La chaîne de télévision publique ZDF a suivi Samir dès ses premiers pas dans le pays. | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDF
La chaîne de télévision publique ZDF a suivi Samir dès ses premiers pas dans le pays. | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDF

Des journalistes allemands ont suivi pendant cinq ans l’évolution de Samir, un adolescent afghan arrivé seul en Allemagne en 2015.

"C'est dans cette salle de classe que j'ai passé les meilleures années de ma vie", raconte Samir au milieu de ses camarades de classe dans le documentaire de la chaîne de télévision publique ZDF.

"Ce sont des années que personne ne pourra m'enlever", dit-il sur un ton un peu plus grave. L'école est devenue une nouvelle famille pour ce jeune Afghan en l'absence de sa propre famille.

Son père a été tué par les Talibans et Samir dit avoir perdu toute trace de sa mère et de son frère cadet depuis qu'il a pris la route de l'exil pour rejoindre l'Europe.

Le documentaire débute sur l'image de Samir, assis en costume sur une scène avec d'autres étudiants, célébrant l'obtention de leur diplôme. Il tient dans main une rose rouge et prend des poses pour séduire la caméra. Après avoir appris l'allemand, Samir a directement rejoint le collège où il a décroché son brevet. Les autres élèves et les professeurs sont unanimes quant aux efforts qu'a représenté une telle performance et une intégration aussi rapide.

"Samir va maintenant débuter un apprentissage", explique le narrateur du documentaire de la ZDF, qui rappelle que malgré les sourires que l'adolescent arbore sur ces images, ces cinq années pendant lesquelles la chaîne a suivi son parcours ont été une alternance entre espoirs et craintes.

Son niveau d'allemand a rapidement permis à Samir de rejoindre le collège et d'obtenir son brevet. | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDF"Si mon pays n'était pas dangereux, je ne serais jamais parti"

Samir prend ses camarades de classe et son professeur dans les bras. Dans l'enceinte de  l'école, il semble heureux. Mais au fil du documentaire, on s'aperçoit des inquiétudes qui font son quotidien. Samir craint notamment de risquer un jour d'être renvoyé en Afghanistan. "Si mon pays n'était pas dangereux, je ne serais jamais parti", dit-il pendant une réunion d'activistes qui militent pour que des personnes comme Samir puissent rester en Allemagne.

Malgré ses progrès à l'école et la perspective d'un apprentissage, la demande d'asile de Samir est d'abord été rejetée. A l'âge de 18 ans, il est prié de quitter les locaux de la Caritas où il vivait depuis son arrivée en Allemagne. Samir doit alors trouver lui-même un logement. Il fait appel de la décision de rejet et poursuit sa formation en génie mécatronique.

Samir a fui la violence des Talibans en Afghanistan en 2015. Deux ans plus tard, c'est avec un avocat spécialisé en droit d'asile qu'il a rendez-vous en Allemagne. "Ta demande a été complètement rejetée", lui explique Eberhard Kunz. "Tu n'as donc, selon les autorités allemandes, aucun droit de rester".

Samir est sans voix. "J'ai déjà fait appel de cette décision, elle est déjà sur la table des autorités", le rassure son avocat, en lui tendant une pile de documents.

Samir apprend que sa demande d'asile est rejetée | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDF"Qu'allons-nous faire maintenant?", demande Samir. "Je pense que le mieux est que tu lises d'abord tous les documents, lui répond Eberhard Kunz. Et tu notes tous les points sur lesquels tu as une objection à faire, où les autorités ont peut-être mal compris ce que tu leur disait".

Samir pose ses coudes sur le bureau, il tient sa tête entre ses mains, et tente de faire le vide pour y voir plus clair.

"J'ai une bonne raison d'être ici"

"J'ai évidemment une bonne raison pour être ici : si ma vie n'avait pas été en danger, je ne serais jamais venu en Allemagne", explique-t-il en sortant de son rendez-vous avec son avocat. "Tout le monde sait ce qui se passe en Afghanistan et est au courant de la situation sécuritaire là-bas. Mon objectif ici est d'étudier et de terminer mon apprentissage. Mais c'est difficile quand je ne sais pas si je vais pouvoir rester ici ou pas. Normalement, on doit être capable de prendre son propre destin en main, mais dans mon cas cela dépend d'un bout de papier. C'est une énorme différence."

