La cour du centre rétention du Mesnil Amelot, à proximité de l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle en mai 2019. Crédit : InfoMigrants / Maëva Poulet
La cour du centre rétention du Mesnil Amelot, à proximité de l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle en mai 2019. Crédit : InfoMigrants / Maëva Poulet

Selon nos informations, une adolescente afghane, visée par une procédure d'expulsion par la France, n'a pas été expulsée comme prévu lundi. La jeune femme, actuellement retenue en centre de rétention administrative, a déposé une demande d'asile en France afin d'éviter d'être renvoyée en Afghanistan où elle dit craindre pour sa vie.

Une Afghane de 19 ans, qui est sous le coup d’une procédure d’expulsion de la part des autorités françaises selon nos informations, n’a finalement pas été renvoyée vers l’Afghanistan lundi 20 janvier. Le vol pour Kaboul dans lequel elle devait embarquer a décollé sans elle. Aucune information n’est disponible sur les raisons de ce revirement de situation ni sur la suite qui va être donnée à sa procédure d’expulsion. Fariha*, qui a fui son pays où elle devait être mariée de force, est actuellement toujours retenue au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne.

La jeune femme a déposé une demande d’asile sur le sol français en urgence vendredi dernier, après avoir appris, via l’association d’aide aux personnes migrantes et réfugiées La Cimade, qu’elle allait être expulsée. Fahira devrait être convoquée devant un tribunal dans les prochains jours. Selon la Cimade, le fait que l’intéressée ait demandé l’asile pourrait être à l’origine de ce revirement de situation.

“Je ne veux pas retourner en Afghanistan. (...) Je suis en danger, si je rentre, mon oncle va me tuer”, a expliqué la jeune femme contactée par InfoMigrants, se disant “en panique totale” depuis quatre jours.

La jeune afghane avait été interpellée le 1er janvier à sa descente d’avion à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle alors qu’elle s’apprêtait à entrer illégalement sur le sol français. Son but, dit-elle, était de rejoindre l’Allemagne où réside son compagnon, un réfugié afghan. Sollicitée, la préfecture de Seine-Saint-Denis, en charge de ce dossier, n’a pas donné suite à nos questions.

“Mon oncle taliban a voulu que j’épouse son fils”

Fariha, originaire de Kandahar, une zone de l'Afghanistan régulièrement visée par des attaques d’insurgés talibans, dit craindre pour sa vie. Son oncle, un taliban, a voulu la marier à son fils, raconte-t-elle. C’est la perspective de cette union forcée qui l’a convaincue de quitter son pays.

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La jeune femme affirme être partie d’Afghanistan il y a huit mois, d’abord en direction de l’Iran, avec l’aide de son père. Elle est ensuite allée en Turquie puis en Grèce, où elle a tenté, en vain, de se procurer un faux passeport allemand pour rallier l’Allemagne par avion.

Elle est finalement parvenue, assure-t-elle, à acheter un faux passeport français et s’est envolée pour Paris. Fariha, qui ne parle pas français, n’avait pas l’intention de rester en France.

Hausse des violences envers les femmes en Afghanistan

Le cas de Fariha est, selon la Cimade, inédit. “À notre connaissance, c’est la première fois que la France veut renvoyer une femme seule vers l’Afghanistan”, s’alarmait la semaine dernière David Rohi, responsable de la rétention à la Cimade.

Selon un accord européen de coopération ratifié par la France, les États-membres sont tenus de prendre en compte “les aspects humanitaires” et, précisément, les situations de personnes dites vulnérables - comme les femmes seules et les mineurs isolés - lors d’une procédure d’expulsion vers un pays considéré comme non-sûr. Par ailleurs, selon le principe de non-refoulement établie par la Convention européenne des droits de l’Homme, le renvoi d’une personne qui l’exposerait à des violations graves de ses droits est interdit.

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Ce cas survient alors que l’Afghanistan a enregistré en 2019 une hausse des violences faites aux femmes et aux filles, selon un récent rapport de la Commission afghane des droits de l'Homme. Entre mars et octobre 2019, une augmentation de 8.2% des violences (verbales, psychologiques, physiques et d'ordre économique) a été observée par rapport à la même période en 2018.

*Le prénom a été modifié.

 

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