Des migrants attendent au poste de frontière turco-grec de  Pazarkule, au sud d'Edirne, le 28 février 2020. Crédit : Reuters.
Des migrants attendent au poste de frontière turco-grec de Pazarkule, au sud d'Edirne, le 28 février 2020. Crédit : Reuters.

L’annonce faite par Ankara vendredi de laisser passer les migrants en Grèce a créé un appel d’air. Plusieurs centaines de migrants se sont dirigés vers la frontière grecque. Mais sur place, à proximité d’Edirne, ils se sont retrouvés coincés par la police grecque et les soldats turcs.

Des centaines de migrants syriens, irakiens, iraniens ou encore afghans sont arrivés, vendredi 28 février, à la frontière entre la Turquie et la Grèce. Ce nouvel afflux en direction de l’Europe intervient après la décision prise dans la nuit de jeudi 27 février à vendredi 28 février par le président turc Recep Tayyip Erdogan de ne plus stopper les personnes qui cherchent à se rendre en Europe depuis la Turquie.

Sur des photos prises par Reuters en fin de matinée, des dizaines de familles de migrants accompagnés de leurs enfants patientaient dans le calme dans la zone tampon entre la Turquie et la Grèce, au poste frontière de Pazarkule, situé à sept kilomètres au sud d’Edirne. La situation a pris de l’ampleur dans l’après-midi. D’après la police grecque, les gardes-frontières ont empêché des centaines de migrants de traverser ce poste frontalier, y compris à l’aide de gaz lacrymogène. En effet, à la suite de la décision turque d’"ouvrir les portes", la Grèce a décidé vendredi matin de renforcer ses patrouilles à la frontière avec la Turquie.

Selon d’autres sources, ces migrants se retrouvent pris en étau dans un "no man’s land", étant empêchés côté grec de passer en Grèce et côté turc de rentrer de nouveau en Turquie.

Des bus pour rapprocher les migrants de la frontière

Côté turc, à Istanbul, des autocars ont été mis à disposition des migrants souhaitant se rendre à la frontière grecque, d’après les médias turcs. Ils se dirigeraient vers la frontière à Edirne.

Environ 300 migrants seraient déjà arrivés dans la province d'Edirne indiquait pour sa part l'agence de presse turque DHA en fin de matinée. Une information confirmée par l’armée grecque qui a repéré environ 300 migrants du côté turc de la frontière, dans la région d'Evros (nord-est). "Ce chiffre ne sort pas de l'ordinaire", a toutefois tempéré un officier grec interrogé par l’AFP.

Plusieurs centaines de migrants traversent la frontière avec la Grèce, près de la ville frontalière de Edirne. Crédits :  Reuters
Des images prises par des drones montraient vendredi matin ces dizaines de familles coupant à travers champs avec des sacs sur le dos ou la tête, ou encore d'autres personnes se frayant un chemin à travers un bois, en direction de la frontière grecque.

Outre le groupe de migrants à la frontière terrestre, des journalistes de l'AFP ont constaté l'arrivée à Lesbos d'un bateau avec une cinquantaine de demandeurs d'asile à bord en provenance de la Turquie. Par ailleurs, une vidéo publiée par l'agence de presse DHA montrait un canot gonflable rempli de migrants quittant le rivage dans l'ouest de la Turquie à destination de l'île grecque de Lesbos, en mer Egée. Ces arrivées ne sont pas nécessairement liées aux déclarations turques, les arrivées de migrants sur les îles grecques étant un phénomène régulier.

Selon nos informations, malgré le blocage des réseaux sociaux en Turquie ce vendredi, des messages circulaient entre migrants, avec des cartes Sim étrangères, pour organiser des départs groupés en partance d’Istanbul vers les frontières avec l’Europe après les annonces d’Ankara.

Les migrants au cœur d’un chantage avec l’Union européenne

Ca n’est pas la première fois que le président turc Recep Tayyip Erdogan fait pression sur l’Union européenne en menaçant d’ouvrir les frontières aux plus de quatre millions de migrants et réfugiés, syriens pour la plupart, présents sur son sol. Cette fois, le but d’Ankara est d’obtenir le soutien des Européens dans un contexte de crise avec la Syrie.

La décision de la Turquie intervient juste après la mort, jeudi, d’au moins 33 militaires turcs, tués dans des frappes aériennes du régime syrien dans la région d'Idleb, au nord-ouest de la Syrie, en proie à d’intenses combats entre rebelles syriens soutenus par les turcs et les forces syriennes. Ankara attend de la communauté internationale qu’elle accepte de mettre en place une zone d'exclusion aérienne à Idleb pour clouer au sol les avions du régime syrien et de Moscou qui pilonnent la région depuis plusieurs mois.

>> À lire : La Grèce veut ériger une frontière flottante sur la mer pour limiter l’afflux de migrants

 

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