Des enfants syriens à l'extérieur d'une tente sur l'île grecque de Samos, en septembre 2019. Photo: Picture-alliance
Des enfants syriens à l'extérieur d'une tente sur l'île grecque de Samos, en septembre 2019. Photo: Picture-alliance

Seuls 1% des 12 000 enfants demandeurs d'asile vivant dans les camps insalubres des îles grecques "vont à l'école", selon une estimation de l'agence onusienne du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR). La grande majorité de ces mineurs, privés d'éducation, passent leurs journées dans "des conditions horribles".

Sur les îles grecques, où s’entassent environ 37 000 migrants et réfugiés dans des conditions sordides, seuls 1% des 12 000 migrants mineurs sont scolarisés. Ce pourcentage alarmant est une estimation faite par le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) qui dénonce une situation catastrophique aux conséquences potentiellement graves pour les plus jeunes.

“Cette population est déjà très vulnérable”, explique Boris Cheshirkov, porte-parole du HCR-Grèce, interrogé par InfoMigrants. “La majorité de ces gens-là, ce sont des familles ayant fui des pays déchirés par la guerre, ils ont vécu des tragédies et, à leur arrivée en Grèce, ils se retrouvent dans des conditions totalement inadaptées. Les enfants, eux, n’ont aucune échappatoire : au lieu de passer leur journée dans des salles de classe, ils restent là, dans des conditions horribles.”

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Ainsi, certains jeunes enfants se retrouvent dans l’incapacité ne serait-ce que de débuter leur scolarité. "Les trois enfants d'une famille syrienne arrivée à Lesbos il y a quatre mois n'ont jamais connu l'école. Dans leur pays d'origine, ils étaient trop jeunes pour être scolarisés et, une fois en Grèce, alors qu'ils ont atteint l'âge adéquat, il n'y a pas d'école pour eux", indique encore le porte-parole du HCR.

Ce manque de scolarisation provient de la coordination défaillante entre les autorités locales et l'État pour le transport des enfants à l'école, ou encore du retard pris dans l'envoi de professeurs et instituteurs pour faire classe l'après-midi dans les écoles publiques.

En outre, selon Lucio Melandri, coordinateur de l’Unicef en Grèce, les écoles locales ne sont pas en mesure d’accueillir un grand nombre d’élèves. En mars dernier, des centaines d'habitants de l’île de Samos avaient protesté contre la présence de migrants dans les écoles publiques : des parents d'élèves grecs avaient alors retiré leurs enfants de plusieurs établissement scolaires.

“Des enfants se sont arrêtés de parler"

Pour Boris Cheshirkov, cette situation s’explique surtout par le fait que les camps surpeuplés d'enregistrement et d'identification (hotspots) situés sur les cinq îles de la mer Egée (Lesbos, Chios, Samos, Leros et Kos) étaient initialement censés servir de lieux de passage de courte durée, durant maximum 25 jours selon la loi. “Or, les migrants finissent par rester là durant des mois en attente d’un dénouement de leur situation administrative”, commente-t-il. Pendant ce laps de temps indéterminé, aucune structure n’est prévue pour scolariser les enfants en âge de l’être. “En attendant, donc, la majeure partie des enfants n’est impliqué dans aucune activité.”

Pour pallier le manque de scolarisation, le HCR, l’Unicef et d’autres ONG organisent des cours, “de langues, de musique, de mathématiques”, précise Boris Cheshirkov. “Mais cela ne peut pas remplacer une scolarisation officielle.”

Les conséquences de cette déscolarisation sur le bien-être des plus jeunes sont en tout cas réelles. “Nous voyons que des enfants développent des troubles psychologiques comme de l’anxiété sévère, explique encore le porte-parole. D’autres se sont arrêtés de parler. Pire, il est arrivé que des mineurs tentent de se faire du mal.” Depuis début 2019, une dizaine de mineurs, dont certains âgés de moins de 10 ans, ont tenté de mettre fin à leurs jours dans les camps des îles grecques.

Pour les ONG impliquées dans la zone, une solution : que les migrants soient évacués et transférés au plus vite sur la partie continentale du pays, où la majeure partie des mineurs migrants sont déjà scolarisés dans des écoles publiques.

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Médecins sans frontières (MSF) a également alerté sur la situation particulière des enfants. Fin novembre, l'organisation a appelé dans une lettre ouverte les pays membres de l'Union européenne "à agir de manière imminente" pour "mettre fin à ce cycle de souffrances", notamment à la détérioration de l'état physique et mental surtout des mineurs.

"Ces personnes ont survécu à la guerre et à la persécution, mais des mois passés dans des endroits insalubres comme le camp de Moria à Lesbos ont poussé beaucoup de nos enfants malades au bord du gouffre, à se faire du mal et à penser au suicide", avait alerté MSF.


 

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