Image du sauvetage d'une embarcation de migrants dans la Manche, le 25 décembre 2018. Crédit : Marine nationale.
Image du sauvetage d'une embarcation de migrants dans la Manche, le 25 décembre 2018. Crédit : Marine nationale.

Deux passeurs ont été condamnés mercredi à six et trois ans de prison ferme par le tribunal de Boulogne-sur-Mer pour avoir organisé, entre août et octobre, huit tentatives de traversée de la Manche. L’une d’elles a engendré la mort d'une femme iranienne, considérée comme la première personne migrante officiellement décédée durant une traversée vers l’Angleterre.

Deux passeurs ont été condamnés, mercredi 18 décembre, par le tribunal de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, pour homicide involontaire et aide au séjour irrégulier. Monsieur A, un Afghan de 31 ans, et Monsieur K, un Néerlandais d’origine guinéenne de 44 ans, ont été respectivement condamnés à six ans et trois ans de prison ferme. Le tribunal a également prononcé leur maintien en détention et une interdiction définitive du territoire français.

Les deux hommes ont été reconnus coupables d’avoir organisé huit traversées de migrants à bord de bateaux pneumatiques sur la Manche, multipliant les aller-retours pour acheter les embarcations et les amener sur le littoral. En l’espace de deux mois, entre août et octobre 2019, ils ont permis la tentative de passage de 84 migrants vers l’Angleterre.

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Lors d’une de ces traversées, une passagère a trouvé la mort, le 9 août. La victime, Mitra Mehrad, une Iranienne de 31 ans, avait embarqué sur un bateau pneumatique aux côtés de 19 migrants irakiens et iraniens, dont sept mineurs. À court d'essence, sans rames, l'embarcation avait été secourue par la marine britannique mais trois personnes s'étaient auparavant jetées à l'eau. Deux hommes avaient été repêchés vivants, mais Mitra Mehrad avait été portée disparue avant que son corps ne soit retrouvé sur une plage des Pays-Bas le 18 août. Elle est devenue la première migrante à être officiellement morte noyée dans la Manche.

"Rôle marginal"

Les deux passeurs se seraient rencontrés à Porte de la Chapelle, à Paris, au cours de l’été dernier, indique à InfoMigrants Maître Aimé Mouberi, l’avocat de Monsieur K. “Mon client, qui réside en Belgique où il est plongeur dans un restaurant, devait arrondir ses fins de mois. Il faisait des aller-retours entre son lieu de vie et Porte de la Chapelle pour transporter des migrants dans son véhicule. Mais ce n’est pas pour cela qu’il a été jugé”, assure-t-il. 

C’est lors d’une de ses venues dans la capitale française que Monsieur K croise la route de Monsieur A, décrit par l’avocat comme le chef de ce petit réseau de passeurs, qui comprenait quatre personnes entre la France et l’Angleterre. Les deux autres individus ayant pris part à ces opérations n’ont, eux, pas été interpellés.

Monsieur K, propriétaire d'une fourgonnette, commence alors à transporter des bateaux pneumatiques entre Paris et des plages du nord de la France. “Pour cela, il touchait 800 euros par trajet. Par ailleurs, Monsieur A ne parlant pas français, c’est mon client qui l’aidait à négocier le prix des bateaux qu’il achetait sur Leboncoin et qu’il acquérait entre 1 700 euros et 2 000 euros pièce", dit encore l'avocat, parlant d'un “rôle marginal". "Néanmoins, la peine infligée est juste et proportionnée.”

Système lucratif

Le réseau avait mis en place un système très lucratif, a exposé le procureur durant le procès. "Avec une vingtaine de migrants sur une embarcation, on peut estimer que cela rapportait 50 000 livres (59 000 euros) par passage. Ces personnes acceptent de s'enrichir en profitant de la détresse humaine", a-t-il dénoncé.

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À la barre, Monsieur A a nié toute implication dans l'organisation des passages mais a admis avoir "aidé à charger des bateaux dans le véhicule" pour, assure-t-il, financer sa propre traversée. Face à lui, le président s'est appuyé sur des écoutes "très précises" dans lesquelles l'homme évoque "l'achat de bateaux", "des passages à 3 500 euros par client" et "la police présente sur la plage".

Les autorités françaises avaient interpellé les deux passeurs le 7 octobre sur l'autoroute A6, alors qu’ils circulaient à bord d’un véhicule transportant un zodiac.

Depuis la fin 2018, les tentatives de traversée se sont multipliées dans la Manche malgré le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l'eau. En 2019, 254 opérations de sauvetage ont été réalisées, impliquant 2 521 migrants qui tentaient de rejoindre l'Angleterre par la mer, selon un bilan actualisé de la préfecture maritime.

 

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