Image d'archives du centre d'hébergement de la Porte d'Ulysse, en Belgique. Crédit : InfoMigrants
Image d'archives du centre d'hébergement de la Porte d'Ulysse, en Belgique. Crédit : InfoMigrants

Les demandeurs d’asile anciennement dublinés ainsi que les personnes ayant obtenu le titre de réfugié dans un autre pays ne pourront plus bénéficier de places d’hébergement en Belgique, a annoncé ce week-end la ministre de l’Asile et de la Migration. Une mesure qualifiée d’"illégale" par les associations d’aide aux migrants, notamment la plateforme citoyenne très active en matière d’hébergement à Bruxelles.

La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Maggie de Block, a annoncé samedi 4 janvier une nouvelle mesure qui va considérablement durcir les conditions d’hébergement des demandeurs d’asile en Belgique.

La mesure prévoit que deux groupes de personnes ne bénéficient plus de l’accueil inconditionnel et donc de places d’hébergements : celles ayant déjà obtenu le statut de réfugié dans un autre pays mais qui souhaitent s’établir en Belgique et celles qui après avoir été sous procédure Dublin demandent l’asile dans ce pays, au terme des six mois de latence.

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Une annonce qui inquiète les associations, comme la Plateforme citoyenne qui gère l’hébergement citoyen à Bruxelles. Entretien avec son porte-parole, Mehdi Kassou.

InfoMigrants : Comment réagissez-vous à cette annonce de la ministre de l’Asile et de la Migration ?

Mehdi Kassou : C’est une décision unilatérale qui n’a aucun sens. Soit le gouvernement communique très mal, soit cette mesure ne tient pas la route.

Après six mois, un dubliné a le droit de demander l’asile en Belgique et donc de bénéficier d’une protection juridique, médicale et financière. Couper cette protection matérielle est inconcevable !

Mais comme c’est compliqué de renvoyer les dublinés vers le premier pays d’arrivée en Europe, l’État décide de couper les aides. Le gouvernement cherche des solutions pour soulager les dispositifs d’accueil or ce ne sont pas les bonnes.

InfoMigrants : Quelles sont les conséquences sur le terrain pour les migrants et pour votre association ?

Mehdi Kassou : Depuis plusieurs jours, des rumeurs couraient chez les migrants, ce n’est donc pas une surprise pour eux. En revanche, cette mesure rajoute de l’incompréhension car rien n’est clair. Nous-mêmes nous n’avons aucune information depuis l’annonce de Maggie de Block. Comment peut-on les informer si nous-mêmes manquons de détails ?

Je crains qu’avec cette mesure on reçoive encore plus de monde dans le besoin. On va devoir assumer un plus grand nombre d’hébergements sur des durées plus longues.

C’est complétement surréaliste ! Quand les migrants entament les procédures d’asile, c’est interminable. Lors de leur période Dublin de six mois, c’est nous qui assurions déjà leur mise à l’abri. Qu’est-ce que cela va être si on ajoute les anciens dublinés devenus demandeurs d’asile ?

Chaque nuit, 230 personnes sont hébergées chez les familles et entre 80 et 120 dorment à la rue, faute de solution. Ce chiffre risque d’augmenter.

De plus, le dispositif de sans-abri de Bruxelles va être saturé très rapidement.

InfoMigrants : Comment envisagez-vous la suite ?

Mehdi Kassou : Selon les premières constations des juristes, cette mesure est totalement illégale. Il faut donc l’annuler.

Theo Francken, l’ancien ministre de l’Asile et de la Migration a tweeté ce week-end cette phrase : "Cette mesure me semble tout aussi risquée que d’introduire des quotas d’asile, mais au moins quelque chose se passe". Quand un ancien ministre dit de telles choses, cela prouve bien qu’on doute de la légalité de cette mesure. Cela ressemble à des effets d’annonce !

De notre côté, on reste attentif à la situation. On est sur le pied de guerre. On attend de voir les premiers retours sur le terrain pour envisager la suite. On va se réunir entre associations pour voir quelles actions mener.

 

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