Le principal squat de Toulouse, qui abritait jusque-là quelque 500 personnes, pour la plupart des migrants, a été touché par un incendie, mardi 4 février 2020 (archives). Photo :  Wikimedia Commons.
Le principal squat de Toulouse, qui abritait jusque-là quelque 500 personnes, pour la plupart des migrants, a été touché par un incendie, mardi 4 février 2020 (archives). Photo : Wikimedia Commons.

Un incendie d'origine inconnue s'est déclaré mardi dans le principal squat de Toulouse - qui abritait un demi-millier de personnes, pour la plupart des migrants. Selon la préfecture, le feu n’a fait aucune victime. Les occupants, qui ont pour certains perdu leurs documents administratifs dans le feu, n’ont désormais plus accès aux bâtiments.

Le principal squat de Toulouse, qui abritait jusque-là quelque 500 personnes, pour la plupart des migrants, a été touché par un incendie, mardi 4 février. Le feu a été "maîtrisé" et "aucune victime n'est à déplorer pour le moment", a indiqué la préfecture en début de soirée. Pompiers, Samu et police restaient toutefois sur place pour sécuriser les lieux situés dans un quartier du sud de la ville.

Le feu, dont l'origine est encore inconnue, s'était déclaré en début d'après-midi au deuxième étage d’un des trois bâtiments du squat - un ancien édifice d'EDF - où vivaient depuis mai 2019 des centaines de personnes de 22 nationalités différentes. Parmi les occupants, figuraient en majorité des hommes seuls mais aussi quelques familles originaires notamment d’Afrique du nord, d’Afrique subsaharienne, d'Albanie, de Tchétchénie, de Russie et d'Afghanistan.

Environ 100 chambres sur un total de 275 ont été endommagées selon la préfecture, et tous les occupants ont été chassés par les forces de l'ordre, y compris ceux qui logeaient dans les bâtiments laissés intacts par les flammes. Environ 200 personnes, avec parfois des enfants en bas âge, sont restées massées à l'écart avec valises, couvertures ou téléviseurs, pour ceux qui avaient eu le temps de les sortir.

"Sur place, c’était la confusion", explique à InfoMigrants Anna, bénévole de l’association Utopia. "Les policiers ont envoyé des gaz lacrymogènes sur plusieurs personnes qui voulaient récupérer leurs affaires dans les bâtiments."

"Ces documents, c’était leur vie en fait"

Dans les flammes, des affaires personnelles ont été réduites en cendres. "Des vêtements, des sacs, de la vaisselle, des micro-ondes…", énumère Sarah*, membre du collectif Russell qui soutenait les habitants du squat. "Mais le pire, ce sont les papiers. Pour les demandeurs d’asile, certains documents servent de preuves pour l’Ofpra et la CNDA et, parfois, il s’agit de documents uniques très difficiles à récupérer."

Selon la militante, jointe par InfoMigrants, l’impact de ces dégâts sur les migrants est important. "Ils ont tout perdu. C’est la première chose qu’ils m’ont dite quand je suis arrivée sur place. Ces documents, c’était leur vie en fait. C’est comme si, nous, on perdait ce qu’il y a dans notre appartement ou dans notre maison. Sauf que pour nous, c’est plus simple de refaire les papiers."

L’accès aux bâtiments devait être rendu possible ce mercredi après-midi pour que les personnes puissent récupérer leurs effets personnels.

Des gymnases ouverts en urgence

Dans l’urgence, la mairie de Toulouse a mis en place des solutions temporaires d’hébergement. Deux gymnases de la Ville Rose, situés dans les quartiers d'Empalot et de la Cépière, ont été ouverts dans la soirée. Mais, selon le collectif Russell, 200 personnes seulement sur les 500 qui logeaient dans le squat y ont trouvé refuge. "Ces lieux ont une capacité d’accueil suffisante pour héberger tous les anciens habitants du squat, mais beaucoup de personnes n’ont pas voulu y aller", par peur, notamment, des contrôles policiers, assure Anna.

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Ceux ayant refusé l’hébergement en gymnases ont, pour certains, était logés chez des habitants grâce à "un gros réseau de solidarité", pointe de son côté Sarah. D’autres dorment désormais à la rue.

Le squat, lui, "sera totalement évacué", a indiqué le préfet Étienne Guyot qui s'est rendu sur place. Une décision qui met fin à une lieu de vie au "fonctionnement collectif assez bien organisé", a estimé Thomas Couderette, du Collectif toulousain d'entraide et d'innovation sociale, reprochant à la préfecture d'avoir freiné les efforts des associations pour sécuriser au mieux les bâtiments en ne s'engageant que tardivement sur la non-expulsion des lieux. L’été dernier, la justice avait ordonné l’expulsion de ce lieu mais la préfecture n'y avait pas procédé faute de solution de relogement pendant l'hiver.

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée.


 

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