Crédit : Charlotte Boitiaux
Crédit : Charlotte Boitiaux

Depuis trois mois, une clinique mobile gérée par Médecins sans Frontières (MSF) sillonne le nord de Paris, non loin du centre humanitaire de La Chapelle, pour soigner les migrants. La mini-structure ne désemplit pas : déjà 900 consultations ont été réalisées.

Cela fait bientôt trois mois que MSF a ouvert une clinique mobile à quelques mètres du centre humanitaire de La Chapelle, dans le nord de Paris. Trois mois que des dizaines de migrants atteints de petits maux, de rhumes ou d’angines, passent les portes du minuscule cabinet médical pour se faire soigner. Déjà 900 consultations ont été réalisées depuis son lancement à Noël.

"Il y a une grosse population de migrants qui n’est pas pris en charge [aux abord du centre humanitaire dans le 18e arrondissement de Paris]", explique Corinne Torre, responsable des programmes MSF à Paris, contactée par InfoMigrants. Le centre de la Chapelle dispose bien d’un pôle médical mais il n’est accessible qu’aux 400 hébergés ayant accès aux dortoirs. Pour les autres, c’est la débrouille. "En ce moment, je pense qu’il y a environ 500 personnes autour du centre qui n’ont accès à aucune consultation". La clinique est ouverte 4 jours par semaine, à partir de 14h mais sans horaire fixe de fermeture. "Nous avons un médecin, un interprète, un superviseur dans la clinique mobile, et nous fermons quand il n’y a plus personne à soigner, parfois à 22h", précise-t-elle.

Le vrai problème est d’ordre psychologique

Parmi les patients qui passent par cette minuscule clinique mobile qui sillonne l’arrondissement, beaucoup présentent des pathologies bénignes, "des insuffisances respiratoires, des problèmes de gale". Mais le vrai problème est surtout d’ordre psychologique. "Au niveau santé mentale, on a vraiment des besoins, nous rencontrons des gens qui ont subi des violences durant leurs parcours migratoires, qui ont été torturés", ajoute Corinne Torre. "D’ailleurs près de 30% de nos patients reviennent nous voir juste pour parler avec les interprètes, pour se sentir moins seul".

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La clinique mobile n’a pas seulement une vocation médicale, elle a aussi un "rôle politique", souligne la responsable de MSF. Elle permet de prendre la température de la situation migratoire à Paris et d’alerter les autorités sur l’urgence des besoins de cette population livrée à elle-même. Et en trois mois, le constat est amer.  "Je suis très inquiète par la situation en général", souligne Corinne Torre. Les files d’attente devant le centre – et devant la clinique - s’allongent. "Il y a de plus en plus de monde : de plus en plus d’Afghans déçus par l’Allemagne qui arrivent à Paris. De plus en plus de migrants qui reviennent aussi vers la capitale à cause des fermetures progressives des CAO [centres d’accueil et d’orientation] et des CAOMI [centres d’accueil pour mineurs]."

MSF réfléchit aujourd’hui à la pertinence d’ouvrir des permanences médicales mobiles à Calais, où les migrants affluent à nouveau, ou encore dans la vallée de la Roya, à la frontière italienne.




 

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