La cour d’assises du Pas-de-Calais a requis, mardi 4 février, des peines de douze ans de réclusion criminelle envers deux Érythréens, accusés d’être impliqués dans la mort d’un jeune Soudanais en 2016. Crédit : Creative Commons
La cour d’assises du Pas-de-Calais a requis, mardi 4 février, des peines de douze ans de réclusion criminelle envers deux Érythréens, accusés d’être impliqués dans la mort d’un jeune Soudanais en 2016. Crédit : Creative Commons

Des peines de douze ans d’emprisonnement ont été requises par la cour d’assises du Pas-de-Calais à l’encontre de deux Érythréens. Ils sont accusés d’avoir battu à mort, en 2016, un jeune Soudanais, qui vivait dans l’ancien camp de Norrent-Fontes.

La cour d’assises du Pas-de-Calais a requis, mardi 4 février, des peines de douze ans de réclusion criminelle envers deux Érythréens, accusés d’être impliqués dans la mort d’un jeune Soudanais, lors d’une rixe dans un camp de migrants, en 2016.

Ces deux hommes, Estifanos H. et Tsehaye T. sont soupçonnés d’avoir participé, dans la nuit du 17 au 18 octobre 2016, au lynchage de Mohammed E., un Soudanais âgé de 25 ans qui vivait dans le camp de Norrent-Fontes, dans le nord de la France, aujourd’hui démantelé. La victime avait été retrouvée gisant sur une aire d’autoroute avant de succomber à ses blessures à son arrivée à l’hôpital.

Présentés par plusieurs témoins comme des meneurs d’un groupe de passeurs, Estifanos H. et Tsehaye T. sont poursuivis pour violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Depuis les faits, les deux hommes sont emprisonnés.

Période de sûreté et interdiction de territoire national

Hormis des peines de prison, l'avocat général Julien Michel a exigé une période de sûreté (durée d’emprisonnement pendant laquelle le condamné ne peut bénéficier d’aucun aménagement de peine) de six ans et qu’il reçoive une interdiction définitive de pénétrer sur le territoire français, à l’issue de cette peine.

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Des peines de prison d’un an ont également été requises à l’encontre de deux autres Érythréens : Mihri A. et Erymis T. Ces derniers, uniquement poursuivis pour violences en réunion, auraient également participé au lynchage de ce jeune Soudanais. Depuis cette rixe, ces deux hommes ont été placés pendant quatorze mois en détention provisoire et comparaissaient libres mardi.

Si le ministère public estime qu’ils ont tous frappé la victime à coups de bâton, les deux principaux accusés auraient, d’après des témoignages concordants, porté des coups à la tête de ce jeune Soudanais, mort des suites de ces blessures.

"Tout le monde était énervé et cela a dégénéré"

Mardi, l’avocat général a dénoncé la “sauvagerie” de la situation. "Ils ont appliqué la loi du plus fort, la loi de la jungle, ce qui est intolérable sur notre territoire national", a-t-il pointé.

La défense a, de son côté, estimé que les faits étaient toujours confus. "Plusieurs rixes ont éclaté au cours de cette nuit entre différents groupes et le mystère reste entier pour déterminer celle au cours de laquelle la victime a reçu les coups [mortels, NDLR]", a plaidé Me Gaël Dennetière, avocat de Tsehaye T.

Parmi les témoins à la barre, un autre Érythréen, non poursuivi par la justice, est revenu sur cette bagarre lundi. "Au début, on voulait seulement l'impressionner mais tout le monde était énervé et cela a dégénéré", a-t-il affirmé. Selon lui, la victime avait été déplacée de sa tente et transportée dans un sous-bois.

Face à ces allégations, tous les accusés se sont décrits comme “innocents”, jeudi, devant la cour. "Je ne sais pas pourquoi je suis là", s’est défendu Tsehaye T., par le biais d'un interprète. 

 

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