Image d'archives d'une évacuation à Bruxelles, en Belgique. Crédit : Reuters
Image d'archives d'une évacuation à Bruxelles, en Belgique. Crédit : Reuters

Insultes à caractère raciste, bâillonnements, coups… Trois migrants ont porté plainte en Belgique contre des policiers. Ils les accusent de violences lors de leur expulsion forcée vers leur pays d’origine.

En l’espace de quelques semaines seulement, trois plaintes ont été déposées par des migrants en Belgique pour violences policières lors de tentative d’expulsion forcée.

Le premier plaignant est un Éthiopien, forcé de monter dans un avion par des policiers afin d'être renvoyé dans son pays d’origine où il est, selon lui, en danger. Pris de panique à l’idée de retourner en Éthiopie, le jeune homme a montré une résistance à l’intérieur de l’avion de ligne en criant : "Je suis en danger, je suis en danger".

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Les policiers ont alors essayé de le bâillonner, explique à InfoMigrants son avocat, Me Robin Bronlet. Face aux réactions des autres passagers, le commandant de bord a mis fin à la tentative d’expulsion en demandant aux policiers de quitter l’avion avec la personne détenue.

"Torturée, battue par des policiers"

Installé dans une camionnette afin d’être transféré vers le commissariat de l’aéroport, l’Éthiopien dit avoir alors été frappé par les forces de l’ordre. "Il raconte avoir reçu des coups de pieds et de poings dans le véhicule puis à l’intérieur de sa cellule. Deux policiers ont aussi tenu des propos racistes tels que ‘sale singe rentre dans ton pays’", précise Me Bronlet.

La RTBF, média public belge, s’est procuré le rapport médical demandé par cet homme après sa tentative d’expulsion. Le document fait état de "cheveux arrachés, de tuméfaction discrète et d’hématome en formation".

La deuxième plaignante dit à la RTBF avoir été "torturée, battue par la police belge". "Ils m’ont traité comme un animal", estime-t-elle ajoutant que les forces de l’ordre lui "ont pressé le nez, la gorge et mis des doigts dans la gorge" afin de l’empêcher de crier lors de son expulsion.

La troisième plainte a été déposée par un Somalien qui explique avoir été drogué de force au moment de son renvoi forcé en juillet dernier. Au cours d'une escale en Turquie, l’homme dit avoir été "menotté au siphon d’un lavabo dans la salle de bain d’une chambre d’hôtel puis roué de coups par les policiers qui l’escortaient", écrit encore le média belge. De retour en Belgique après l’échec de son expulsion depuis la Turquie, il a porté plainte depuis le centre fermé où il a été renvoyé.

Joint par InfoMigrants, l’Office des étrangers – qui prend la décision d’un renvoi forcé - rappelle que la force peut être utilisée après plusieurs tentatives d'expulsions échouées. Cependant, "si les violences sont avérées elles doivent faire l’objet d’une condamnation".  

"Ces actions en justice ne mènent jamais à des poursuites"

Ces expulsions violentes ne sont pas nouvelles en Belgique. La mort de Semira Adamu en 1998 avait provoqué une vive polémique dans le pays. Cette demandeuse d’asile nigériane est décédée après avoir été étouffée par un coussin tenu sur son visage par deux policiers belges lors de son d’expulsion.

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"Depuis cette date, les policiers ne peuvent plus faire usage d’un coussin mais les pratiques restent violentes", assure à InfoMigrants Sotieta Ngo, de l’association d’aide aux migrants Ciré. "La loi prévoit l’usage de la force comme une éventualité, l’expulsion étant opérée sous la contrainte. Mais dans certains cas, cet usage est disproportionné", affirme-t-elle.

Si la réglementation autorise l’utilisation de menottes ou de ceintures de contention pour maîtriser un étranger, les coups et les mains sur la bouche sont en revanche interdits.

Reste que ces plaintes ont peu de chances d’aboutir. "C’est toujours pareil, c’est parole contre parole. Ces actions en justice ne mènent jamais à des poursuites ou au minimum à une analyse de la situation par les autorités", déplore Sotieta Ngo.

"De toute façon, à partir du moment où l'on considère qu’il est légitime d’utiliser la violence physique lors d’une expulsion forcée, on ne va pas chercher à écouter la personne qui se plaint de mauvais traitements", renchérit Me Bronlet qui ajoute, fataliste : "On sait très bien comment les choses se déroulent : les policiers vont déclarer que mon client les a agressés" et l’affaire sera classée.

 

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