À seulement 17 ans, le milieu de terrain franco-angolais Eduardo Camavinga n'en finit plus de surprendre. Crédit : Stade Rennais
À seulement 17 ans, le milieu de terrain franco-angolais Eduardo Camavinga n'en finit plus de surprendre. Crédit : Stade Rennais

Brillant depuis le début de la saison avec le Stade Rennais, le milieu de terrain franco-angolais Eduardo Camavinga n'en finit plus de surprendre. À seulement 17 ans, il ne perd pas son temps, et montre une nouvelle fois que le talent n'attend pas le nombre des années pour celui qui a toujours gardé son rêve de devenir professionnel en ligne de mire même dans les moments les plus difficiles de sa jeune vie.

18 août 2019, 22h45. Deuxième journée du championnat de France de football au Roazhon Park de Rennes, dans l'ouest de la France. Dans son antre, le Stade Rennais vient de faire tomber le Paris Saint-Germain (PSG) sur le score de deux buts à un. La star parisienne Kylian Mbappé a un genou à terre. Mais l'image de la soirée, c'est l'explosion aux yeux du grand public d'un gamin de 16 ans, qui a dominé à lui tout seul la galaxie d'étoiles du club parisien. Son nom est sur toutes les lèvres. Ce jeune prodige, c'est Eduardo Camavinga. Avec son sourire d'adolescent et son numéro 18 floqué sur son maillot rouge, le jeune footballeur intègre une nouvelle dimension, après un parcours de vie marqué par la précocité, et de lourdes épreuves.

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Né en novembre 2002 à Miconge, dans la province de Cabinda en Angola, Eduardo Camavinga arrive en France un an plus tard avec ses cinq frères et sœurs et ses parents, qui ont fui l'ancienne colonie portugaise pour une vie meilleure.

La famille s'installe d'abord à Lille avant de s'établir en Ille-Et-Vilaine, à Fougères plus exactement, à une quarantaine de kilomètres de Rennes. Là, le clan Camavinga vit tranquillement mais le petit Eduardo ne veut pas entendre parler de ballon rond. Sa passion, c'est le judo. "C'est ma femme, Sofia, qui l'a mis au judo, il aimait cela, c'est vrai", sourit encore aujourd'hui son père Celestino, avant d'ajouter que son fils "jouait parfois au foot dans la maison,  comme n'importe quel gamin, mais il cassait tout, donc on a décidé ensuite de le mettre au foot en club pour qu'il essaye et se fasse une meilleure idée de ce sport".

La conversion est une réussite. Il tape ses premiers ballons en club à l'âge de sept ans, et séduit les éducateurs avec lesquels il s'entraîne. "Il n'a pas fallu longtemps pour voir qu'il avait quelque chose de spécial", souligne son ancien formateur Nicolas Martinais, devenu un proche de la famille, avant de préciser "qu'il a rapidement joué avec des enfants plus âgés que lui, et il a été toujours surclassé, ce qui semblait quelque chose de naturel pour un prodige comme lui. Il a pris les étapes les unes après les autres, toujours de manière sobre et pleine d'humilité".

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Son caractère travailleur et sa pudeur sont ancrés en lui, comme une réponse aux épreuves que lui et sa famille ont vécues avant d'en arriver là. En 2013, alors que la famille achève la construction d'une maison, un incendie ravage le nouveau foyer des Camavinga. Ils n'ont plus rien du jour au lendemain : les économies placées dans le bien immobilier sont parties en fumée. "Ça a été un gros coup dur pour la famille, ils étaient tous en pleurs" se rappelle Nicolas Martinais. C'est à cette période là que le père d'Eduardo lui a dit : "Tu es l'espoir de la famille, c'est toi qui la relèvera". Les paroles du chef de famille résonnent comme une prophétie : le jeune Eduardo intègre le centre de formation du Stade Rennais la même année.

Des records de précocité, et une valeur marchande de 100 millions d'euros

Dans le club propriété du milliardaire François Pinault, le jeune Camavinga fait ses classes dans les équipes de jeunes de l'escouade au maillot sang et noir. L’élégant footballeur adolescent ne tarde pas à prendre son destin en main. "Eduardo, c’est un exemple, dans tous les sens du terme", précise Landry Chauvin, son ancien entraîneur au centre de formation de Rennes. "Il voyait tout à l’avance, il comprenait tout au premier coup, et il était toujours dans un optique d’apprentissage et de progression quotidienne. Bosser avec un gamin comme ça, c’est que du bonheur". 

Conscient de son potentiel, l’actuel entraîneur breton Julien Stéphan, qui l’a lancé en équipe réserve à seulement 15 ans, n’hésite pas à le mettre sur la pelouse en Ligue 1 en fin de saison dernière, lui faisant ainsi battre le record du plus jeune joueur de l’histoire du club à être aligné en professionnel. "Eduardo peut arriver à faire une carrière incroyable, et nous allons tout faire pour qu’il atteigne son potentiel".

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Désormais titulaire du onze breton et élu meilleur joueur du mois d’août en Ligue 1 (record de précocité dans l’histoire du championnat de France), Camavinga a également vu son destin lui apporter une bonne nouvelle il y a quelques semaines, après des années de démarches administratives de la part de ses parents. En effet, courant novembre, Eduardo est devenu citoyen français. Très ému, il n’a pas hésité à exprimer sa satisfaction lors de l'annonce de la nouvelle. "C’est une joie, une vraie joie et un honneur d’être français, je suis tellement fier !", sourit le jeune tricolore qui n'hésite pas à afficher son ambition. "J'ai hâte de tout donner avec le maillot bleu et de faire partie de superbes aventures en équipe de France pour un bon nombres d’années". 

Seul joueur à pouvoir partager les feux des projecteurs de la Ligue 1 avec les superstars parisiennes Neymar et Mbappé, Eduardo Camavinga voit sa cote monter en flèche sur le marché des transferts. Du FC Barcelone à Manchester City en passant par le Real Madrid, toutes les grosses écuries du vieux continent sont à l’affût. On évoque même une clause de 100 millions d’euros établis par le Stade Rennais pour calmer les ardeurs des formations qui courtisent le prodige.

Malgré cela, Eduardo mène une vie normale et continue à travailler dur, toujours avec la même humilité. "Malgré tout cette attention autour de lui, Eduardo est serein, et il essaye de vivre une existence normale, avec sa famille et ses amis. Ça reste un jeune de 17 ans, et il fait tout pour que sa vie ressemble à celle d’un gars de son âge", précise son père.

 

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