalement d’Asie et d’Afrique du Nord, depuis que les pays situés sur la route des Balkans comme la Hongrie ou la Slovénie ont fermé leurs frontières au pic de la crise migratoire en 2016.

La commissaire Dunja Mijatovic estime que plus de 8 000 migrants se trouvent actuellement en Bosnie, dont une grande majorité est coincée à la frontière croate dans le nord du pays.

 

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