Environ 80 personnes sont hébergées dans le gymnase Maurice Baquet, à Châtillon. Ce nombre varie en fonction du départ de certains migrants. Crédit : InfoMigrants
Environ 80 personnes sont hébergées dans le gymnase Maurice Baquet, à Châtillon. Ce nombre varie en fonction du départ de certains migrants. Crédit : InfoMigrants

Depuis les évacuations fin janvier des campements des portes d’Aubervilliers et de la Villette, dans le nord de Paris, plusieurs dizaines de migrants sont hébergés dans le gymnase Maurice Baquet, à Châtillon, en banlieue parisienne. Un repos précaire après des mois passés à la rue.

La tempête Ciara fait souffler un vent glacial sur la France en cet après-midi du mardi 11 février. Une pluie battante vient fouetter les grandes baies vitrées du gymnase Maurice Baquet, à Châtillon (Hauts-De-Seine). Heureusement, à l’intérieur, il fait bon.

Des lits de camps ont été installés dans tout le gymnase. Plusieurs personnes se reposent dans leurs duvets. Un groupe d’Afghans a posé une couverture par terre pour y organiser une partie de cartes.

L'endroit est réquisitionné par les autorités depuis le 27 janvier, pour un mois reconductible, afin d’héberger temporairement une partie des migrants évacués le 28 janvier des campements insalubres des portes d’Aubervilliers et de la Villette, dans le nord de Paris.

 Plus de 1 400 migrants ont t vacus le 28 janvier 2020 du campement qui stait form porte dAubervilliers dans le nord de Paris Il sagissait de la 60e vacuation depuis 2015 Crdit  InfoMigrantsMandatée par l'État, l’association Alteralia, gestionnaire du site, met à disposition des 86 personnes hébergées un lit de camp et un duvet. Trois repas par jour sont distribués et des habitants du quartier viennent parfois donner des vêtements, des couvertures ou de la nourriture.

Corps fatigués

Tout ici est provisoire et bien loin du logement pérenne auquel aspirent les migrants. Mais pour des corps fatigués par des mois passés à la rue, dans le froid, le gymnase est une pause salutaire.

Emmitouflé dans son duvet, Mohamed écoute de la musique sur son téléphone. Cet Éthiopien de 25 ans a passé six mois porte d’Aubervilliers avant d’être hébergé à Châtillon. Comme des centaines d’autres migrants, il avait installé sa tente sur les petits espaces verts boueux bordant le périphérique et manquait de tout. "J’arrivais à peu près à manger une fois par jour mais je ne me lavais qu’une fois par semaine", raconte-t-il en serrant son duvet contre lui.

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Parler du campement de la porte d’Aubervilliers lui évoque surtout des souvenirs d’insécurité permanente. Chaque jour, il fallait se protéger des évacuations policières mais aussi des tentatives de vol et des agressions fréquentes dans les campements.

Alors quand, un soir, la police a débarqué dans le gymnase de Châtillon – contactée par les agents de sécurité après l’intrusion d’un homme qui n’était pas inscrit sur la liste des hébergés – Mohamed a tremblé.

D'autant que le jeune homme et plusieurs autres personnes hébergées à Châtillon estiment que la sécurité n’est pas idéale, la nuit surtout. Les vols de téléphones ne sont pas rares et il arrive que les esprits s’échauffent quand un migrant décide d’allumer une cigarette à l’intérieur, raconte Zahid, un réfugié statutaire afghan de 24 ans, passé par le campement de la porte d’Aubervilliers.

Cinq expulsions, cinq retours à la rue

Dans le vestiaire attenant au gymnase, Youssouf* est occupé à couper les cheveux de l’un de ses amis. Ce jeune Soudanais, originaire du Darfour, a lui aussi bien connu les évacuations policières des campements du nord de Paris. Sa paire de ciseaux et son peigne encore en main, il raconte l’air amusé qu’en l'espace de six mois porte d’Aubervilliers, il a été expulsé cinq fois. Et cinq fois, il est revenu se réinstaller dans le nord de Paris, là où il trouvait un petit peu de place pour planter sa tente.

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Youssouf dit avoir beaucoup souffert du froid. Le jeune homme au corps frêle est d’ailleurs arrivé malade au gymnase après l’évacuation du 28 janvier. Comme tous les migrants qui le souhaitaient, il a pu consulter un médecin envoyé par l’Agence régionale de santé (ARS) à son arrivée et être soigné.

"Maintenant, je me sens beaucoup mieux. Ici, on peut quand même se reposer un peu", affirme-t-il en souriant. Reste l’inquiétude de ne pas maîtriser son avenir. Youssouf n’a "aucune idée" de là où il va aller lorsqu’il quittera le gymnase. "Peut-être à la rue, encore une fois", souffle-t-il.

"Ici, ce n’est pas une prison"

Sylvain Van Wassenhove, directeur adjoint de l'association Alteralia, qui gère plusieurs autres centres d’hébergement, affirme ne pas être en mesure de savoir où vont être envoyées les personnes hébergées.

"Pour les orientations, nous sommes prévenus la veille ou deux jours avant le départ des migrants. On affiche alors la liste des personnes concernées", explique-t-il. Tous les migrants hébergés ont vocation à être réorientés, que cela soit en centres d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA) en Île-de-France, en centres d’accueil et d’orientation (CAO) en province, en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), en centres provisoires d’hébergement (CPH) pour les réfugiés, ou bien vers des structures d’hébergement généralistes comme des hôtels sociaux.

"Si des personnes doivent être envoyées en centre de rétention administrative (CRA), on l’affiche aussi, précise Sylvain Van Wassenhove. Certains décident de partir, d’autres restent. Ils sont adultes et ici ce n’est pas une prison. Le centre n’est fermé que de 22h30 à 8h30 du matin."

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Zahid 24 ans na pas dhbergement alors quil a obtenu une protection subsidiaire et un titre de sjour Il a fait une demande de logement social mais les dlais dattente sont trs longs Crdit  InfoMigrantsZahid se demande où il sera envoyé. Arrivé en France en février 2017, il a fait une demande de logement social après avoir obtenu, en 2018, une protection subsidiaire ainsi qu’un titre de séjour. Autorisé à travailler, il a déjà effectué plusieurs CDD dans le bâtiment mais s’est retrouvé sans logement après que son colocataire, qui louait leur appartement de Mantes-la-Jolie (Yvelines), a décidé de rentrer en Afghanistan.

"Je suis allé porte d’Aubervilliers pour être plus près de Paris mais maintenant je voudrais aller à Bordeaux ou à Toulouse", confie-t-il, en fouillant dans l’épais protège-documents où il a rangé tous ses documents administratifs. "Ici à Paris, la situation est trop difficile."

*Le prénom a été modifié.

 

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