L'incendie a ravagé une bonne partie du camp qui accueillait environ 1 400 demandeurs d'asile près d'Agadez au Niger. Crédit : DR
L'incendie a ravagé une bonne partie du camp qui accueillait environ 1 400 demandeurs d'asile près d'Agadez au Niger. Crédit : DR

Plus de 300 demandeurs d'asile, la plupart soudanais, ont été arrêtés par la police, accusés d'avoir incendié leur camp tenu par l’ONU près de la ville d'Agadez, dans le nord du Niger, a annoncé lundi le procureur local.

La police nigérienne affirme avoir “identifié 335 demandeurs d’asile” ayant participé à l’incendie de leur centre d’hébergement, un camp situé à 15 km d’Agadez au Niger. Selon Seyni Saidou, le procureur du tribunal de grande instance d'Agadez s’exprimant lundi 6 janvier à la télévision locale, le groupe a été “interpellé et mis à la disposition de la police” samedi.

Ces arrestations ont eu lieu après après que des centaines de demandeurs d'asile soudanais ont été délogés par les forces de sécurité des locaux du Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) où ils avaient entamé un sit-in depuis le 16 décembre. Tous évacués de Libye vers le Niger, ces demandeurs d’asile exigent l'accélération du traitement de leurs demandes d’obtention du statut de réfugié ainsi que leur relocalisation en Europe.

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"Une fois ramenés sur leur site dans des bus, ils ont d'abord mis le feu au camp" avant de s'en prendre "à coups de projectiles aux éléments des forces de sécurité" qui les ont escortés, a expliqué un responsable municipal cité par l’AFP. Sur les "331 habitations" du camp, "290 habitations et l'infirmerie ont été réduites en cendres", ont déploré les autorités locales. Au moins deux personnes ont été blessées par les manifestants qui ont "cassé des vitres des bus".

Selon le HCR, 80% du camp est parti en fumée. Crédit : DRLes personnes arrêtées "sont poursuivies pour des infractions graves à la loi pénale" dont "l'attroupement non armé sur la voie publique, la rébellion par destruction volontaire des biens et immeubles ainsi que l'incendie volontaire des lieux servant d'habitation", a précisé le procureur.

InfoMigrants a pu entrer en contact avec plusieurs demandeurs d’asile arrêtés. Lundi soir, ils affirmaient être entassés dans des cellules obscures et n’avoir reçu “ni eau ni nourriture” depuis trois jours. “Il y a des femmes et des enfants parmi les détenus ainsi que des personnes avec des besoins spécifiques. Et les blessés n’ont pas encore reçu de traitement médical”, explique l’un d’entre eux, photographies et vidéos à l’appui.

Des dizaines de demandeurs d'asile sont entassés dans des cellules, sans eau ni nourriture, selon plusieurs migrants ayant transmis des photos à notre rédaction. Crédit : DR

Plusieurs blessés attendent toujours d'être pris en charge, d'après les témoignages reçus par InfoMigrants. Crédit : DRAvant l’incendie, quelque 1 400 migrants, majoritairement des Soudanais ayant fui depuis 2017 l'insécurité et l'esclavage en Libye, vivaient dans ce camp du HCR. Depuis 2018, ces Soudanais manifestent régulièrement à Niamey et à Agadez pour exiger l’accélération de leur procédure de réinstallation dans des pays d'accueil en Europe. Ils demandent notamment à être traités comme ces centaines d’Éthiopiens et d’Érythréens passés par Niamey et qui ont pu être réinstallés en France, en Suisse, aux Pays-Bas, en Suède et en Finlande.

Interrogé en décembre par l’AFP, le ministre nigérien de l’Intérieur a assuré que "les dossiers des Soudanais d'Agadez [étaient] en train d'être traités dans la célérité".

 

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