Environ 1 400 migrants sont détenus dans les deux centres de Marsa (photo) et Hal Safi à Malte (archive octobre 2019). Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Environ 1 400 migrants sont détenus dans les deux centres de Marsa (photo) et Hal Safi à Malte (archive octobre 2019). Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

Selon un récent décompte de l’ONU, quelque 1 400 migrants se trouvent actuellement en centre de rétention à Malte sans justification aucune. Pour le ministre de l’Intérieur, l’Europe serait responsable de cette situation en refusant de répartir les migrants débarqués sur le sol maltais après leur sauvetage en Méditerranée.

C’est un chiffre vertigineux au regard de la faible population - à peine 500 000 habitants - que compte l’île européenne de Malte : 1 400 migrants sont actuellement détenus dans deux centres, Marsa en banlieue de la capitale La valette et Hal Safi dans le sud du pays. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) qui a effectué ce comptage début janvier, certains migrants sont détenus depuis cinq mois.

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Officiellement, le gouvernement justifie ce placement en rétention par des contrôles sanitaires qui ne doivent pas dépasser deux semaines. Mais dans les faits, cette étape s’étire sur plusieurs mois durant lesquels les migrants sont privés de liberté, de leur téléphone mobile et des effets personnels avec lesquels ils sont arrivés, y compris leur argent liquide.

“Cette pratique n’est absolument pas encadrée par la loi. Qu’il s’agisse du droit maltais, européen ou international, il est clair que la rétention de réfugiés ne doit être utilisée qu'en dernier recours pendant une courte période et doit toujours être justifiée”, rappelle Kahin Ismail, représentant du HCR à Malte, interrogé le 4 janvier par le quotidien Times of Malta.

Record du nombre d'arrivées à Malte en 2019

Piqué au vif, le ministre de l’Intérieur maltais Michael Farrugia s’est défendu sur Twitter en expliquant que la petite île était débordée par l’afflux de migrants et qu’aucun pays européen n’avait fait preuve de solidarité. “Une requête a été déposée demandant d’aider Malte à relocaliser les migrants qui se trouvent actuellement en centre d’accueil initial après cette année record en terme de sauvetages de migrants en mer. À ce jour, pas un seul arrangement de relocalisation ne nous a été proposé [par les autres pays européens]. Donc c’est facile de critiquer…”

Environ 3 400 migrants sont arrivés à Malte par bateaux en 2019. Une situation inédite qui a mis à rude épreuve le système d’asile et les conditions d’accueil, tous les centres d’hébergement de l’île étant déjà saturés.

L'UE déploie des renforts à Malte, en Grèce et à Chypre

Devant l’urgence de la situation, l'agence européenne de l'asile (EASO) qui coordonne la répartition des migrants parmi les pays européens a annoncé mardi 7 janvier le renforcement de sa présence et de ses opérations en 2020 à Malte mais aussi à Chypre et en Grèce, première porte d’entrée des migrants en Europe.

Ces trois pays "verront un doublement du personnel EASO tandis que les déploiements en Italie seront réduits à la lumière des changements de besoins de la part des autorités italiennes". Contrairement à la Grèce, Chypre et Malte, l’Italie a vu le nombre d’arrivées par la Méditerranée divisé par deux entre 2018 et 2019, du fait de la politique de fermeté de l’ex-ministre de l’Intérieur Matteo Salvini mais aussi à cause de la détérioration de la situation sécuritaire en Libye ayant poussé les migrants à chercher d’autres routes de l’exil.

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Près de 111 000 migrants et réfugiés ont rallié l'Europe après avoir traversé la mer en 2019, selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) de l'ONU. C’est dix fois moins que le million de personnes arrivées en 2015, au plus fort de la crise migratoire.

Au total, l’EASO va déployer 2 000 personnes ainsi que des interprètes et des agents de sécurité. Avec quelque 550 agents en Grèce, l’agence européenne prévoit "trois fois plus d'assistants sociaux" et une aide plus ciblée "pour aider à la réception dans les hot-spots" comme celui de Lesbos, où plus de 37 000 personnes s'entassent dans des conditions indignes. À Chypre, les 120 personnels européens auront surtout pour mission d'aider les autorités à enregistrer et traiter les demandes d'asile.

Les conditions de vie sont trs vtustes dans le centre daccueil dHal Far o les migrants sont entasss dans des conteneurs Crdit  Anne-Diandra Louarn  InfoMigrantsÀ Malte, ces derniers seront au nombre de 60 et auront pour mission principale d’aider les autorités à traiter les demandes d’asile mais aussi à améliorer les conditions d’accueil. “Le personnel de l'EASO va notamment déployer des agents formés à [repérer les migrants vulnérables] et apportera un soutien technique dans les centres d’accueil comme les procédures d'évaluation de l'âge”, écrit l’agence dans un communiqué, précisant toutefois que le personnel ne sera pas impliqué dans la gestion interne des centres.

L’EASO se tient toutefois à la disposition des autorités maltaises pour apporter son soutien lors des débarquements de migrants secourus en mer faisant l’objet d’un accord de répartition entre différents pays européens.

L’OIM a recensé 1 283 décès en Méditerranée l’année dernière contre près de 2 300 l'année précédente.

 

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