La ministre de l'Immigration britannique Priti Patel face au Premier ministre Boris Johnson, le 31 janvier 2020. Crédit : Reuters
La ministre de l'Immigration britannique Priti Patel face au Premier ministre Boris Johnson, le 31 janvier 2020. Crédit : Reuters

Un nouveau système d’immigration à points devant entrer en vigueur au 1er janvier 2021 a été présenté mercredi au Royaume-Uni. Celui-ci met fin à la libre circulation des personnes dans l’espace européen Schengen et donne la priorité aux migrants occupant des emplois hautement qualifiés.

Depuis son départ de l’Union européenne (UE) le 31 janvier, le Royaume-Uni est entré dans une période de transition post-Brexit qui doit se terminer en décembre. Parmi les priorités affichées du gouvernement : reprendre le contrôle de ses frontières, un des sujets qui avait d’ailleurs poussé les électeurs à voter en faveur du Brexit lors du référendum de 2016.

Pour ce faire, un nouveau système d’immigration à points entrera en vigueur au 1er janvier 2021. Celui-ci prévoit de "mettre fin à la libre circulation", de "reprendre le contrôle des frontières" et "rétablir la confiance du peuple britannique", souligne Priti Patel, la ministre de l’Intérieur britannique, dans une déclaration rendue publique dans la soirée du mardi 18 février.

"Le gouvernement, qui a entendu le message clair du référendum de 2016 et des élections générales de 2019, compte mettre un terme à la dépendance à l'égard d'une main-d'œuvre bon marché et peu qualifiée entrant dans le pays", ajoute la ministre qui précise que "les niveaux globaux de migration seront réduits" et que la sécurité sera "renforcée".

Au moins 70 points nécessaires et une promesse d'embauche

Pour obtenir l’autorisation d’immigrer au Royaume-Uni, le gouvernement exige que le candidat obtienne au moins 70 points qui sont attribués en fonction des qualifications, du type de profession, du niveau d’anglais ou encore du salaire. Tous les candidats devront également avoir une offre d'emploi et, conformément aux recommandations du Comité consultatif sur les migrations (MAC), le seuil de salaire minimum sera fixé à 25 600 £ (30 800 €).

  • Un maximum de 20 points sera accordé pour les candidats qui pourront justifier d’un salaire d’au moins 25 600 £ (soit 30 820 €). En revanche, aucun point ne sera octroyé pour ceux qui auront le salaire minimum de 20 480 £ (soit 24 600 €).

  • Vingt points seront aussi accordés aux personnes ayant un “niveau de compétence approprié”.

  • Un maximum de 20 points pourront être obtenus en fonction du niveau d’anglais.

  • Les candidats travaillant dans un secteur en pénurie de main-d’oeuvre pourront aussi bénéficier de 20 points supplémentaires.

  • Les titulaires d’un doctorat pourront obtenir entre 10 et 20 points en fonction de leur domaine.

D’après les propositions du gouvernement, il sera possible “d’échanger” certaines caractéristiques telles qu’une offre d’emploi ou des qualifications contre un salaire plus bas.

Toutefois, aucune voie spécifique pour les travailleurs peu qualifiée n’est prévue. “On estime que 70% de la main-d'œuvre actuelle de l'UE ne satisferait pas aux exigences en matière de travailleurs qualifiés, ce qui contribuera à réduire le nombre global de migrants à l'avenir”, explique le ministère de l’Intérieur.

10 000 places pour des travailleurs saisonniers

Le projet pilote sur les travailleurs saisonniers sera, tout de même, étendu pour les récoltes de 2020 passant de 2 500 à 10 000 places, "afin de répondre aux besoins temporaires spécifiques du secteur agricole", informe le ministère.

Pour les étudiants aussi les procédures promettent de se corser. L’obtention de leur visa sera aussi basé sur un système à points. “Les candidats devront démontrer qu'ils ont une offre d'un établissement d'enseignement agréé, qu'ils peuvent subvenir à leurs besoins financiers et qu'ils parlent anglais”, écrit encore le ministère.

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Les Européens et ressortissants de pays n’ayant pas besoin de visa pour entrer en Angleterre continuerons de pouvoir entrer “en touriste” dans le pays pour une durée maximale de six mois. Il ne sera, en revanche, plus possible pour eux d’utiliser une simple carte d’identité comme titre de voyage.

Dix mois ne sont "pas suffisants" pour que les entreprises se préparent

Devant tant d’obstacles, des questions restent en suspens et les opposants au nouveau système sont nombreux, à l’instar de l’Écossaise Christine Jardine, député libérale, qui martèle que 10 mois ne suffisaient pas pour que les entreprises se préparent. Ce nouveau système risque de provoquer "chaos et confusion", selon elle. "Trop d'entreprises ont déjà du mal à embaucher les travailleurs dont elles ont besoin. À présent, les conservateurs veulent les empêcher de recruter à l'étranger, sauf pour les postes les mieux payés."

Des inquiétudes se font également entendre dans plusieurs secteurs comme celui de la santé. L’association UK Homecare estime qu’il est “irresponsable” de ne prendre aucune disposition pour les travailleurs à bas salaire tels que les infirmiers à domicile. “En nous privant de potentiels soignants venant de l’étranger, nous ouvrons la voie à une privation de soins pour certains patients et à de longues attentes non-nécessaires dans les hôpitaux”, a déclaré l’association.

 

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