Des migrants attendant de prendre le bus à Istanbul. Crédit : DR
Des migrants attendant de prendre le bus à Istanbul. Crédit : DR

InfoMigrants a recueilli le témoignage de Khaled*, un immigré palestinien vivant à Istanbul. Samedi dernier, il a pris un bus pour la ville frontalière d'Ipsala afin de tenter de se rendre en Grèce. En vain.

"Je m’appelle Khaled*, je suis un immigré palestinien et je vis à Istanbul depuis un an et demi. Un ami m'a appelé vendredi soir dernier et m'a dit qu'il allait prendre un bus pour se rendre à la frontière turco-grecque. Il avait entendu des rumeurs selon lesquelles c’était facile de franchir la frontière. Nous avons convenu de nous retrouver et de partir ensemble.

Avec un groupe d’amis, nous sommes montés dans un bus depuis la place Topkapi à Istanbul et nous nous sommes dirigés vers la ville frontalière d'Ipsala samedi dernier. Nous n'avons rien dû payer pour monter dans le bus. Quand nous sommes arrivés à Ipsala, nous avons été débarqués dans une salle fermée et vide où environ 500 migrants se sont rassemblés. La salle n'était pas équipée pour recevoir des gens, nous n'avons donc trouvé que des chaises. Nous avons passé la première nuit dans cette salle froide et nous sommes sortis tôt le matin.

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Nous nous sommes dirigés vers le poste-frontière d'Ipsala en pensant pouvoir franchir la frontière par le passage officiel mais, à notre grande surprise, nous avons fait face à l'objection de la police turque. Ils nous ont dit de traverser la frontière depuis le milieu de la forêt et de ne pas s'approcher des points de passage officiels.

Nous avons été très étonnés par ce que nous avons vu. Toutes les rumeurs parlaient de portes ouvertes pour entrer en Grèce. Mais la vérité est tout autre. Nous avons trouvé les portes fermées, nous avons vu la police grecque faire des patrouilles aux frontières et avons également entendu qu’elle lançait des gaz lacrymogènes sur les migrants dans d'autres régions. On a eu peur d’aller à la confrontation.

De plus, nous étions avec des enfants et des femmes et il y avait des gens en chaises roulantes, ce qui nous empêchait de nous déplacer dans les forêts par temps froid et boueux.

"Nous avons dormi en plein air"  

Après une journée entière de tentatives infructueuses pour franchir la frontière, nous avons décidé de dormir à l'air libre. Ce fut une nuit très difficile, nous avons dormi dans les bois et il faisait très froid. Nous avons tenté d’allumer des feux, en vain, car il pleuvait. C'était une situation tragique, en particulier pour les enfants et les personnes âgées.

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Mes collègues et moi avons discuté de nos options au petit matin lundi. Nous étions réalistes : même si nous pouvions traverser la frontière turco-grecque, que ferions-nous une fois en Grèce? Même si nous parvenions à échapper à la police grecque, que ferions-nous si l'un de nous tombait malade? Où allions-nous dormir la nuit? Comment allions-nous voyager?

Et si les autorités grecques nous arrêtent, finirons-nous sur les îles grecques?

Au final, nous avons décidé de ne pas risquer nos vies. Un groupe de douze personnes et moi nous avons décidé de retourner à Istanbul en taxi. Les risques à la frontières étaient trop grands."
 

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.

 

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