Des migrants se trouvent parmi les débris du hangar bombardé au centre de détention de Tajoura, en banlieue de Tripoli, le 3 juillet 2019. Crédit : Hazem Turkia/picture-alliance
Des migrants se trouvent parmi les débris du hangar bombardé au centre de détention de Tajoura, en banlieue de Tripoli, le 3 juillet 2019. Crédit : Hazem Turkia/picture-alliance

Les Nations unies réclament une enquête “impartiale et approfondie” sur le bombardement du centre de détention de Tajoura ayant tué plus de 50 migrants en juillet. Dans un rapport rendu public lundi, l’institution dit craindre “un crime de guerre” lié aux affrontements déchirant la capitale Tripoli depuis le mois d’avril.

Il s’agit de l'un des incidents "les plus meurtriers" depuis le début de l’offensive du maréchal Haftar sur Tripoli il y a 10 mois : le bombardement du centre de détention de Tajoura doit faire l’objet d’une enquête “impartiale et approfondie”, estime l’ONU, s’appuyant sur un rapport de 13 pages rendu public lundi 27 janvier.

“Il se pourrait que l’attaque de Tajoura constitue un crime de guerre. Les Libyens, les migrants et les réfugiés sont piégés par la violence et les atrocités qui sont à leur tour alimentées par l'impunité”, commente Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, citée dans le rapport. “Les coupables de crimes au regard du droit international doivent être tenus responsables”, a-t-elle ajouté.

L’attaque du centre de Tajoura, en banlieue de Tripoli, est survenue peu avant minuit, dans la nuit du 2 juillet. Un premier raid aérien a d’abord frappé un local de réparation de véhicules militaires, puis 11 minutes plus tard, un second bombardement a ciblé cette fois-ci l'un des cinq hangars où étaient détenus 616 migrants. Quarante-sept hommes et six garçons sont tués sur le coup, des dizaines d’autres gravement blessés.

Qu’il s’agisse des troupes auto-proclamées Forces armées arabes libyennes (FAAL) de Khalifa Haftar ou du gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par l'ONU, “toutes les parties impliquées dans le conflit connaissaient les coordonnées exactes du centre de détention de Tajoura qui avait déjà été ciblé par un raid aérien en mai”, précisent les enquêteur. Les responsables restent toutefois difficiles à identifier. Selon l’ONU, les frappes ont "probablement" été menées par des avions appartenant à un pays étranger mais il n’a pas été prouvé que les appareils appartenaient aux FAAL ou qu’ils étaient exploités par un pays étranger pour le compte des FAAL.

Ainsi, l’ONU appelle le GNA et les FAAL ainsi que tout État étranger soutenant l’une ou l’autre des parties à mener une enquête sur ces raids aériens en toute transparence afin de pouvoir traduire les responsables devant la justice.

Le gouvernement libyen également responsable

Les auteurs du rapport onusien soulignent également que la Brigade de Daman - une milice armée alliée du GNA qui gère une partie du complexe de Tajoura - a failli à ses obligations : “Bien que le centre de détention ait déjà été frappé en mai, la Brigade n’a pas déplacé les détenus qui se trouvaient à proximité d’une potentielle cible et d’équipements militaires. Il s’agit-là d’une probable violation par la Brigade de Daman et le GNA de leur obligation de prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils sous leur surveillance contre les conséquences des attaques”, indique le rapport.

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En proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est un pays de transit pour les migrants venus essentiellement d'Afrique subsaharienne qui veulent rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée au péril de leur vie. Le pays était également réputé pour offrir du travail à de nombreux migrants ayant quitté leur pays pour fuir la misère et la pauvreté.

Plusieurs milliers de migrants sont actuellement bloqués en Libye, dans des centres de détention ou parfois dans des zones urbaines où ils travaillent ou bien se cachent dans l’attente de pouvoir monter à bord d’une petite embarcation à destination des côtes européennes.

La fermeture des centres de détention se fait attendre

L'ONU a maintes fois demandé la fermeture de tous les centres de détention en Libye "où des cas d'actes de torture, une surpopulation sévère, des mauvais traitements, du travail forcé, du viol et une malnutrition aiguë, entre autres graves violations des droits de l'homme ont été documentées", rappelle le rapport. La fermeture de ces centres "à l'intérieur ou à proximité des sites sous le contrôle d'une ou de l'autre partie" au conflit est "une priorité urgente".

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Le GNA s’est engagé en août à fermer trois centres de détention, dont celui de Tajoura, mais ce dernier "est toujours ouvert", déplore l’ONU qui appelle à une action urgente pour éviter qu’un autre drame ne se produise.

Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 12 janvier à l'initiative de la Russie, qui soutient le maréchal Haftar, et de la Turquie, qui se place du côté du GNA, les deux rivaux ne cessent de s'accuser mutuellement de violations.

 

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