Matteo Salvini dans l’enceinte du Sénat, à Rome, le 12 février 2019. Photo : Reuters
Matteo Salvini dans l’enceinte du Sénat, à Rome, le 12 février 2019. Photo : Reuters

Matteo Salvini, chef de l'extrême droite et ancien ministre de l'Intérieur, a été renvoyé en justice, mercredi, par le Sénat italien pour avoir bloqué, à l'été 2019, un bateau de migrants au large de la Sicile pendant une semaine. En cas de procès, il encourrait 15 ans de réclusion.

Le Sénat italien a renvoyé, mercredi 12 février, en justice Matteo Salvini, le chef de l'extrême droite, accusé de séquestration de personnes pour avoir bloqué en 2019 un bateau de migrants pendant plusieurs jours au large de la Sicile, alors qu'il était ministre de l'Intérieur.

Le résultat du vote sera annoncé officiellement à 18H00 GMT, mais le tableau électronique vu par plusieurs journalistes de l'AFP a permis d'établir clairement son renvoi en justice, confirmé par tous les médias italiens.

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Dans son intervention avant le vote, Matteo Salvini a "revendiqué avec orgueil" son action en tant que ministre. "Je n'irai pas dans cette salle de tribunal pour me défendre, j'irai pour revendiquer avec orgueil ce que j'ai fait", a-t-il lancé aux sénateurs, réitérant que c'était son "devoir" de défendre les frontières du pays quand il était ministre de l'Intérieur.

"Abus de pouvoir et séquestration de personnes"

Les faits incriminés remontent à l'été 2019. Durant une semaine, 116 migrants avaient été bloqués à bord d'un navire des garde-côtes italiens, le Gregoretti, faute d'autorisation de débarquer de Matteo Salvini, alors ministre de l'Intérieur d'un gouvernement formé par la Ligue (son parti) et les anti-establishment du Mouvement 5 Etoiles (M5S).

Le 25 juillet 2019, jour où plus de 110 personnes avaient disparu dans un naufrage au large de la Libye, le navire militaire Gregoretti avait pris à son bord 140 migrants partis des côtes libyennes. Certains d'entre eux avaient pu être évacués pour raisons médicales mais 116 autres avaient dû rester sur le navire.

Un accord de répartition avait finalement vu le jour et l'Allemagne, le Portugal, la France, le Luxembourg, l'Irlande et l'Eglise d'Italie s'étaient accordés pour prendre en charge ces migrants.

Aujourd'hui, le tribunal de Catane, en Sicile, accuse Matteo Salvini "d'abus de pouvoir et de séquestration de personnes" pour avoir bloqué le Gregoretti l'été dernier.

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Matteo Salvini devra probablement attendre des années pour être fixé sur son sort, compte tenu de la lenteur de la justice italienne, et des possibilités de recours. En cas de procès, il encourrait 15 ans de réclusion. En cas de condamnation définitive, c'est-à-dire en dernière instance par la Cour de cassation, le patron de la Ligue encourt aussi une peine d'inéligibilité de six à huit ans.

Renforcement des compétences du ministre de l’Intérieur

La stratégie de la Ligue est d'impliquer le Premier ministre Giuseppe Conte en assurant que le blocage du Gregoretti était une décision collective du gouvernement.

Une version contestée par le chef du gouvernement selon qui Salvini a, avant l'épisode Gregoretti, "fait approuver un nouveau décret-loi qui renforçait ses compétences, il a revendiqué le choix de faire ou non débarquer les personnes à bord du Gregoretti, et aussi sur le moment de le faire".

En effet, en juin 2019, Matteo Salvini avait fait adopter une loi renforçant ses pouvoirs et prévoyant que "le ministre de l'Intérieur peut limiter et interdire l'entrée, le transit ou l'arrêt des navires dans les eaux territoriales pour des motifs d'ordre et de sécurité publiques". Fin 2018, il avait en outre fait passer des mesures anti-migrants très restrictives, parmi lesquelles l’abolition de la protection humanitaire qui représentait 28% des permis de séjour délivrés aux demandeurs d’asile.

Pour sa défense, l’ex-ministre de l’Intérieur invoque un cas similaire au Gregoretti, remontant à août 2018, lorsque 177 migrants se trouvant à bord du navire des garde-côtes italiens Diciotti avaient été empêchés de débarquer pendant plusieurs jours. À l'époque, le gouvernement avait défendu l'idée d'une décision collégiale, et le Sénat avait bloqué une demande de renvoi en justice contre Matteo Salvini.

Dans une seconde affaire, une Commission du Sénat devra statuer, le 27 février, sur une autre demande de renvoi en justice concernant cette fois le navire humanitaire Open Arms. Ce dernier avait été bloqué mi-août 2019 pendant plusieurs jours devant l'île de Lampedusa, sur ordre encore de Matteo Salvini.

 

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