Moussa est bloqué à la gare routière d'Edirne après s'être fait volé ses affaires au moment de traverser le fleuve Evros. Crédit : Mehdi Chebil
Moussa est bloqué à la gare routière d'Edirne après s'être fait volé ses affaires au moment de traverser le fleuve Evros. Crédit : Mehdi Chebil

InfoMigrants a rencontré Moussa, un Nigérien de 28 ans, à la gare routière d'Edirne, ville frontalière turque Le jeune migrant a été détroussé par des voleurs qui prétendaient l'aider à traverser le fleuve Evros.

"Je suis arrivé en Turquie par un vol Niamey - Istanbul fin novembre 2019. Il n'y a pas de travail au Niger, je voulais juste échapper à la crise et à l'époque c'était facile d'obtenir un visa. Le billet d'avion coûtait cher, 440 000 francs CFA (670 euros) mais une fois à Istanbul j'ai trouvé un travail très rapidement. J'ai atterri un vendredi. Dès lundi, j'avais un job dans un atelier de confection de vêtements où l'on fait des articles de sport.

Je travaillais au côté d'autres migrants originaires de Syrie et d'Afghanistan, ainsi que des Turcs. J'étais payé entre 1 500 et 1 600 livres turques par mois (215 - 230 euros). La vie à Istanbul était compliquée car je ne parle pas turc. Mais ce qui me gênait le plus était le fait que les Turcs gagnaient plus de 2 000 livres turques par mois (290 euros) pour exactement le même travail que moi.

C'est pour ça que j'ai décidé de partir dès que j'ai entendu le président turc dire que les portes de l'Europe étaient ouvertes. Avant, on pouvait même pas s'approcher de la frontière sans prendre le risque d'être arrêté par la police turque. J'ai donc pris un bus pour 80 livres turques (12 euros) à destination d'Edirne [ville frontalière truque, NDLR]. Nous étions juste une poignée d'Africains, il n'y avait que des migrants syriens et afghans dans le bus. On est arrivé à Edirne vers 20 heures et on a aussitôt cherché à passer la frontière en traversant le fleuve Evros.

Moussa peut manger gratuitement grâce aux associations locales qui viennent distribuer de la soupe et du pain. Il n'a qu'une hâte : retourner à Istanbul. Crédit : Mehdi ChebilDes Turcs nous ont indiqué un endroit où l'eau n'était pas trop profonde. L'un d'eux portait un uniforme de police. Ils nous ont dit de leur laisser nos téléphones portables et notre argent avant de vérifier si on pouvait bien traverser. Je leur ai fait confiance. Puis j'ai enlevé mon pantalon, rassemblé toutes mes affaires donc mon sac à dos et j'ai commencé à avancer dans l'eau. Il n'y avait pas de lumière hormis un rayon de lune. J'ai avancé jusqu'à ce que l'eau m'arrive en haut du torse puis j'ai pris peur car je ne sais pas nager.

J'ai fait demi-tour et j'ai vu que les personnes qui avaient mes affaires avaient disparu. Ces gens qui prétendaient m'aider à traverser en ont profité pour me voler ! Ils sont partis avec mon téléphone portable et mon argent, 200 livres turques (30 euros).

Le lendemain matin j'ai réessayé de traverser la rivière à un autre endroit mais j'ai reculé quand j'ai entendu les policiers grecs nous crier dessus depuis l'autre côté de la frontière. C'est à ce moment que j'ai décidé de rentrer à Istanbul. Je m'estime déjà chanceux de ne pas avoir perdu la vie dans cette rivière. C'est compliqué de rentrer car je n'ai plus d'argent pour payer le billet retour. Pourtant, il faut que je rentre à Istanbul pour reprendre le travail et gagner de quoi me racheter un téléphone portable."

 

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