Sans aide ni ressource, Mohamed vit sur cette décharge à Tripoli depuis 2017 avec un groupe d'autres migrants. Crédit : DR
Sans aide ni ressource, Mohamed vit sur cette décharge à Tripoli depuis 2017 avec un groupe d'autres migrants. Crédit : DR

InfoMigrants a recueilli le témoignage d’un Soudanais en Libye qui survit, dort et se nourrit sur une décharge à Tripoli avec neuf autres migrants depuis plusieurs années. Il accuse l’ONU de l’avoir abandonné à son sort et ne voit aucun avenir pour lui.

“Je m’appelle Mohamed* et je vis avec d’autres migrants dans la décharge du centre de détention d’Abu Salim au sud de Tripoli depuis 2017. Je suis originaire du Soudan.

J’ai essayé de me rendre en Europe à plusieurs reprises mais je n’ai jamais réussi. Les garde-côtes m’ont ramené une fois à Sabratha et une autre fois à Tripoli.

Désemparé, je suis allé frapper à la porte des bureaux du HCR [le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, NDLR] à Tripoli pour demander de l’aide mais je n’en ai eu aucune.

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Une équipe du HCR est tout de même venue me rendre visite à la décharge en décembre 2018, ils ont pris des photos, m’ont posé des questions et depuis je n’ai plus eu de nouvelles ou reçu quoique ce soit de leur part.

Nous sommes 10 à vivre sur cette décharge. Certains ont fait une demande d’asile auprès du HCR depuis 2009 mais n’ont jamais eu de retour. Notre quotidien se résume à collecter tous les matériaux recyclables que l’on trouve puis à les vendre sur le marché du coin pour gagner un peu d’argent et pouvoir manger.

Mohamed vit parmi des montagnes de dtritus dans cette dcharge  ciel ouvert situe  Tripoli Crdit  DRJ’ai de la chance de n’avoir aucun problème de santé bien que je vive entouré d’ordures. On ne peut pas en dire autant de ceux qui vivent en détention à Abu Salim ou même ceux qui se trouvent au GDF [Gathering and Departure Facility, le centre de rassemblement et de départ du HCR à Tripoli, NDLR].

Là-bas, ils sont tous entassés les uns sur les autres. Les maladies se répandent très rapidement et il n’y a pas, ou presque pas, de docteurs et aucun médicament. Ils souffrent aussi de malnutrition, manquent d’eau potable et sont complètement passifs, dans l’attente d’une aide qui ne vient pas.

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Attaqués et battus par des Libyens

Notre vie sur la décharge est loin d’être idéale, mais au moins on se maintient en bonne santé et on s’entraide. Notre principal souci c’est la sécurité. À plusieurs reprises, nous avons été attaqués par des hommes libyens armés. Ils nous insultaient, nous battaient et nous forçaient à travailler gratuitement pour eux.

Nous avons bien essayé d’en parler au HCR mais visiblement ils n’en avaient rien à faire de nos histoires. Un jour de décembre 2017, j’ai même été harcelé au bureau du HCR à Tripoli, un des employés m’a lancé : ‘Sors de mon bureau, esclave !’. Il avait un accent libyen.

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Les demandeurs d’asile qui se trouvent actuellement au GDF vont finir à la rue. Contrairement à ce que dit le HCR, il n’y aura ni suivi ni aucune forme d’aide ou de soutien apporté une fois qu’ils seront en dehors du centre. C’est important qu’ils soient prévenus et préparés.”

*Prénom modifié par souci d’anonymat

 

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