Les migrants appréhendent cette période de solitude. Crédit : Reuters
Les migrants appréhendent cette période de solitude. Crédit : Reuters

Depuis mardi 17 mars, la population en France et dans de nombreux pays doit se confiner chez elle afin de limiter la propagation de l'épidémie de coronavirus. Les migrants, réfugiés et demandeurs d'asile appréhendent cette période de solitude. Témoignages.

Issiaga, 25 ans, réfugié en France, originaire de Guinée :  

"Je vis dans un appartement avec trois autres personnes. C’est très dur de ne pas pouvoir sortir mais j’en profite pour me concentrer sur l’écriture de mes poèmes. Je lis aussi beaucoup de livres.

Avant le confinement, j’allais régulièrement me promener le long de la Dordogne, ça me faisait du bien et me permettait de penser à autre chose. Mais maintenant, le fait de rester enfermé est difficile car je repense à ce que j’ai vécu, notamment en Libye (Issiaga a reçu des balles dans les deux pieds en Libye en tentant de s’échapper de prison, NDLR).

Mon opération du pied qui devait avoir lieu hier a été reportée à une date ultérieure. L’hôpital m’a dit qu’ils me tiendraient au courant une fois la crise sanitaire terminée.

Je devais aussi avoir des cours de conduite car je passe mon permis mais tout est suspendu."

Aïcha, 23 ans, demandeuse d’asile en France, originaire de Côte d’Ivoire :

"C’est très dur d’être confinée dans ma chambre d’hôtel avec mon fils d’un an et demi. C’est étouffant !

J’ai l’habitude de rester dans ma chambre mais je sortais quelques heures au parc avec mon fils mais même ça ce n’est plus possible aujourd’hui.

Hier, pour la première journée on a passé notre temps à dormir. Il faut que je trouve des occupations pour les prochains jours.

Concernant la nourriture, je n’ai pas eu de problèmes. À chaque début de mois, quand je reçois les 295 euros de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration), je pars faire le plein de nourriture. La seule différence, c’est que ce mois-ci j’ai pris deux gros sacs de riz alors que d’habitude j’en prends moins. Je devrais m’en sortir avec ce que j’ai jusqu’à la fin du mois.

Je devais avoir un rendez-vous avec l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) pour ma demande d’asile que j’ai déposée il y a un an mais il a été reporté.

Je vais pouvoir supporter le confinement 15 jours mais s’il est prolongé, ça va être très dur pour moi et mon fils."

Sissoko, 31 ans, demandeur d’asile en France, originaire du Mali :

"Je suis hébergé dans un centre en banlieue parisienne. Je reste toute la journée dans ma chambre.

C’est très dur car je ne suis pas habitué à ne rien faire. En temps normal, je suis bénévole au Secours catholique mais là je ne peux plus y aller.

Ma situation n’est pas la pire. J’ai des amis qui vivent dans la rue à Paris, c’est très compliqué pour eux. Ils appellent le 115 mais c’est toujours occupé. Quand ils y arrivent et qu'ils sont logés, ils sont remis à la rue le matin et n’ont nulle part où aller.

Avant, ils passaient leur journée à la bibliothèque de la porte de la Villette (nord de Paris) mais elle est désormais fermée.

Les distributions alimentaires vont-elles se maintenir ? Nous n’avons pas d’informations mais si les regroupements sont interdits, je ne pense pas que mes amis pourront continuer d’y aller. Les restaurants solidaires aussi sont fermés donc ça va devenir très dur pour eux."

Paul*, 33 ans, migrant en France, originaire de Côte d’Ivoire :

"Ma femme et mes jumelles de quatre ans ont été prises en charge par l’Ofii et sont hébergées dans un centre en région parisienne. Moi, j’ai été débouté de ma demande d’asile donc je n’ai pas pu rester avec elles, je suis dans un centre pas très loin d’elles.

Avant, on se donnait rendez-vous et on se voyait dans la rue. On allait faire nos courses ensemble, je passais du temps avec elles et chacun rentrait dans son centre.

Mais avec le confinement, je ne peux plus voir ma famille, on se parle en appels vidéos pour maintenir le contact.

Dans le centre où je suis, on ne nous a rien donné pour nous protéger du coronavirus alors chaque personne achète elle-même son savon. Les mesures de distanciation sont respectées, on se parle à un mètre l’un de l’autre.

Le centre doit fermé le 31 mars, je ne sais pas si cela va être le cas avec les mesures de confinement. Nous n’avons pour l’instant aucune information."

Ali, 19 ans, migrant en Libye, originaire de Guinée :

"Ici, nous sommes exposés à tous les dangers. Nous avons peur du coronavirus car nous n’avons pas accès aux hôpitaux. Comment nous protéger en Libye ?

Rien n’a changé pour nous, les migrants. On vit entassés les uns sur les autres, nous n’avons rien pour nous protéger.

Malgré le coronavirus en Italie, nous pensons que ce pays est plus sûr que la Libye car là-bas nous serons mis à l’abri de la contamination."

*Le prénom a été modifié

 

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