Ahmad a pris en photo sa brûlure au bras après un accident en Turquie | Photo : Privée
Ahmad a pris en photo sa brûlure au bras après un accident en Turquie | Photo : Privée

Ahmad* voulait rejoindre la Norvège mais son voyage s’est arrêté en Roumanie. Il y a quelques semaines, le jeune afghan devait choisir entre déposer une demande d’asile dans ce pays ou être expulsé vers l’Afghanistan. Il nous raconte son histoire.

"J’ai travaillé avec la coalition internationale en Afghanistan comme interprète. J’y ai travaillé pendant environ sept mois. Puis j’ai été menacé par les forces anti-coalition. Les choses sont devenues dangereuses pour moi alors j’ai fui mon pays. J’ai entendu dire que l’on était à ma recherche alors j’ai dû partir. Je suis né dans une famille pauvre, je n’ai pas pu faire d’études. J’ai appris l’anglais moi-même à la maison. Aujourd’hui j’ai 24 ans.

Je suis né dans un camp de réfugiés à Peshawar au Pakistan. Quand j'avais cinq ou six ans, quand les Américains ont battu les Talibans, ma famille est retournée en Afghanistan. Nous vivions d’abord dans un village. 

Pendant la journée, ce village était contrôlé par l’armée afghane, mais la nuit venue, les Taliban continuaient à faire la loi. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes installés à Kaboul. Mais même Kaboul n’était pas un lieu sûr. Des centaines de milliers de personnes se faisait tuer là-bas.

Une cole dans la province de Kandahar en Afghanistan avril 2019  UNICEFUN0309060Kokic

'J’espère pouvoir aller en Norvège'

Je suis arrivé seul en Europe parce que le voyage est très cher et que nous n’avons pas beaucoup d’argent. Le voyage de l’Afghanistan vers l’Europe coûte des milliers d’euros. J’ai payé 9.500 euros pour arriver Serbie. J’ai emprunté de l’argent à ma famille, mes cousins et à d’autres gens.

J’ai quitté l’Afghanistan en septembre de l’année dernière. Mon voyage m’a déjà pris plus de quatre mois mais il n’est pas terminé parce que je ne veux pas rester en Roumanie.

Au début, j’ai payé des trafiquants en Afghanistan pour obtenir un visa afin de me rendre en Iran. Ensuite, j’ai rejoint la Turquie, la Grèce, puis la Macédoine, la Serbie et enfin la Roumanie.

Malgr de nombreux obstacles des migrants continuent  prendre la route des Balkans pour arriver dans un pays de lUE   Photo picture-alliancedpa A EmricAu départ, j’espérais me rendre en Norvège mais là je ne suis plus très sûr de ce qui va se passer. Ils ont déjà pris mes empreintes digitales en Roumaine et j’ai entendu dire que la Norvège était très stricte sur l’entrée de migrants. J’ai peur d’être renvoyé en Afghanistan ou en Roumanie. D’autres personnes ici dans le centre m’ont dit qu’elles avaient été expulsées de Norvège pour être renvoyées en Roumanie.

'La police m’a frappé à la tête et aux bras'

La police roumaine m’a interpellé plusieurs fois alors que je tentais de passer la frontière hongroise. Ils m’ont mis en prison pour une nuit avant de m’emmener à une sorte de bureau pour l’immigration. Ils y ont pris mes données biométriques. La police a cassé mon téléphone portable et pris l’argent que j’avais sur moi. Les policiers m’ont aussi frappé à la tête aux bras.

Je vous ai envoyé des vidéos pour que vous puissiez voir vous-même à quel point la vie est difficile en Roumanie pour les réfugiés et les migrants. Nous sommes dans un camp ouvert mais nous n’avons pas le droit de travailler. Ils ne nous donnent rien à manger et pas d’argent.

Là où je vis à Bucarest, il y a peut-être 400 ou 500 personnes dans un bâtiment de quatre étages. Récemment, il n’y n’avait plus d’eau chaude. C’était très sale, c’était horrible. Ce n’est pas fait pour des êtres humains. Il y fait très froid.

Une capture dcran de la vido dans laquelle Ahmad montre les toilettes et les douches dans son centre daccueil en Roumanie   Photo  Vido prive envoye par AhmadHeureusement nous avons à nouveau de l’eau chaude mais pendant plusieurs jours je n’ai pas pu me laver.

'Je n’ai pas dormi pendant quatre jours et quatre nuits'

Cela fait une semaine que je suis ici. Avant j’étais dans un autre centre. Ils m’ont dit que j’allais rester ici le temps de traiter mon dossier. Il m’est aussi arrivé de vivre dans un campement sauvage à côté de la frontière hongroise. Il faisait - 8 degrés et on ne pouvait pas allumer de feu parce que les villageois risquaient de nous signaler à la police. Là-bas, je n’ai pas dormi pendant quatre jours et quatre nuit. Il faisait tellement froid. 

