Quelque 500 migrants, dont de nombreuses familles avec des enfants en bas âge, attendent, mercredi 4 mars, d'embarquer à bord d'un vaisseau militaire dans le port de Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos. Photo : Reuters
Quelque 500 migrants, dont de nombreuses familles avec des enfants en bas âge, attendent, mercredi 4 mars, d'embarquer à bord d'un vaisseau militaire dans le port de Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos. Photo : Reuters

Un navire de l’armée grecque est arrivé mercredi dans le port de Mytilène, à Lesbos, pour héberger les centaines de migrants qui sont arrivés ces derniers jours sur l'île et les transférer vers un lieu pour l’heure inconnu. Sur place, plusieurs ONG continuent de dénoncer des tensions qui paralysent leur prise en charge des migrants.

Environ 500 migrants, parmi les quelque 600 arrivés sur l'île grecque de Lesbos depuis vendredi, attendaient, mercredi 4 mars, d'embarquer à bord d'un vaisseau militaire dans le port de Mytilène. 

Selon des journalistes présents sur place, ces migrants, dont de nombreuses familles avec des enfants en bas âge, se tenaient derrière des barrières installées par les autorités portuaires après avoir passé, pour la plupart, au moins deux nuits dans un campement improvisé, faute de places dans les centres d'hébergement de l'île. "Les migrants sont contenus par la police pour éviter des affrontements avec les locaux", explique à InfoMigrants Anna Pantelia, responsable de communication pour Médecins sans frontières (MSF) à Lesbos.
Si l’idée est de transférer ces nouveaux arrivants hors de l'île saturée, la destination de l'imposant bâtiment maritime, qui peut accueillir jusqu’à 400 personnes, est pour l’heure inconnue. "Les instructions sont de les enregistrer, sans possibilité de faire une demande d'asile, et de les conduire sur le navire afin d'être transférés", a déclaré à l'AFP Fotis Garoufalias, président des gardes côtes grecs à Mytilène. "La procédure devrait être achevée aujourd'hui." 

Le gouvernement grec a annoncé dimanche que le pays n'accepterait plus aucune demande d'asile pendant les 30 prochains jours en réaction à un afflux de nouveaux arrivants : 1 720 personnes ont débarqué illégalement dans les îles de la mer Égée en quatre jours.
 
Une fois à bord, les migrants resteront sur le navire, transformé en bateau hôtel, "aussi longtemps que nécessaire", affirme une source militaire grecque citée par l’AFP. "Nous ne savons pas ce qu’il va advenir de ces personnes", concède à InfoMigrants pour sa part Boris Cheshirkov, représentant du Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) en Grèce, présent à Lesbos.

De brèves échauffourées

Mardi, des centaines de migrants s’étaient déjà rassemblés dans ce port, après avoir été alertés de l’arrivée prochaine de ce bateau. "Certaines personnes pensaient pouvoir acheter un ticket de ferry", précise Boris Cheshirkov. Ce n’était pas le cas. La police les a alors repoussées et de brèves échauffourées ont éclaté. "Ces personnes sont depuis reparties du port", notamment dans le camp surpeuplé de Moria, situé plus au nord, assure Boris Cheshirkov.

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Le navire arrivé mercredi ne devrait transporter que les migrants ayant accosté ces derniers jours sur l’île grecque, suite à l’ouverture des frontières par la Turquie, grâce à la mise en place d'"un système de contrôle strict" lors de la sélection des passagers.

"D'un côté nous devons protéger nos frontières, d'un autre nous devons contrôler les gens ici", s'est justifié Fotis Garoufalias, redoutant de nouvelles tensions dans la zone du port et ajoutant que Moria était "une marmite bouillante".

"Nous cherchons une solution pour améliorer la sécurité"

Si certains notent une légère accalmie mercredi, la situation reste très tendue sur l’île où plus de 19 000 migrants vivent dans des conditions misérables et où l’hostilité de certains habitants empêchent les autorités et les ONG de prendre en charge les migrants. "Cela fait des semaines que les tensions augmentent. Dimanche, des membres de notre équipe ont été agressés physiquement et verbalement", continue Boris Cheshirkov. Le même jour, un centre d'accueil géré par le HCR, mais fermé temporairement, a été incendié près de la plage de Skala Sykamineas.

Plusieurs ONG ont par ailleurs annoncé avoir interrompu leurs activités, parmi lesquelles Refocus, Connect by Music, qui dispense des cours de musique aux réfugiés, Mouvement on the ground, ou encore Médecins sans frontières (MSF).

"Nous avons suspendu nos activités dans les deux centres dans lesquels nous travaillons à Lesbos", a indiqué Anna Pantelia, parlant de tensions alimentées par "des petits groupes de personnes énervées et fatiguées par cette situation" et d’une police locale complètement débordée par les événements. "Des membres de nos équipes ont été frappés, une de nos voitures a été cassée. Des personnels de MSF ont même été pris pour cible à leur domicile!", dénonce-t-elle. "Toutefois, nous restons sur l’île. Nous cherchons une solution pour améliorer la sécurité."

Le HCR, de son côté, n’a pas modifié pour l’heure ses activités. "Il y a toujours ici des milliers de personnes qui ont besoin d’aide de manière urgente", alerte Boris Cheshirkov.

 

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