Des travailleurs sans-papiers devant le Chronopost d'Alfortville, en juin 2019. Crédit : InfoMigrants
Des travailleurs sans-papiers devant le Chronopost d'Alfortville, en juin 2019. Crédit : InfoMigrants

En grève depuis six mois, cinq travailleurs sans-papiers du Chronopost d’Alfortville, en région parisienne, ont obtenu mercredi 4 décembre leur régularisation avec autorisation de travail. Une vingtaine d’autres grévistes maintiennent le piquet de grève devant le site afin d'obtenir les mêmes droits.

C’est une première victoire. Six mois après le début d’une grève entamée par une trentaine de travailleurs sans-papiers du Chronopost d’Alfortville, en région parisienne, cinq d’entre eux ont obtenu mercredi 4 décembre leur régularisation avec autorisation de travail.

"On attend de voir la suite des évènements avant de se réjouir. Pour le moment, on reste vigilants", signale à InfoMigrants Mamadou Diallo du collectif des travailleurs sans-papiers de Vitry-sur-Seine (CTSPV94), soutien des grévistes.

Des régularisations en plusieurs vagues

Les autres dossiers seront, eux aussi, examinés par la préfecture ultérieurement. En attendant l’obtention d’un document officiel, les autres sans-papiers maintiennent la pression sur le piquet de grève.

Les tentes installées devant le site d’Alfortville vont rester, au moins, le temps des négociations. Depuis le 11 juin, plus de 150 travailleurs sans-papiers, dont une vingtaine de Chronopost, dorment sur place afin de réclamer leur régularisation.

Ces travailleurs originaires d’Afrique de l’Ouest – pour la plupart du Mali, du Sénégal et de Guinée - ont bien un contrat de travail mais il n’est pas à leur nom. Pour le signer, les sans-papiers utilisent des "alias", les noms de proches en situation régulière. Ils ne peuvent ainsi prétendre à une régularisation qui est le plus souvent liée à une activité professionnelle.

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"Ce récépissé de six mois va leur permettre de travailler légalement avec leur vrai nom et d’obtenir à terme un titre de séjour", précise Mamadou Diallo du CTSPV94.

"On tiendra le temps qu’il faudra"

Les grévistes dénoncent également leurs conditions de travail. Employés pour le déchargement des colis et le tri, ils effectuent "les travaux que les autres salariés refusent de faire", expliquait cet été à InfoMigrants Amadou Fofana, porte-parole des grévistes.

Il faut dire que les conditions de travail sont à la limite de la légalité.  "On travaille de 2h ou 3h à 7h30 du matin, sans pause et sans être rémunérés en heures de nuit pour un salaire d’environ 500/600 euros par mois", signalait encore le jeune homme originaire du Mali. "Si le travail n’est pas terminé et qu’on doit faire des heures supplémentaires, elles ne nous sont pas payées".

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Les employés racontaient aussi à InfoMigrants subir la "pression" et "les menaces" de leur direction. "On est surveillés en permanence. Quand je vais deux minutes aux toilettes, mon responsable toque à la porte en me demandant de me dépêcher", assurait cet été Mohamed qui travaille pour Chronopost depuis un an et demi.

Forts des premières régularisations, Amadou et ses collègues sont aujourd’hui encore plus déterminés à poursuivre le mouvement, même si la chute des températures rend les conditions de vie sous des tentes de plus en plus compliquées. Peu importe "le froid ou la pluie, on tiendra le temps qu’il faudra", assure, déterminé, Amadou.

 

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