Image d’archive de migrants au port de Tripoli, en Libye. Crédit : EPA
Image d’archive de migrants au port de Tripoli, en Libye. Crédit : EPA

La semaine dernière, environ 300 migrants interceptés en mer par les garde-côtes libyens ont été transférés dans le centre de Sharah Zawiya, au sud de la capitale libyenne. Ouvert depuis au moins un an – avec une fermeture de quelques mois fin 2019 – le lieu est depuis peu contrôlé par le DCIM et accessible à l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Centre de détention "caché", centre de transit ou centre "d’investigations" ? Le centre de Sharah Zawiya, dans le sud de Tripoli, est l’objet d’interrogations pour nombre d’observateurs des questions migratoires en Libye.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), contactée par InfoMigrants, le lieu est supposé être un centre de transit : les migrants interceptés en mer sont envoyés dans cette structure afin d’y subir un interrogatoire avant leur transfert vers un centre de détention officiel.

"Théoriquement, ils [les migrants] ne restent pas plus de 48 heures à Sharah Zawiya", précise l’OIM.

"Je suis resté au moins trois mois dans ce centre"

Or plusieurs migrants, avec qui InfoMigrants est en contact et qui sont passés par ce centre, affirment avoir été enfermés plus que deux jours et disent n’avoir jamais été interrogés. "Je suis resté au moins trois mois là-bas l’été dernier, avant de réussir à m’en échapper", indique Ali, un Guinéen de 18 ans qui vit toujours en Libye. "Durant toute cette période, on ne m’a posé aucune question".

Ce dernier explique qu’à leur arrivée, les gardiens dépouillent les migrants. "Ils prennent tout ce qu’on a, le plus souvent nos téléphones et de l’argent". Ibrahim, un Guinéen de 17 ans qui a – lui aussi - réussi à s’échapper du centre ce week-end après avoir été intercepté en mer, raconte la même histoire. "Ils m’ont forcé à leur donner mon téléphone et les 100 euros que j’avais sur moi", soupire-t-il.

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Ali assure également que les Libyens demandent une rançon pour sortir du centre, avoisinant les 3 000 dinars libyens (environ 1 950 euros). "Un monsieur, un Africain, nous amenait des téléphones pour qu’on contacte nos familles et qu’on leur demande de l’argent. Un autre, un Arabe, récupérait la somme due". Il détaille également les coups portés sur les migrants "sans aucune raison" et le rationnement de la nourriture – "un morceau de pain pour trois personnes le matin, et un plat de pâtes pour six le soir".

D’après des informations recueillies et vérifiées par InfoMigrants, le centre est ouvert depuis au moins un an et a fermé quelques mois fin 2019 avant de rouvrir la semaine dernière avec l’arrivée d’environ 300 migrants. Un changement de chefferie à la tête du centre serait à l’origine de cette fermeture temporaire.

Changement d’organisation ?

Ce changement de responsable a-t-il été accompagné d’un changement de fonctionnement ? Ali explique qu’il s’est enfui vers le mois d’octobre, après trois mois de détention, avec l’aide de l’ancienne équipe. "Les Libyens qui contrôlaient le centre nous ont dit de partir car un nouveau chef devait arriver. L'ancien et le nouveau responsable n'étaient d’ailleurs pas d’accord entre eux, à tel point que leurs équipes ont tirés les uns sur les autres pendant que nous prenions la fuite".

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L’OIM signale de son côté n’avoir reçu l’autorisation d’entrer dans le centre que depuis la semaine dernière. "Avant, le lieu était géré par le ministère de l’Intérieur, mais depuis quelques jours c’est le DCIM [le département de lutte contre la migration illégale, NDLR] qui a repris le contrôle", explique l’agence onusienne à InfoMigrants.

Ibrahim assure, lui, qu’aucune somme d’argent n’a été demandée par les gardiens pour quitter le centre. Les personnes interceptées en mer, mardi 18 février, ont en revanche été transférées samedi vers le centre de détention de Zaouia, où une rançon de 2 000 dinars (environ 1 300 euros) leur a été réclamée pour pouvoir en sortir.

Ce genre de centre n’est pas une exception en Libye, prévient une source qui souhaite garder l’anonymat. "Il existe d’autres centres de ce type en Libye où on ne sait pas vraiment ce qu’il s’y passe. Et de toute façon, centre d’investigation, de transit ou de détention c’est pareil. Les migrants y sont toujours détenus de manière arbitraire pour une période indéfinie".

 

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