En 2019, le nombre de tentatives de traversées de la Manche a été multiplié par quatre par rapport à 2018. Crédit : Compte Twitter Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.
En 2019, le nombre de tentatives de traversées de la Manche a été multiplié par quatre par rapport à 2018. Crédit : Compte Twitter Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.

Selon un bilan des autorités, près de 2 500 migrants ont tenté en 2019 de rejoindre le Royaume-Uni en traversant la Manche, contre 586 en 2018. Cette forte hausse survient alors qu’un plan d’action franco-britannique visant, justement, à limiter au maximum ces passages, a été mis en place.

La tendance est très nettement à la hausse. Selon des chiffres – qui ne sont pas encore définitifs - donnés par les autorités françaises et britanniques, 2 358 personnes ont tenté de franchir la Manche, ou sont parvenues à le faire, pour rejoindre le Royaume en 2019. Dans le détail, la préfecture du Pas-de-Calais dénombre 214 tentatives de traversées avortées (sur ce total, 87 ont été empêchées depuis la plage et 127 bateaux ont été interceptés en mer) et 173 traversées réussies. Au total, 55% des traversées ont été mises en échec.

Ces chiffres traduisent une hausse significative en termes de tentatives : c’est quatre fois plus de personnes et près de cinq fois plus de tentatives par rapport à 2018. Cette année-là, 78 tentatives de traversées illégales impliquant 586 personnes avaient été recensées, selon la préfecture de la Manche et de la mer du Nord.

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"L'accroissement des tentatives s'explique par une plus grande difficulté pour les migrants à monter dans des poids lourds au niveau du port de Calais et du tunnel", commente la préfecture du Pas-de-Calais auprès d’InfoMigrants. "Cela a conduit les filières de passeurs à développer un nouveau mode de passage vers l'Angleterre au moyen notamment de petites embarcations de loisir." Selon cette préfecture, c’est donc la preuve que la frontière est "sécurisée par des moyens techniques performants".

"Davantage de patrouilles effectuées à terre et en mer"

Cette hausse des traversées survient alors que les opérations de surveillance aux abords de ce littoral ont récemment été renforcées afin d’empêcher, justement, les passages illégaux considérés comme extrêmement risqués en raison notamment du trafic maritime et des forts courants. En 2019, au moins quatre migrants sont décédés lors de ces tentatives effectuées sur de petites embarcations pneumatiques souvent surchargées.

En septembre, un plan d'action franco-britannique, visant à sécuriser les plages et les ports, est entré en vigueur. Dans le cadre de ce plan, 45 réservistes de la gendarmerie renforcent désormais "en permanence" les brigades pour surveiller le littoral du Pas-de-Calais.

"Depuis la fin 2018 et l’augmentation des tentatives de traversées, nous avons augmenté la présence de nos patrouilles en mer", indique à InfoMigrants le lieutenant de vaisseau Marine Monjardé, loin d’interpréter ces chiffres comme un aveu d’échec. "Il y a également davantage de patrouilles effectuées à terre par la gendarmerie maritime et les forces de sécurité intérieure", poursuit-elle, pointant une meilleure efficacité dans "les échanges avec [leurs] homologues britanniques".

"Largement le fait du Brexit"

Selon certains, le travail des autorités est compliqué par un "phénomène nouveau" : Il y a "de plus en plus de départs simultanés", soit plusieurs départs de bateaux la même nuit. Cela "vise à disperser les efforts des autorités qui surveillent la côte", estime François Guennoc, vice-président de l'association l'Auberge des migrants cité par l’AFP.

"Ces traversées continuent parce que certains réussissent à passer et, surtout, parce qu'elles sont très rentables pour les passeurs !", indique-t-il encore.

Selon le chercheur à l’université de Liège et spécialiste des migrations François Gemenne, interrogé par France Info, ce coup d’accélérateur opéré par les migrants et leurs passeurs "est largement le fait du Brexit". "À cause du Brexit, beaucoup de migrants craignent qu'il soit plus difficile après de rejoindre l'Angleterre et tentent leur va-tout. Rien ne laisse penser pourtant que ce sera plus difficile après le Brexit qu'avant. Mais les passeurs tentent d'en convaincre les migrants", observe-t-il.

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Côté britannique, le Home office (équivalent britannique du ministère de l’Intérieur) a pourtant serré la vis : 125 migrants entrés illégalement au Royaume-Uni à l'aide de petites embarcations ont été renvoyés en Europe depuis janvier. 

"Les individus qui entrent au Royaume-Uni illégalement ne doivent pas douter de notre détermination à les renvoyer car c'est un principe établi que les personnes en recherche de protection doivent demander l'asile dans le premier pays sûr qu'ils atteignent", a déclaré un porte-parole du Home office dans un communiqué.

Ces derniers jours, plusieurs vastes opérations de secours ont été menées. Pas plus tard que mardi, une embarcation légère, avec six hommes à bord dont "certains en hypothermie", a été localisée par un patrouilleur de la douane française à environ 11 km de Dunkerque. De leur côté, les Britanniques ont intercepté, trois embarcations qui transportaient au total 43 personnes.

 

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