La nouvelle ministre de la Justice Alma Zadic | Photo: picture-alliance /APA/H.Punz
La nouvelle ministre de la Justice Alma Zadic | Photo: picture-alliance /APA/H.Punz

Alma Zadic est née en Bosnie. Avec ses parents, elle a fui la guerre en ex-Yougoslavie dans les années 90 pour se réfugier en Autriche. Aujourd'hui, Alma Zadic est la nouvelle ministre de la Justice de son pays d'accueil.

"Cela va faire la différence : pour la première fois l'Autriche va avoir un ministre qui n'est pas né en Autriche", déclarait Alma Zadic lors de son discours d'investiture au poste de ministre de la Justice dans la toute nouvelle coalition gouvernementale entre le parti conservateur et les Verts. 

Si Alma Zadic voit son passé migratoire comme un avantage pour l'exercice de sa fonction, sa nomination a au contraire suscité une vague de discours haineux sur les réseaux sociaux, essentiellement de la part de l'extrême droite et du Mouvement identitaire autrichien. 

On a ainsi pu lire des commentaires comme "une musulmane criminelle devient ministre de la Justice : la charia va bientôt arriver en Autriche“. Le parti d'extrême droite FPÖ, qui se partageait le pouvoir jusqu'en septembre dernier avec le parti conservateur du jeune chancelier Sebastian Kurz, n’a pas manqué de relayer ce type de propos racistes. 

La haine sur internet 

Pendant que certains accusent Alma Zadic d'être proche de groupes islamistes en Autriche, d'autres affirment qu'elle cherche à détruire l'extrême droite dans le pays. 

L'intensité des attaques est telle, qu'elle a déjà dû demander la protection de la police. Alma Zadic a déjà publiquement assuré qu'elle ne suivait aucune religion ou aucun dogme mais elle peine à convaincre ceux qui voient en elle le mal incarné. 

"Voilà que dès le premier jour, il y a un risque de que la nouvelle coalition se fissure. Les Verts et Zadic vont avoir besoin de nerfs solides pour résister à cette tempête", commentait aussi un éditorialiste dans le journal autrichien Der Standard. 




Les nerfs solides, Alma Zadic semble cependant les avoir.  Après les insultes et les accusations, un vent de solidarité à commencé à souffler sur les réseaux sociaux sous le hashag #solidaritystorm. 

Le 11 janvier, la ministre a d'ailleurs publié une série de tweets pour remercier ceux qui l'ont soutenu, affirmant que "la vague de solidarité est si forte qu’elle lui a donné la force de s'opposer à ses dissidents". 

Un profil international 

Avant d'entrer en politique et de rejoindre le parti des Verts autrichiens en 2017, Alma Zadic travaillait comme avocate pour le cabinet international Freshfields Bruckhaus Deringer. 

Elle a également était consultante pour les Nations unies. Sa carrière l’a menée aux Etats-Unis, en Italie, aux Pays-Bas. 

PHOTO  Alma Zadic est investie ministre de la Justice par le prsident autrichien Alexander Van der Bellen  Photo Reuters  Leonhard Foeger Pendant ses études, Alma Zadic a par ailleurs travaillé comme chercheuse en droit à l'OIM à Vienne et comme stagiaire au Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie à La Hague. 

Enfin, elle a obtenu une bourse d'études pour rejoindre l'Université de Columbia à New York et a passé un semestre à l'Université catholique du Sacré-Cœur en Italie. 

Des réformes en vue sur la migration 

Née en 1984, Alma Zadic est arrivée avec ses parents en Autriche à l’âge de dix ans. Aujourd’hui elle est la plus jeune ministre de la Justice de l’histoire du pays, selon la radio-télévision de service public ORF, qui estime que ce ministère "a un besoin urgent d’être réformé et a le potentiel de créer beaucoup de conflits". 

Malgré la campagne de discours haineux dirigée contre elle, Alma Zadic peut encore compter sur le soutien d’une bonne partie de la classe politique autrichienne dont  Sebastian Kurz. Le jeune chancelier conservateur a défendu sa ministre sur Twitter en déclarant "la haine sur internet n’a pas sa place dans notre société. Nous allons la combattre, qu’elle vienne de la gauche, d’islamistes ou de la droite. @Alma Zadic et tous ceux qui sont touchés par cela ont tout mon soutien."

Un jour plus tard, Sebastian Kurz dévoila le projet de son gouvernement, affirmant que son cabinet allait continuer à „essayer de réduire l’immigration illégale“. 

A (re)lire : Malgré une alliance avec les Verts, le chancelier autrichien n'a pas l'intention d'assouplir sa politique migratoire

Menaces de mort

Dans une interview accordée au magazine de gauche Falter, Alma Zadic relate les nombreuses menaces de mort dont elle a déjà fait l’objet. Dans une autre interview télévisée, elle a expliqué que "ce n’était pas facile" d’être exposée à ce genre de discours haineux, tout en ajoutant qu’elle "restera forte" face à cette adversité.

Elle dit préférer mettre en lumière les progrès réalisés par le pays dans l’intégration de migrants. Dans le journal Die Kleine Zeitung, Alma Zadic souligne que "c’est la première fois que quelqu’un avec un passé migratoire est nommé ministre. Il y a encore quelques années, cela aurait été difficile à imaginer. J’espère que dans quelques années, ce genre de choses ne sera plus du tout un problème."

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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