Crédit : Mehdi Chebil
Crédit : Mehdi Chebil

Selon l’association Gynécologie Sans Frontières (GSF), près de 2/3 des femmes migrantes rencontrées dans le nord de la France ont été violentées, agressées sexuellement durant leur périple pour venir en Europe, ou dans les campements en France. L’association demande d’urgence l’ouverture de nouveaux centres d’accueil pour les mettre à l’abri.

C’est un appel au secours que pousse l’association Gynécologie Sans Frontières (GSF). Près de 70% des femmes migrantes rencontrées par l’ONG au cours de consultations ont subi des violences sexuelles sur la route de l’exil et dans les campements en France : à Grande-Synthe, dans le camp de la Linière, mais aussi dans des campements insalubres à Angres, Norrent-Fontes, Steenvoorde, Hazebrouck...

GSF ne procède à aucune statistique, aucun décompte de ses patientes, il est donc compliqué de savoir le nombre de femmes au total qui sont concernées par ces violences. À Calais, au plus fort de la crise, et avant le démantèlement de la "jungle", on estimait que les femmes représentaient 10% de la population totale, soit environ 700 personnes. "Ce que je peux vous dire, c’est que nous procédons à un peu plus de 400 interventions par mois dans la région", précise Richard Matis, le vice-président de Gynécologie Sans Frontières, contacté par InfoMigrants. "400 interventions qui comprennent des actes médicaux, des avortements, mais aussi des ateliers de prévention, des ateliers d’aides aux victimes… En novembre 2015, quand nous avons commencé à intervenir, nous étions à 50 interventions par mois."

"Des femmes âgées de 16 à 40 ans"

Selon le gynécologue-obstétricien, ces femmes violentées sont jeunes, âgées de "16 ans à 35, 40 ans". Beaucoup ont subi des viols ou de la prostitution forcée pour payer le passage vers l’Angleterre. "Le cas de ces femmes en France n’est pas isolé, il existe ces mêmes violences dans tous les camps de réfugiés du monde", précise-t-il.

D’après l’ONG, la tranche d’âge des victimes explique à elle seule le nombre d’avortements et de grossesses non désirées. "Pendant les consultations, nous rencontrons peu de femmes âgées", détaille le vice-président de GSF. Presqu’aucune des patientes agressées - par des passeurs, des voisins, des maris - ne portent plainte. "À l’instar des femmes françaises, il est rarissime que les victimes aillent au commissariat", explique Richard Matis. En cause notamment, la pression locale. "Ces femmes vivent dans des espaces confinés où leurs voisins peuvent savoir qu’elles sont allées voir la police."

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Gynécologie Sans Frontières dénonce l’inertie de l’État, surtout après le démantèlement de la "jungle" au mois d'octobre 2016 qui a, selon l’association, précarisé encore plus la situation des femmes. "À chaque destruction d’un camp, la vulnérabilité de ces personnes augmente. En octobre, nous avons eu une hausse de demandes d'IVG [interruption volontaire de grossesse]", explique Richard Matis. "Paradoxalement, elles sont plus en sécurité dans un camp confiné où nous pouvons les accompagner, les aider, que dans la nature."

"Plus de 5000 km/mois"

À la suite de la destruction du plus grand bidonville de France, les femmes ont été envoyées dans des centres d’accueil (CAO, Cada….) en France. "Il nous a fallu du temps pour les retrouver, s’assurer qu’elles n’étaient pas soumises à de nouvelles violences", ajoute Richard Matis. Pour celles qui sont en détresse absolue, l’association a ouvert il y a quelques semaines un "refuge de mise à l’abri d’urgence", de 4 à 6 places, dont la localisation n’est pas dévoilée au public.

"C’est un appartement où nous pouvons les héberger deux ou trois jours, pour les protéger de leurs agresseurs le temps de trouver une solution pérenne. Mais c’est de l’urgence…", se désole Richard Matis.

L’association demande donc un coup de pouce de l’État pour soulager ses équipes – composées de moins de 10 personnes et qui doivent sillonner la région du Nord. Ces médecins et sages-femmes doivent gérer les maraudes dans les camps sauvages, dans les Cada, dans la CAO, et assurer leur permanence de soins à Grande-Synthe.  "Nous faisons plus de 5 000 km par mois", résume le vice-président de Gynécologie Sans Frontières. Pour de rien arranger, GSF rencontre des difficultés financières. "Nous serons en déficit au mois d’avril 2017", souligne Richard Matis. L’association réclame donc en urgence la création de centres d’hébergement pour les femmes et les enfants et la réouverture du foyer Jules Ferry à Calais, d’une capacité de 400 places, inutilisé depuis octobre 2016.


 

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