J’ai fini par avoir un énorme mal de tête. Puis la police m’a arrêté et m’a amené dans un centre.

Certaines personnes qui travaillent pour des organisations humanitaires ont été très sympas. Ils sont cool. Ils nous aident à trouver des chaussures et nous donnent des vêtements. De la part du gouvernement par contre, nous ne recevons rien du tout. Il n’y a rien de positif qui vienne de leur côté.

Les Roumains savent que personne ne veut rester ici. Les gens sont si désagréables.

Ahmad a envoy  InfoMigrants des vidos des repas improviss que les rsidents du centre se prparent eux-mmes  Photo Screenshot video sent in by Ahmad

'Je ferai tout pour atteindre ma destination'

Certains Afghans qui sont ici depuis plus longtemps que moi m’ont dit que la procédure de demande d’asile pouvait durer très longtemps et qu’il fallait attendre peut-être trois à quatre ans pour obtenir les documents qui permettent de rester ici légalement. Une ONG m’a dit que cela allait seulement prendre quelques mois.

Je ferai tout pour atteindre ma destination. La frontière hongroise est très difficile à passer mais nous avons payé les trafiquants et ils savent comment s’y prendre. Je connais beaucoup de personnes qui ont passé les frontières de l’espace Schengen. J’ai déjà proposé 5.000 euros aux passeurs pour arriver en Autriche. Mais ils doivent d’abord m’emmener. L’argent est bloqué en Afghanistan. Si j’arrive en Autriche, je leur ferai débloquer l’argent. Tout est basé sur la confiance.

La plupart des trafiquants sont des Pakistanais. Ce sont des gens très intelligents. Ils savent gérer ce centre de business. Ils arrangent des voitures et entrent en contact avec les mafias dans tous les pays.

'Les passeurs sont brutaux'

Mais, cela n’empêche que les passeurs sont des gens brutaux. Ils n’ont pas de coeur. Vous leur donnez de l’argent mais sur la route ils font de vous ce qu’ils veulent. Ils m’ont vendu plusieurs fois pendant le voyage.

Ce n’est pas juste une personne qui vous emmène d’un endroit à une autre. On vous frappe, on vous fait subir des choses très horribles. Il faut juste penser à survivre et à être prudent.

J’essaie de ne pas raconter tout ce qui m’arrive à ma famille. Je tente de leur cacher tout cela. En Turquie je vivais dans l’appartement d’un passeur à Istanbul. Là-bas, une bouilloire m’est tombée dessus et je me suis sévèrement brûlé la peau, aux bras et à la cuisse.

Puis un jour on nous a fait monter dans un camion. Je ne voulais pas mais les passeurs avaient des couteaux et nous ont forcés. Nous étions environ 130 personnes, il n’y avait pas d’oxygène.

Je pensais que nous allions mourir. J’ai vu beaucoup de personnes devenir inconscientes. On a eu de la chance de survivre. Finalement nous avons passé la frontière grecque pour arriver à Thessalonique.

'Ma mère me manque'

Je transpirais et avais froid en même temps, mes bandages à cause de mes brûlures collaient à ma peau. Je ne pouvais plus marcher. En Grèce, je suis plusieurs allé voir la police leur demandant de m’arrêter parce que je ne pouvais pas marcher. Comme je n’avais pas de papiers, je ne pensais pas pouvoir me faire soigner à l’hôpital. Finalement, une dame m’a aidé et un médecin allemand d’une ONG m’a soigné. J’étais dans un très mauvais état. Mais une semaine plus tard, j’ai pris la route pour la Serbie.

Des policiers prennent des empreintes digitales de migrants en Norvge  Photo Picture-alliancedpaHJungeJe pense que la Norvège est un bon choix. J’aime les endroits qui sont calmes et où les gens ne sont pas bruyants.

La Norvège est un pays beau et incroyable. J’ai vu des vidéos et je me suis renseigné sur Oslo et sur d’autres villes en Norvège. J’aime les endroits où il fait froid.

J’ai quelques amis là-bas et je suis en contact avec eux mais ils m’ont dit qu’il serait difficile pour moi d’entrer dans le pays. Du coup, je pense aussi à la Suisse parce que j’aime la nature. En tout cas, je veux faire des études. Je voudrais devenir programmateur informatique et simplement mener une vie tranquille. Je ferai n’importe quel job. Je veux juste pouvoir aider mes proches.

Bientôt je parviendrai peut-être à m’échapper d’ici. Je n’ai pas l'appât du gain, je suis juste à la recherche d’une éducation pour mon futur.

Parfois, je suis triste et ma mère et ma nièce me manquent. J’ai vu beaucoup de personnes abandonner et retourner en Afghanistan mais moi, je ne le ferai jamais. Si l’on me renvoie là-bas, je vais mourir. Je préfère encore prendre le risque de mourir ici. Tout ce que je veux est de mener une vie en paix."

*Le nom a été changé pour des raisons de sécurité.

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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