Sebastian Kurz, le 7 janvier 2020, lors de sa cérémonie d'investiture à Vienne. Crédit : Reuters
Sebastian Kurz, le 7 janvier 2020, lors de sa cérémonie d'investiture à Vienne. Crédit : Reuters

Réélu en septembre à la tête de l’Autriche, le jeune chancelier Sebastian Kurz a prêté serment mardi. Malgré une surprenante coalition gouvernementale formée avec les Verts, le dirigeant ultra-conservateur n’a pas l’intention de faire des concessions sur sa politique migratoire.

Après sept mois d’absence, Sebastian Kurz fait son grand retour à la tête de l’Autriche. Le jeune chancelier a prêté serment mardi 7 janvier au terme de mois de tractations pour former une nouvelle coalition gouvernementale.

Le dirigeant conservateur fait désormais équipe avec les Verts qui, arrivés seconds au scrutin de septembre, entrent pour la première fois de l’histoire autrichienne au gouvernement. La précédente coalition avait été réalisée avec le parti FPO d’extrême droite avant que son leader et ex-vice chancelier ne soit éclaboussé par un scandale de corruption ayant mené aux élections anticipées.

Avec l’arrivée surprenante des Verts au gouvernement, Sebastian Kurz admet avoir fait des compromis. L’accord de coalition prévoit notamment la mise en place d’une vaste politique de lutte contre le changement climatique afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, mais aussi l'amélioration de la transparence gouvernementale et administrative. Pour autant, s’il y a bien un point sur lequel Sebastian Kurz ne compte pas déroger, c’est sa politique migratoire extrêmement ferme.

“Avec ce nouveau gouvernement nous reprendrons beaucoup d’éléments de notre programme comme les allègements fiscaux pour les travailleurs ainsi qu’une ligne cohérente dans les domaines de la sécurité et de la migration”, a expliqué Sebastian Kurz lors de son discours d’investiture, tenant à rassurer son électorat de droite face à l’arrivée des Verts positionnés clairement à gauche sur l’échiquier politique. Le jeune dirigeant a également rappelé qu'il était important pour l'Autriche "d'aider l'Union européenne à se développer dans la bonne direction" et qu’il était toujours opposé à un mécanisme de distribution en Europe des migrants secourus en Méditerranée. Pour l’heure, seuls quatre pays européens y participent : la France, l’Allemagne, l’Italie et Malte.

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Nommé ministre des Affaires étrangères à seulement 27 ans, Sebastian Kurz a joué un rôle prépondérant dans la fermeture de la route des Balkans empruntée par des milliers de candidats à l’exil depuis 2016 et a fait de la ligne dure sur l’immigration une caractéristique de sa famille politique, le Parti du peuple (OVP). Son discours et ses idées sont si proches de celles du FPO d’extrême droite que celui-ci l’a même accusé de plagiat un temps avant d’accepter de former une coalition après la première victoire de Sebastian Kurz en 2017 à seulement 31 ans.

Kurz, un esprit libre, selon le leader des Verts  

Les Verts, qui n’avaient pas réussi à entrer au parlement en 2017, ont obtenu 13,8% des suffrages lors du scrutin de septembre, bénéficiant d’un changement de mentalité de l’opinion publique autrichienne désormais plus concernée par les problématiques environnementales que par la crise migratoire. Werner Kogler, le leader des Verts, en a bien conscience, d’où son accord pour entrer au gouvernement. “Kurz a plein de facettes. Je pense que ses idées et ses idéologies sont relativement libres”, avait-il déclaré au lendemain du scrutin de septembre.

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Depuis, Sebastian Kurz a montré des signes d’ouverture lors des négociations pour la formation de sa coalition en faisant plus de place aux questions environnementales et en reléguant sa politique migratoire au second plan. Autre geste hautement symbolique : sur impulsion des Verts, huit des quinze ministres nommés sont des femmes. Parmi elles, Alma Zadic venue des Verts et nommé à la Justice est la première ministre autrichienne issue de l’immigration. Sa famille a fui la guerre en Bosnie lorsqu’elle avait 10 ans.

Comme pour encourager Sebastian Kurz dans cette direction, le président autrichien Alexander Van der Bellen a tout de même tenu à prévenir le chancelier que cet équilibre improbable entre les conservateurs et les Verts était fragile : “Les Autrichiens attendent beaucoup de vous. Cette confiance qu’ils vous ont accordée a été reconstruite avec précaution et doit désormais être renforcée, car notre démocratie et nos institutions vivent de la confiance des citoyens.”

 

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