Mansor Farah se sent "marginalisé" | Source : capture d'écran STV Athleten
Mansor Farah se sent "marginalisé" | Source : capture d'écran STV Athleten

Mansor Farah vit depuis dix ans sous protection subsidiaire en Allemagne. Il souhaite désormais obtenir la nationalité allemande. Mais il y a un problème : il ne possède pas d'identité reconnue par les autorités…

Mansor Fatah fait partie des millions de Somaliens jetés sur les routes par la guerre civile et les catastrophes naturelles. Il est arrivé en Allemagne il y a quasiment dix ans. Depuis, il se bat avec l'administration pour réussir à prouver son identité. Car Berlin ne reconnait pas les passeports émis par les autorités somaliennes depuis l’effondrement de l’Etat somalien en 1991 et la destitution du président Mohammed Siad Barre, qui avait lui-même pris le pouvoir dans les années soixante par un coup d'Etat.

Sauf que Mansor Fatah est né en 1996.

Le jeune homme a raconté son histoire à la station de radio publique allemande NDR. Mansor Fatah habite à Kiel, dans le nord de l'Allemagne. On pourrait le qualifier de "citoyen modèle", si seulement l’homme de 23 ans avait une citoyenneté. Il est allé à l'école en Allemagne, vient de terminer son apprentissage avec succès et travaille en tant que mécanicien. Mansor Fatah est également un sportif engagé qui court pour un club d'athlétisme allemand depuis qu'il a 15 ans. Mais la loi est claire, affirme le conseiller municipal responsable du bureau de l'immigration à Kiel. Pour Christian Zierau, "la loi prévoit qu'il faut résoudre la question de l'identité légale d'une personne. Qui est-elle ? Peut-on le prouver ? Et dans l'état actuel de la législation, les documents d'identité émis par la Somalie après 1991 ne sont pas reconnus."

Mansor Farah est inscrit depuis bientt dix ans dans un club dathltisme de Kiel  Source  capture dcran kielerlebende

En l'absence d'identité reconnue, Mansor Fatah bénéfice toutefois de la protection subsidiaire en Allemagne. Celle-ci est accordée aux personnes qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié, mais pour lesquelles il existe un réel danger de retourner dans le pays d'origine.

Si le jeune homme ne peut ainsi pas être expulsé ver la Somalie, ses demandes de papiers d’identité à Kiel se voient régulièrement rejetées. Mansor Fatah voudrait obtenir la nationalité allemande, ou du moins une autorisation de séjour permanente. "Je me sens marginalisé", explique-t-il au NDR.

Et il n'est pas le seul à se trouver dans cette situation. De nombreux demandeurs d'asile d'Irak ou encore d'Afghanistan voient leurs documents d'identité rejetés par les autorités allemandes car ils ne sont pas jugés crédibles.

Obstacles bureaucratiques

Selon le NDR, le ministre allemand de l'Intérieur ne souhaite pas être impliqué dans les prises de décisions du bureau d'immigration de Kiel. "Nous avons donné toutes les directives légales utiles pour les autorités compétentes, commente un porte-parole du ministère. C'est désormais à elles de prendre la décision finale."

D'après le ministère, les bureaux de l'immigration ont le pouvoir discrétionnaire d'interpréter les cas et de statuer. Mais le bureau de Kiel n'utiliserait pas ce pouvoir et sa marge de manœuvre, estime Elias Elster du Conseil pour les réfugiés du Schleswig-Holstein.

Les autorités pourraient notamment adopter l'approche de "la vue d'ensemble", qui peut rendre possible la détermination d’une identité. Cela implique de rechercher et d'obtenir des documents de la famille de Mansour Fatah, comme les actes de naissance de ses parents. Reste que cette approche est très complexe. "Dans un pays comme la Somalie il est très difficile d'obtenir des documents qui ont été délivrés avant 1991 pour qu'ils soient ensuite reconnus", explique Elias Elster au NDR.

"J'y pense tout le temps"

Mansor Fatah se bat depuis des mois. "J'y pense tout le temps, raconte-t-il. Au travail et le soir dans mon lit, c'est toujours dans ma tête."

L'été dernier, le bureau de l'immigration l'avait envoyé à l'ambassade de Somalie à Berlin. Il en est revenu avec un passeport flambant neuf. Et pourtant, ce document n’a pas non plus été reconnu par les autorités allemandes.

Le conseiller municipal Christian Zierau affirme que ses équipes à Kiel font tout ce qu'ils peuvent pour résoudre le cas de Mansor Fatah et ont "l'intention de délivrer un document de voyage pour les étrangers" au Somalien.

L'obtention d'une autorisation de séjour permanente ou même de la nationalité allemande reste cependant un grand point d'interrogation pour le jeune athlète.

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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