Des dizaines de manifestants ont demandé plus de sécurité et de meilleures conditions de vie, le 17 janvier à Moria. Crédit : Reuters
Des dizaines de manifestants ont demandé plus de sécurité et de meilleures conditions de vie, le 17 janvier à Moria. Crédit : Reuters

Depuis le début de l’année, deux personnes sont mortes après avoir été poignardées dans le camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, et une dizaine ont été blessées. Selon Médecins sans frontières, la recrudescence des violences s’explique par la saturation du camp où s’entassent plus de 19 000 personnes pour une capacité de 2 800 places.

"Depuis que je suis arrivée à Moria, il ne se passe pas un jour sans que des bagarres n’éclatent". Installé depuis quelques semaines dans le camp de l’île grecque de Lesbos, Issouf*, un Burkinabè de 32 ans, dit craindre pour sa sécurité. "Chaque jour quelqu’un est blessé", affirme-t-il.

Depuis le début de l’année, le camp de Moria fait face à une recrudescence des violences. À tel point que l'on compte déjà en 2020 deux migrants décédés et "au moins six blessés", assure à InfoMigrants Ihab Abassi, coordinateur de Médecins sans frontières (MSF) en Grèce.

Deux morts

Le premier décès survenu depuis le début de l’année 2020 est celui d’un Congolais de 20 ans poignardé le soir du Nouvel An par un ressortissant afghan qui cherchait à lui voler son téléphone portable. Il est mort mercredi 15 janvier à l’hôpital.

Le deuxième est celui d’un Yéménite de 20 ans, tué de la même façon jeudi 16 janvier après une altercation avec un autre migrant. Le jeune homme a été déclaré mort à son arrivée à l’hôpital dans la soirée.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : À Moria, l’attente sans espoir de milliers de migrants abandonnés à leur sort

Le lendemain, plusieurs personnes, pour la plupart originaires d’Afrique, ont manifesté pour réclamer de meilleurs conditions de vie et plus de sécurité.

Deux jours plus tard pourtant, "une femme afghane a été poignardée", signale encore à InfoMigrants Issou. Une information confirmée par MSF en Grèce qui précise que la jeune femme est dans un état critique à l’hôpital, avec des blessures à la poitrine et à l’abdomen.

Tant événements qui inquiètent le Burkinabè. "J’ai quitté mon pays à cause du manque de sécurité mais c’est pareil ici, voire pire", souffle le jeune homme. "On vit dans la peur".

"On manque de tout à Moria"

Selon MSF, plus le camp est surpeuplé, plus la criminalité augmente. Or, en 2019, la Grèce est redevenue la première porte d’entrée des migrants en Europe. Le camp de Moria abrite actuellement plus de 19 000 personnes pour une capacité de 2 800 places, soit 6 fois sa capacité d’accueil.

"La saturation du camp, le froid et l’attente n’arrangent pas la situation et tend encore plus les esprits", explique le coordinateur de MSF. "On manque de tout à Moria : de nourriture, de douches, de toilettes… Il faut faire la queue pour tout, tout le temps".

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Grèce : une Afghane, mère de trois enfants, meurt carbonisée à Lesbos

Ihab Abassi demande à l’Union européenne de "prendre ses responsabilités". "Un camp de ce type ne devrait même pas exister en Europe", estime-t-il.

De son côté, le gouvernement grec multiplie les annonces pour tenter de mettre fin à la surpopulation dans les camps des îles de la mer Égée. Athènes a notamment commencé, en fin d‘année dernière, le transfert de centaines de migrants des îles vers la Grèce continentale.

De plus, l’État a durci la législation sur le droit d’asile espérant ainsi dissuader les arrivées et annoncé la création de nouveaux camps de plus de 5 000 personnes sur les cinq îles de la mer Égée où se trouvent actuellement les centres d'accueil et d'enregistrement de migrants.

*Le prénom a été modifié

 

Et aussi