Les rues vides de Rome, le 12 mars. Crédit : Reuters
Les rues vides de Rome, le 12 mars. Crédit : Reuters

Restriction des déplacements, et donc difficulté pour certains de trouver du travail, impossibilité d'effectuer des démarches administratives, impact économique : en Italie, les mesures de confinement dues à l'épidémie de coronavirus créent de l'inquiétude parmi les migrants.

"Les gérants du centre dans lequel nous vivons nous ont dit de ne plus sortir nous promener." Adama, un Burkinabé de 26 ans qui vit depuis quatre ans en Sicile, encaisse le coup. Les mesures gouvernementales prises par les autorités italiennes pour freiner l’épidémie de coronavirus viennent plomber le quotidien déjà sombre de ce migrant. "Je ne fais plus rien, je n'ai rien à faire", confie-t-il, mercredi 11 mars.                                                                

Avant que l’épidémie de coronavirus ne plonge l’Italie dans une situation de confinement total, Adama, qui est depuis un an résident d'un centre pour migrants et demandeurs d'asile à Raguse, avait pour habitude de sortir dans la journée et de se rendre dans le centre-ville pour chercher du travail. "C’est comme ça qu’on fait pour trouver du travail : on va en ville et on discute avec des gens. Ça arrive qu'un habitant nous dise : 'Je connais une personne qui a besoin de quelqu’un pour faire des travaux de nettoyage'", explique Adama, qui a récemment travaillé dans un champ de tomates. "Désormais, je n'arriverai plus à trouver du travail."

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Deuxième foyer de l’épidémie au monde, l’Italie, qui recense 12 462 cas dont 827 décès (à la date du 12 mars), a ordonné aux habitants de rester chez eux jusqu'au 3 avril. Ils peuvent néanmoins sortir pour travailler, se faire soigner ou acheter à manger. Toutefois, les mesures peuvent changer d'une ville à l'autre. Certaines localités, comme Gênes, interdisent les déplacements, sauf pour des raisons impératives. Sans justificatif pour prouver la raison de sa sortie du domicile, comme un contrat de travail par exemple, toute personne s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 206 euros et à trois mois d’emprisonnement.

"J’aimerais continuer d’aller à la messe"

L'annonce de ces mesures drastiques – et notamment de cette possible amende - a semé l'inquiétude au sein du centre de Raguse. "Nous n’avons pas d’argent", assure Sori Kaba, un Ivoirien de 30 ans résident lui aussi du centre de Raguse. "Il y a un climat de crainte ici". Ce dernier, débouté de sa demande d’asile, ne prévoit pas de déposer un recours et a prévu de quitter l'Italie, un pays où il ne se sent pas à l’aise, avoue-t-il. Mais pour l'heure ses projets de départ sont, forcément, au point mort.

Dans ce centre, comme dans un autre situé dans la commune de Bari, dans la région des Pouilles, plusieurs migrants se plaignent par ailleurs de ne pas être suffisamment tenus au courant de la situation ou de ne pas savoir que croire. De fausses informations - comme des craintes, infondées, concernant le fait que la population veuille donner le coronavirus aux migrants noirs - circulent également.

Yoro, originaire de la Gambie, attend, lui, dans le centre pour migrants de Bari, que la situation se débloque. Ce jeune de 19 ans est arrivé en Italie il y a cinq mois après avoir été secouru en mer par le navire humanitaire l'Ocean Viking, dit-il. Il doit désormais faire partie d'un processus de répartition européen. "On nous a distribué des informations dans le centre : ne pas nous rassembler avec trop de personnes, se couvrir le nez", dit-il.

Parmi les consignes officielles figurent celles de se laver très régulièrement les mains, de tousser ou d'éternuer dans son coude, et de conserver une distance physique avec les autres personnes.

Yoro assure ne plus sortir depuis plusieurs jours. "Sauf pour aller à la messe", précise-t-il. "Dimanche prochain, j'aimerai bien aller à l'église mais je ne sais pas si le service religieux sera maintenu." Probablement pas. Tout type de rassemblement est prohibé dans le pays et le gouvernement italien a inclus la messe, les mariages et les funérailles parmi les rassemblements interdits.

"Beaucoup ne peuvent pas obtenir de renouvellement de leur titre de séjour"

Par ailleurs, pour ceux qui voudraient poursuivre leur demande d'asile ou des démarches administratives, les circonstances rendent, là encore, les choses plus compliquées.

"Les demandeurs d'asile qui vivent dans des centres d'accueil ont obtenu des reports d'audience pour leur passage devant les tribunaux", explique à InfoMigrants Antonella Cascione, une avocate italienne spécialisée dans les lois sur l'immigration et en droit pénal.

"Malheureusement les services en charge des questions d'immigration ne rouvriront qu'en avril et beaucoup de candidats ne peuvent pas obtenir de renouvellement de leur titre de séjour."

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Dans la région de Venise, où l'épidémie du coronavirus s'est déclarée de manière précoce, Hamed Ahmadi, un réfugié afghan qui vit en Italie depuis de nombreuses années, souffre lui aussi de la situation. "Le restaurant dans lequel je travaille devait rester fermé ces derniers jours à partir de 18h, et même quand il était ouvert il n'y avait pas de client. Cette absence d'activité représente un coût pour moi ainsi que pour les personnes qui travaillent dans ce restaurant", se plaint-il.

Ce jeudi matin, tous les commerces de la péninsule, à l'exception des supermarchés et des pharmacies, ont reçu l'ordre de rester fermés.

Hamed Ahmadi pense aussi aux nouveaux arrivants qui ne parlent pas italien. "Pour eux, c'est compliqué de s'informer et de savoir comment se protéger. Car, vous savez, le coronavirus, lui, ne fait pas de distinction. Il ne connaît ni riches ni pauvres, ni migrants, ni non-migrants."

 

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