Selon ses formateurs, Samir se donne du mal pour réussir son apprentissage | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDFLa nuit précédant le premier jour de son apprentissage, Samir se confie à son journal de bord, qu'il tient en enregistrant des vidéos avec son ordinateur : "je sais que cela ne va pas être facile pour moi, mais j'espère vraiment que je serai au moins autorisé à finir ma formation ici."

Apprendre

Son maître d'apprentissage, Rolf Goncharek, estime que Samir "a les pieds sur terre, a des idées et on peut dire qu'il a envie d'apprendre. Je suis satisfait de son travail."

Après avoir été forcé à quitter le logement de la Caritas à 18 ans, Samir réussit à trouver une chambre privée à louer dans une maison de Wiesbaden, près de Francfort. Dina, sa propriétaire, finira par devenir un réel soutien.

Elle l'aide pour passer son permis, ce qui est essentiel pour son apprentissage. "Elle l'aide pour les choses du quotidien en Allemagne. "Nous cuisinons ensemble, on discute, c'est vraiment bien et cela me rend heureux", dit Samir pendant que la caméra accompagne les deux pendant les courses au supermarché.

Dina aide Samir au quotidien | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDF

Retrouver sa famille

"Mais Dina ne peut pas remplacer la famille qu'il a perdue", poursuit le narrateur. "Je me sens incroyablement responsable, affirme Samir. Je suis l'aîné de la famille, je dois m'occuper de mon frère et de ma mère, mais je ne sais vraiment pas par où commencer, ou quoi faire pour pouvoir les aider. Evidemment ma famille me manque. Ils doivent penser que je suis en Iran où je les ai vus pour la dernière fois. Ils sont clandestins là-bas, donc mon frère ne peut pas aller à l'école."

Samir n'a pas de numéro de téléphone, ni d'adresse où les joindre.

Samir et Dina cuisinent souvent ensemble | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDFCe sentiment de culpabilité est très pesant pour le jeune homme. Alors il met toute son énergie dans son apprentissage. "Je n'ai évidemment pas de temps pour une relation amoureuse", constate-t-il avec du regret. "Si tu veux te marier tu dois pouvoir assumer des responsabilités et prendre en charge les besoins de la famille, ce que je ne peux pas faire avant d'avoir terminé ma formation."

Vivre dans l'incertitude

La peur d'être renvoyé est omniprésente. "Que ferai-je si on me renvoyait en Afghanistan ?" demande Samir. "Ici je peux me former et je peux trouver un emploi, mais que ferais-je là-bas ? J'ai besoin d'être en sécurité. Ici je le suis. Mais pas là-bas."

A la fin du documentaire, on voit Samir enregistrer une autre vidéo pour son journal. Nous sommes en plein été et il est sur le point de démarrer la deuxième année de son apprentissage. "J'espère juste qu'on me donne bientôt un nouveau rendez-vous au tribunal, parce que vivre dans l'incertitude est terrible."

Samir enregistre des vidéos en guise de journal de bord pour constater les progrès dans sa vie en Allemagne. | Crédit : Capture d'écran du documentaire de la ZDFL'avocat de Samir est optimiste. Il explique à Samir que deux facteurs jouent en sa faveur pour pouvoir rester en Allemagne. D'abord, la situation sécuritaire en Afghanistan s'est détériorée. De plus, comme Samir est en plein apprentissage, il devrait avoir le droit de terminer sa formation puis de disposer de six mois pour trouver un travail, ce qui ouvre la voie à une demande d'autorisation de séjour.

Le documentaire se termine sur le sourire de Samir, on constate à quel point son visage a changé pendant ces cinq dernières années. L'adolescent est devenu un jeune homme. "Je vais donner le meilleur de moi-même pour terminer mon apprentissage. Après cela, j'espère que les choses sérieuses pourront vraiment démarrer."

Le documentaire réalisé par Ulrike Schenk a été diffusé sur la ZDF le 12 novembre.

Traduction et adptation : Marco Wolter

 

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