Un migrant à Calais, en janvier 2018. Crédit : Mehdi Chebil
Un migrant à Calais, en janvier 2018. Crédit : Mehdi Chebil

Depuis plusieurs semaines, les associations d’aide aux migrants à Calais s’alarment de l’absence d’activation du plan de mise à l’abri hivernal pour venir en aide aux personnes à la rue. Les températures ont chuté et sont accompagnées de vents froids et de pluie. L’année dernière, ce plan avait été activé à la mi-décembre.

Températures en dessous de 5 degrés, pluies fréquentes, vent froid… Les conditions météorologiques sont particulièrement difficiles à Calais. Au vu de ces données, les associations d’aide aux migrants s’interrogent donc sur la non-activation du plan hivernal de mise à l’abri, déclenché chaque année en cas de grand froid par la préfecture.

"Les températures tournent autour de 5 degrés. La nuit il fait très froid et humide", s’inquiète François Guennoc, de l’Auberge des migrants. "Il faut bien comprendre que le froid humide est bien plus compliqué à affronter que le froid sec. L’humidité est un calvaire pour les gens à la rue".

Pour Utopia 56 aussi, il y a urgence : les nuits deviennent très dures. "Avec les démantèlements continus et quotidiens, la pluie, le froid, les conditions de vie sont insupportables. Nous voyons des gens qui souffrent d’hypothermie. Certains migrants préfèrent rester la nuit près du feu. Ils préfèrent attendre la journée et les températures plus clémentes pour aller dormir", explique Antoine Nehr, membre de cette association.

"Examen quotidien des températures", selon la préfecture

Le dispositif de mise à l’abri, dit "hivernal", permettrait d'héberger temporairement environ 300 personnes grâce à l’ouverture d’un hangar de 200 places, rue des Huttes à Calais, et la mise à disposition de conteneurs (pour environ 80 familles), sur la route de Saint-Omer. Mais pour l’heure, leurs portes restent closes. L’année dernière, pourtant, ce dispositif avait été enclenché à la mi-décembre (pour une durée de trois jours).

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Contactée par InfoMigrants, la préfecture du Pas-de-Calais a déclaré que les "conditions n’étaient pas réunies" pour déclencher le dispositif grand froid. "Mais nous restons très vigilants. Nous procédons à un examen quotidien des températures", a déclaré le cabinet du préfet.

"Rendre les conditions de vie les plus difficiles possible"

Les deux associations, de leur côté, accusent l’État ne pas activer sciemment le dispositif. "C’est une manœuvre politique. La préfecture ne déclenche pas le dispositif parce qu’elle veut exercer une pression très forte sur les migrants", avance François Guennoc. "En les laissant dehors, elle veut les décourager de rester sur place."

Même analyse d’Utopia 56. "L’État ne procède pas à des mises à l’abri parce qu’il veut rendre les conditions de vie les plus difficiles possible pour faire partir les gens de Calais", affirme Antoine Nehr. Cette "pression" ne marchera pas, estime encore le militant associatif. "Les migrants de Calais ne partiront pas, ils veulent coûte que coûte aller en Angleterre. Ils n’ont nulle part d’autre où aller", continue Antoine Nehr.

L’Auberge des migrants et Utopia 56 réclament non seulement "l’activation immédiate" du dispositif hivernal mais aussi que ce dernier reste en place "tout l’hiver".

"La mise à l’abri dans les CAES ne marche pas"

Pourquoi les migrants ne rejoignent-ils pas les centres d’accueil du Pas-de-Calais ? La préfecture propose en effet chaque jour aux exilés de Calais qui le souhaitent de rejoindre, via un bus, les deux CAES (centres d’accueil et d’examen de la situation) qui se trouvent dans le département. La préfecture se félicite d’avoir pu héberger 3350 personnes depuis août 2017.

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"La mise à l’abri dans les CAES ne marche pas", regrette François Guennoc. "Parce que très peu de personnes montent dans les bus, les migrants veulent aller en Angleterre. Presque tous sont des dublinés ou des déboutés du droit d’asile. Ils savent que les CAES ne pourront rien faire pour eux". Et surtout, ajoute Antoine Nehr, les CAES du Pas-de-Calais sont loin, dans les terres. Le CAES de Troisvaux, par exemple, est à 90 km de Calais, celui du Croisilles, à 130 km. "Ils veulent que les gens s’éloignent de Calais, par peur d’une nouvelle ’jungle’, par peur d’un appel d’air. Mais pourquoi des gens qui veulent rejoindre l’Angleterre partiraient-ils si loin de la mer ?"


 

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