Environ 500 migrants sont maintenus à bord d'un navire militaire au port de Mytilène, à Lesbos. Crédit : DR
Environ 500 migrants sont maintenus à bord d'un navire militaire au port de Mytilène, à Lesbos. Crédit : DR

InfoMigrants a reçu le témoignage de Fabrice, un migrant congolais retenu depuis une semaine à bord du navire militaire amarré au bord de Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos. Il décrit ses conditions de vie précaires et estime que les migrants sont "traités comme des animaux".

"Je suis arrivé à Lesbos dimanche 1er mars à bord d’une embarcation pneumatique avec une cinquantaine de personnes. Au départ, les autorités nous ont fait monter dans un bus afin de nous emmener dans le camp de Moria.

Mais sur la route, le bus a été bloqué par des habitants de l’île qui refusaient qu’on aille dans le camp, disant qu’il était déjà surpeuplé. On est resté au moins deux heures à attendre que le chauffeur négocie avec les manifestants.

Face à leur insistance, il a fait demi-tour et nous a déposés au port de Mytilène. On a passé quatre jours là-bas. Nous dormions sur place, à même le sol, avec les couvertures qu’on nous avait distribuées.

Puis, mercredi 4 mars, les autorités nous ont fait monter dans un bateau militaire après avoir pris nos noms, prénoms et nos empreintes.

"On ne mange pas à notre faim"

Nous sommes environ 500 à bord, dont de nombreuses femmes, enfants et nourrissons. Il y a beaucoup de nationalités : des Afghans, Somaliens, Pakistanais, Syriens, Gambiens, Congolais, Ivoiriens, Irakiens…etc. Le bateau est tellement surpeuplé que certaines personnes sont obligées de dormir dans un bus garé au port.

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La situation à bord du navire est catastrophique pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, on ne mange pas à notre faim. Ils nous donnent juste ce qu’il faut pour qu’on n’ait pas le ventre complètement vide. C’est tous les jours la même chose : le matin un gâteau, le midi du riz ou des haricots avec de la viande et le soir un œuf et du pain. On mange ça depuis une semaine, on n'en peut plus.

Les migrants à bord du navire se plaignent de la nourriture. Crédit : DRL’autre gros problème est qu’il n’y a pas de douche. Depuis mon arrivée le 1er mars, je n’ai pris aucune douche. On n’a pas d'autre choix que de rester sale.

C’est aussi difficile au niveau des toilettes : il y en a seulement 10 alors que nous sommes au moins 500 ! Ce n’est pas suffisant. Il faut faire la queue longtemps pour simplement faire ses besoins.

"On est abandonnés à notre triste sort"

On ne fait rien de toute la journée alors on dort pour passer le temps. On n’a pas le droit de sortir du navire et personne ne peut entrer, même les associations. On est cloîtrés là, sans pouvoir bouger. On est abandonnés à notre triste sort.

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Personne ne nous donne d’informations, on ne sait pas ce qu’on va devenir. Les policiers nous ont dit en début de semaine qu’ils construisaient un centre à Serres, sur le continent, pour nous y emmener. Mais on ne sait pas si on pourra demander l’asile là-bas. La Grèce a stoppé les dépôts d’asile alors on est dans le flou.

J’ai quitté le Congo pour demander la protection mais je ne peux pas le faire. Je suis stressé et nerveux depuis quelques jours. On est traités comme des animaux, ce n’est pas digne de dormir par terre comme on le fait actuellement.

J’ai aussi peur que l’épidémie de coronavirus se propage dans le navire. Il y a beaucoup de personnes âgées, je m’inquiète pour elles."

*Le prénom a été modifié

 

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