Des migrants sur l'île de Lesbos, en Grèce (archive 2016). Crédit : Reuters
Des migrants sur l'île de Lesbos, en Grèce (archive 2016). Crédit : Reuters

Le ministre de l’Immigration grec a annoncé lundi qu’il suspendait la construction controversée de centres de rétention sur trois des cinq îles grecques de la mer Égée qui débordent actuellement de demandeurs d’asile. Il laisse une semaine aux autorités locales pour soumettre des alternatives.

"Je m’engage à suspendre le projet le temps que nous discutions." Lors d’un débat télévisé houleux avec un gouverneur local, le nouveau ministre de l’Immigration grec Notis Mitarachi a fait savoir qu’il acceptait de mettre temporairement sur pause son plan de construire des centres de rétention en lieu et place des camps insalubres et surpeuplés de Moria, Vial et Vathy, respectivement établis sur les îles de Lesbos, Chios et Samos.

Peu après le débat, le ministre a précisé sur Twitter que ce répit serait toutefois de courte durée. "Les autorités locales ont désormais une semaine pour proposer de nouveaux sites" pour la construction de ces centres qui devront être achevés d’ici cet été, a-t-il réaffirmé.

Annoncées en novembre, les trois structures fermées doivent permettre d’accueillir 15 000 migrants qui ne seront plus autorisés à aller et venir librement sur ces îles. Ils seront ainsi enfermés, le temps de les identifier, d'étudier leur statut et de décider de leur relocalisation ou de leur éventuel renvoi en Turquie. Les deux autres camps des îles de Kos et Leros, dont les conditions sont moins dramatiques, seront eux rénovés et élargis.

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Au total, environ 38 000 demandeurs d'asile s'entassent depuis des mois voire des années dans les camps des cinq îles qui, à l’origine, n’ont été conçus que pour accueillir un maximum de 6 200 personnes.

Des îles à la Grèce continentale, une vague de manifestations contre l'accueil des migrants

Souhaitant donner un coup d’accélérateur à la politique migratoire grecque du nouveau gouvernement conservateur, le ministre Notis Mitarachi compte faire débuter les travaux en mars. Une mesure jugée précipitée par les insulaires qui protestent notamment contre la réquisition de terres pour la construction des nouveaux centres. 

"Monsieur le Ministre, les camps existants ne fermeront pas avant cet été. Nous parlons de milliers de personnes et les nouveaux camps ne seront pas prêts dans six mois. Ce n'est pas faisable", a lancé Konstantinos Moutzouris, le gouverneur de la région Égée du nord, lors du débat télévisé de lundi.

En réponse, le ministre, qui a campé sur ses positions quant à la fermeture prochaine des camps, a appelé "au calme" et "à la patience" de toutes les parties. "Nous ne sommes pas des opposants, mais des alliés. Nous avons des objectifs communs", a-t-il ajouté.

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Mais en face, le Conseil de la région de la mer Égée du Nord a suspendu toute coopération avec le gouvernement et affirme même vouloir entamer une action en justice contre le projet. En attendant, résidents et gouvernements locaux continuent de demander à Athènes d'accélérer les transferts des demandeurs d'asile vers le continent pour réduire leur nombre dans les camps.

Là aussi, le gouvernement se heurte au blocage et à la colère des locaux. Seuls 9 000 demandeurs d’asile ont été transférés en Grèce continentale sur les 20 000 annoncés par le gouvernement l’an dernier. 

Des manifestations ont régulièrement lieu comme lundi à Makrygialos, dans le nord de la Grèce, où les habitants ont déployé une banderole sans équivoque : "Nous n'accepterons aucune colonisation illégale". Quelque 200 migrants doivent y être installés dans un ancien foyer pour malades mentaux aujourd'hui désaffecté.

 

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