La police allemande encadre la montée à bord des personnes expulsées. Photo: picture-alliance/dpa/M. Kappeler
La police allemande encadre la montée à bord des personnes expulsées. Photo: picture-alliance/dpa/M. Kappeler

Un nouveau groupe d'une quarantaine d'Afghans a atterri à Kaboul, alors que l'Afghanistan se classe toujours parmi les pays les plus dangereux au monde.

Il s'agit de la 30ème opération d'expulsion vers l'Afghanistan. Un avion avec à son bord un groupe de 44 hommes a atterri à Kaboul la semaine dernière. Le nombre d'expulsés afghans atteint désormais 800 personnes sur les trois dernières années.

Parmi les 44 personnes, tous adultes, se trouvaient 27 Afghans ayant commis de crimes ou délits en Allemagne, à en croire le ministère allemand de l'Intérieur.

Le groupe qui a embarqué à l'aéroport de Munich aurait pu être encore plus important si des recours légaux ou des interventions politiques de dernière minute n'avaient pas eu lieu. D'après Stephan Dünnwald du Conseil pour les réfugiés de Bavière, au moins 6 hommes ont échappé de justesse à cette opération d'expulsion. 

Depuis fin 2016, l'Allemagne mène ces opérations de retour forcé vers l'Afghanistan. Si certains Länder (Etats fédérés) du pays expulsent uniquement ceux ou celles qui ont commis des crimes graves, ce n'est pas le cas de la Bavière, où tous les Afghans dont la demande d'asile a été rejetée sont menacés de devoir monter à bord d'un vol charter.

 Des Afghans expulss attendent  laroport de Kaboul 2019 Photo  M Kappelerpicture-allianceLes expulsions vers l'Afghanistan restent très controversées en Allemagne, essentiellement à cause de la situation sécuritaire dans le pays et le conflit qui persiste entre le gouvernement, les insurgés talibans et le groupe de l'Organisation de l'Etat islamique. Les opposants à ces retours forcés estiment que le pays reste trop dangereux, alors que des attaques sanglantes et les attentats fort partie du quotidien.

L'Afghanistan fait partie des pays les plus violents dans le monde. Il se classe même en dernière position selon l'Indice de paix globale 2019 (Global Peace Index).

D'après les Nations unies, plus de 1.350 civils ont été tués sur les six premiers mois de cette année.

Mercredi, au moment même de l'arrivée du vol charter allemand, un travailleur humanitaire et cinq autres personnes sont mortes dans une embuscade dans l'est du pays.

En Allemagne, la nouvelle opération d'expulsion a été accompagnée de manifestations, notamment dans le Land de Saxe, où vivait au moins l'un des Afghans. "Nous sommes fortement opposés à cette pratique inhumaine", dénonce Flo Linde, d'un groupe de protestataires de Leipzig. "Le gouvernement allemand et les autorités expulsent des personnes en sachant sciemment que l'Afghanistan n'est pas un pays sûr."

L'ONG de défense des réfugiés Pro Asyl a appelé le ministère allemand de l'Intérieur de mettre fin à ces opérations "une fois pour toutes".

Risque de radicalisation 

Aussi, selon une nouvelle étude publiée en novembre par Medico International et l'Organisation afghane pour les droits de l'homme et la démocratie, les personnes qui retournent en Afghanistan sont de par leur vulnérabilité susceptibles d'être recrutés par les nombreux groupes radicaux qui sévissent dans le pays.

Enfin, la chercheuse allemande Friederike Stahlmann a interrogé 10% des Afghans expulsés depuis fin 2016. Dans leurs réponses, quasiment chacun a assuré avoir été la cible de violences depuis son retour. Dans certains cas, des "retournés" ont été attaqués par les talibans pour la simple raison d'avoir été en Europe. D'autres disent avoir été rejetés par leur famille et se retrouvent accusés de ne pas avoir su respecter la loi en Allemagne.

Seule une personne interrogée a répondu vouloir rester en Afghanistan. Fin octobre, la moitié des Afghans qui ont participé à l'étude avaient déjà repris la fuite, certains reprenant la route vers l'Europe et Allemagne.

LAfghanistan reste ravage par la violence et la pauvret  Photo picture-allianceAP PhotoA Wali Sarhadi

Retour en Europe

"Dans certains cas, les personnes n'ont pas assez d'argent pour repartir immédiatement", affirme Stephan Dünnwald, du Conseil pour les réfugiés de Saxe.

Mais "ceux qui y arrivent repartent en Iran ou en Turquie en à peine quelques semaines. L'un des expulsés afghans a appelé depuis Athènes le Conseil pour les réfugiés de Bavière pour savoir si c'était une bonne idée de retourner en Allemagne ou en Autriche.

Mais les politiques d'asile dans ces deux pays sont relativement strictes, selon Stephan Dünnwald, qui explique que pour ces personnes la France représente une meilleure option. "En juillet nous avons rencontré deux personnes à Paris qui avaient été expulsées vers l'Afghanistan, l'une depuis la Bavière, l'autre depuis l'Autriche. Elles sont revenues en Europe, et ont décidé que cette fois elles iraient en France."

Aussi, le risque d'expulsion en Allemagne, notamment en Bavière, a poussé de nombreux Afghans à disparaître et à se cacher, ou à fuir vers d'autres pays européens.

Ainsi, "pour chaque Afghan expulsé en Bavière, explique Stephan Dünnwald, il y en a quatre ou cinq ou même plus qui quittent la Bavière et prennent la fuite pour aller ailleurs."

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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