Le nouveau président croate célèbre sa victoire à Zagreb, le 5 janvier 2020. Crédit : Reuters
Le nouveau président croate célèbre sa victoire à Zagreb, le 5 janvier 2020. Crédit : Reuters

Trop divisée, la droite pourtant puissante en Croatie, a perdu l’élection présidentielle à la faveur des sociaux-démocrates emmenés par Zoran Milanovic. Un revirement politique qui devrait, sur le court terme, avoir peu d’incidence sur la politique migratoire en Croatie. Explications.

Il prône un retour à une “Croatie normale” par opposition à la “Croatie authentique” et nationaliste défendue par la présidente conservatrice sortante Kolinda Grabar-Kitarovic : le social-démocrate Zoran Milanovic a été élu président de la Croatie, dimanche 5 janvier, à la surprise générale.

D'après les résultats quasi définitifs de la Commission électorale, cet ancien diplomate de 53 ans a obtenu 52,7% des voix contre 47,3% pour sa rivale dont la rhétorique nationaliste et patriotique n’a pas su convaincre les nombreux électeurs ayant voté au premier tour pour un chanteur populiste de revenir dans le giron conservateur.

Ex-premier ministre de décembre 2011 à janvier 2016 avec le parti social-démocrate (SPD), Zoran Milanovic est présenté comme un homme ambitieux, tolérant et tourné vers l'avenir promettant de faire de la Croatie une "République pour tous". "Soyons unis dans nos différences", a-t-il ainsi lancé dans son discours de victoire dimanche soir. Les quelque quatre millions de Croates "cherchent (leur) place en Europe qui, malgré tous les problèmes, reste le meilleur endroit où vivre le projet le plus pacifique au sein duquel la Croatie doit trouver sa place".

Un président aux fonctions protocolaires, sans pouvoir exécutif

Un discours idéaliste qui a toutefois peu de chance d’être suivi d’effet, les fonctions du président en Croatie étant principalement protocolaires. Le rôle de chef de l’exécutif revient au premier ministre qui demeure Andrej Plenković, figure emblématique de la branche europhile du parti conservateur HDZ. La présidente sortante Kolinda Grabar-Kitarovic incarnait, elle, l’aile droite de ce même parti.

Bien qu’il n’ait aucun pouvoir exécutif ni même la possibilité de bloquer des lois, le président peut tout de même intervenir “sur les questions de politique étrangère, de défense et de sécurité”, souligne Simon Rico, co-rédacteur en chef du Courrier des Balkans, contacté par InfoMigrants. Zoran Milanovic est donc logiquement attendu sur la question de l’épineuse politique migratoire croate et tout particulièrement des fameux “push-back”, ces migrants rejetés aux frontières sans pouvoir exercer leur droit d’asile.

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Depuis 2016, plusieurs ONG, dont Human Rights Watch, alertent régulièrement sur des cas de violences policières aux frontières en Croatie, porte d’entrée sur l’Union européenne. Provenant du Moyen-Orient ou d’Asie centrale, des milliers de migrants tentent ainsi chaque année d’entrer en Croatie via la Bosnie. Mais la police croate intercepte et renvoie de nombreux candidats à l’exil sans même leur permettre de demander l’asile en Europe.

"Dernière entrée dans l’UE, la Croatie joue à la bonne élève"

Malgré l’urgence de la situation qui a fait l’objet de nombreux rapports et témoignages accablants, tout porte à croire que “la politique migratoire va rester la même et que la Croatie va continuer de refouler les migrants à la frontière” malgré l’élection d’un président social-démocrate, selon Simon Rico. “La Croatie, dernière entrée dans l’UE en 2013, joue à la bonne élève, elle fait des pieds et des mains pour rejoindre l’Espace Schengen de libre circulation, c’est crucial pour le développement de son économie en berne. Elle doit donc montrer qu’elle contrôle ses frontières en continuant de renvoyer des migrants”, analyse ce spécialiste de la région des Balkans.

Zagreb a même récemment été encouragée dans sa politique, la Commission européenne ayant félicité la Croatie pour la gestion de sa frontière et recommandant officiellement son adhésion à l’Espace Schengen. “La Croatie a fait ce qu’il fallait pour tenir son engagement en matière de protection des droits de l'homme”, a ainsi déclaré la Commission en octobre, estimant que la récente création d’un système de surveillance des policiers à la frontière ainsi que les promesses du gouvernement croate d’enquêter sur les allégations de violences policières étaient suffisantes.

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Prenant les rênes de la présidence tournante de l’UE pour six mois depuis le 1er janvier, le nouveau président croate devrait donc reléguer sa politique migratoire interne au second plan gérant en priorité les relations entre l'UE et Londres après le Brexit, le désir d'adhésion de pays des Balkans occidentaux, le changement climatique et le prochain budget pluriannuel de l'UE. Europhile convaincu, il devrait également, selon Simon Rico, “prôner la relance du processus d'élargissement de l’UE, poussant pour que les pays voisins de la Croatie deviennent membres à leur tour” lors du sommet UE-Balkans prévu à Zagreb en mai prochain.

Des changements concrets en matière de politique migratoire pourraient toutefois se faire sentir dans neuf mois, à l’issue de l’élection législative qui doit désigner un nouveau premier ministre. “L’élection du président Zoran Milanovic et la défaite de Kolinda Grabar-Kitarovic ont affaibli les conservateurs du HDZ et ont rebattu les cartes au sein de la scène politique croate. Rien ne changera pour les migrants avant le scrutin, en revanche tout peut évoluer si les sociaux-démocrates créent une nouvelle fois la surprise dans quelques mois”, conclut Simon Rico.

 

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