La ville de Ditrau, en Roumanie. Photo : Wikimedia Commons
La ville de Ditrau, en Roumanie. Photo : Wikimedia Commons

L'embauche de deux salariés sri-lankais dans une usine de pain de Ditrau, petite commune roumaine, a déclenché la colère d'une partie des habitants qui, emmenés par leur prêtre, se disent hostiles à l'accueil d'étrangers. Les immigrés ont finalement été relocalisés.

Dans la petite commune de Ditrau, en Roumanie, des salariés étrangers ont reçu un accueil houleux. Deux hommes sri-lankais, arrivés à Ditrau courant janvier et récemment embauchés dans une usine de pain de cette localité, ont attisé la colère d'une partie des 5 500 habitants.

Quelque 200 personnes ainsi que le prêtre de la commune ont manifesté, mercredi 29 janvier, après l'annonce de ces embauches pour demander le départ des intéressés. Les manifestants ont dit craindre un "afflux" d'étrangers dans les environs, ont rapporté samedi des médias locaux, et réclament l'organisation d'un référendum local contre l'embauche de travailleurs immigrés.

Multiplication des propos malveillants

Depuis plusieurs jours, une multiplication des propos malveillants envers les deux Sri-Lankais avait été observée et des menaces avaient été adressées aux propriétaires des logements que les deux hommes avaient loués et qu’ils ont, depuis, quittés. Une page Facebook intitulée "Nous voulons un Ditrau sans migrants" a par ailleurs été créée par le même groupe d’habitants.

En réaction à la polémique, les dirigeants de l’usine se sont justifiés, affirmant avoir cherché en vain à embaucher des employés locaux dans leur usine de 90 salariés alors que la Roumanie est confrontée à une grave pénurie de main d'œuvre. Mais pour les habitants hostiles à l’accueil des étrangers, cette entreprise ne propose pas des conditions de travail satisfaisantes.

>> À (re)lire La route des Balkans, un parcours semé d'embûches

La Roumanie, pays de 19,5 millions d'habitants, a perdu ces trente dernières années quelque quatre millions d’habitants partis occuper des emplois mieux rémunérés à l'étranger. En 2020, cet État des Balkans compte recruter hors de l'Union européenne 30 000 travailleurs, notamment originaires d'Asie, soit 10 000 de plus que le quota pour 2019.

"Discours anti-migration très présent dans la région"  

Samedi, le maire de Ditrau a organisé une réunion pour adresser les préoccupations de ses administrés. À l'issue de la rencontre, la direction de l'usine a indiqué qu'elle s'engageait à déplacer les deux salariés sri-lankais sur un autre lieu de travail hors de la commune, sans préciser à quel type de poste.

Les services de police départementaux ont par ailleurs annoncé l'ouverture d'une enquête pour incitation à la haine et à la discrimination.

Pour Csaba Asztalos, président du Conseil roumain anti-discrimination, ces hostilités s’inscrivent dans un contexte régional. "C’est le résultat du discours anti-migration, très présent dans la région et en Europe", estime Csaba Asztalos.

La commune de Ditrau, habitée par une population de langue et de culture hongroises, est, à l’image de la communauté magyare de Transylvanie, "connectée" aux médias hongrois. Des médias qui relaient les positions anti-immigration du Premier ministre conservateur Viktor Orban, adepte de la théorie du "grand remplacement".

 

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