RFI/Olivier Fourt | Ce «Falcon 50» de la marine française est en mission au large de la Libye dans le cadre de Sophia, le 22 septembre 2016.
RFI/Olivier Fourt | Ce «Falcon 50» de la marine française est en mission au large de la Libye dans le cadre de Sophia, le 22 septembre 2016.

Prenant la suite de l'opération Sophia, une nouvelle mission navale va être mise en place par l'Union européenne (UE) d'ici le printemps. Des navires vont être déployés pour empêcher les livraisons d'armes à l'est des côtes libyennes. Mais ces navires n'ont pas vocation à intervenir dans le sauvetage de migrants en mer Méditerranée.

"L'Union européenne va déployer des navires dans la zone à l'est de la Libye pour empêcher le trafic d'armes", a annoncé lundi 17 février le chef de la diplomatie italienne Luigi di Maio. La nouvelle opération aura des moyens aériens et satellitaires ainsi que des navires, précise le correspondant de RFI à Bruxelles, Pierre Bénazet. 

Toutefois, il a ajouté que la mission, loin des routes migratoires actuelles, serait arrêtée si elle "devait provoquer un afflux de bateaux de migrants" dans la zone où elle sera déployée.

Ce compromis a permis de "lever les réticences" de plusieurs pays européens, a commenté le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn.

En effet, lundi matin, Josep Borrell le chef de la diplomatie européenne ne pensait pas arriver à un accord pour que l’opération Sophia soit relancée, "l’unanimité est nécessaire" et "si nous ne l’obtenons pas, nous ne pouvons pas aller de l’avant", regrettait-il.

L’opération faisait face notamment à un veto de l'Autriche, qui refusait de reprendre les opérations navales, estimant qu'il s'agissait d'"un billet d’entrée en Europe pour des milliers de migrants clandestins." Une position partagée par l'Italie. 

 "Ce fut une très longue et très difficile discussion et à la fin, nous avons trouvé une solution médiane", a reconnu Josep Borrell, au sortir d'une réunion à Bruxelles avec les ministres européens des Affaires étrangères. "La zone d'actions pour la nouvelle mission navale ne sera pas celle de Sophia, qui couvrait toutes les côtes de la Libye. Elle sera concentrée à l'Est, là où les passages d'armes se font", a-t-il précisé.

L'Europe "doit être capable de faire de la politique européenne"

Décidé en 2015, le mandat de l’opération Sophia a été prolongé jusqu’au 31 mars 2020. La nouvelle opération visant uniquement un meilleur contrôle de l'embargo libyen sur les armes devrait prendre la suite. Son nom de baptême n’est pas encore décidé. 

Les navires européens de Sophia avaient été retirés de la Méditerranée au printemps 2019 à la suite du refus de l’Italie de laisser les migrants sauvés en mer débarquer sur son territoire.

"Je ne peux pas imaginer qu'un pays comme l'Autriche dise non en fin de compte", a ajouté le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn. "Je comprends que l'Europe ne soit parfois pas capable de faire de la politique mondiale, mais elle doit être capable de faire de la politique européenne."

Plusieurs ONG de défense des migrants ont, pour leur part, manifesté leur indignation à l'image de Judith Sunderland, directrice adjointe chez Human Rights Watch pour les divisions Europe et Asie centrale. "L'UE remplace Sophia par une mission navale VRAIMENT loin [des routes migratoires] pour éviter d'avoir à secourir quiconque. Je travaille sur les politiques migratoires européennes depuis des années et pourtant je suis toujours CHOQUÉE par tant d'inhumanité explicite", a-t-elle écrit sur Twitter.

(avec AFP)

►À écouter: [Reportage] Opération Sophia: au large du chaos libyen

Texte initialement publié sur : RFI

 

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