La cour du CRA du Mesnil-Amelot en Seine-et-Marne, le 26 avril 2019. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants.
La cour du CRA du Mesnil-Amelot en Seine-et-Marne, le 26 avril 2019. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants.

Plusieurs associations demandent la remise en liberté urgente des quelque 900 personnes présentes dans les centres de rétention administrative en France. Des lieux, qu'elles jugent inadaptés aux mesures de protection contre le coronavirus prônées par le gouvernement.

"À l’heure où le pays entre dans une période de confinement, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) s’alarme de voir que des personnes (hommes, femmes, enfants) sont toujours privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA), les locaux de rétention administrative (LRA), les zones d’attente (ZA)." Face au coronavirus, plusieurs organisations ont appelé mercredi 18 mars à la "libération immédiate" de ces personnes enfermées. "C’est une exigence absolue, tant juridique que sanitaire."

Et pour cause : dans ces lieux de privation de liberté, rien ne semble avoir changé depuis la mise en place des mesures drastiques décidées par le gouvernement francais pour enrayer la pandémie de coronavirus. "En CRA, les conditions de rétention sont aux antipodes de ce qui est préconisé par le gouvernement", s'alarme David Rohi, responsable rétention à la Cimade, association d'aide aux réfugiés qui intervient en CRA mais qui a suspendu toutes ces activités dans le contexte actuel. "Personne, absolument personne ne trouverait tolérable d'être exposé à ce genre de contexte."

Mercredi dans la matinée, plus de 900 personnes étaient toujours retenues dans différents centres à travers le territoire français. "Les personnes mangent ensemble dans les réfectoires, les mesures de distances ne sont pas appliquées, les interactions sont nombreuses", dénonce encore David Rohi qui parle d'une situation extrêmement grave. "Tout cela représente un danger pour les retenus tout comme pour les gardiens. Le virus peut se propager."

À l'heure actuelle, et malgré plusieurs suspicions, aucun cas de contamination au coronavirus n'a été confirmé dans un CRA en France.

Les OQTF toujours valables pour les individus remis en liberté

Face à la situation, plusieurs juges, de Paris à Bordeaux, ont commencé à libérer des personnes dont le prolongement de la rétention avait été demandé, expliquant que leur maintien venait contredire les recommandations sanitaires.

Autre raison invoquée pour justifier les remises en liberté : les expulsions sont désormais impossibles. "D'abord parce que la plupart des liaisons aériennes avec les pays vers lesquels elles devaient être renvoyées ont été interrompues (...) Ensuite parce que leur éloignement du territoire serait contraire aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé qui visent à limiter les risques d'exportation ou d'importation de la maladie", indiquent encore les associations dans leur communiqué.

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Parmi ces remises en liberté, on compte les 12 retenus du CRA de Bordeaux, libérés "en raison de l'impossibilité pour certaines personnes d'être éloignées vers leur pays d'origine", indique-t-on du côté de la préfecture de Gironde. Mais ce centre ne fermera pas pour autant ses portes. Il doit même accueillir de nouvelles personnes : les six retenus évacués du CRA de Hendaye. Ces derniers n'ont eux pas reçu l'autorisation d'être remis en liberté par le juge des libertés et de la détention chargé de leur cas, selon une membre de la Cimade présente dans ce centre.

Le CRA de Guadeloupe a quant à lui fermé mardi. À Mayotte, habituellement le centre le plus peuplé de l'Hexagone, plus qu'une poignée de personnes était retenue mercredi matin.

Toutefois, une fois dehors, aucun dispositif particulier n'est prévu pour ces personnes, dont certaines sont en situation de grande précarité. Par ailleurs, les OQTF (Obligations de quitter le territoire français) qui visent ces individus remis en liberté ne sont pas pour autant annulées.

"Techniquement, ils sont libérés pour sept jours. Passé ce délai, ils peuvent à nouveau être arrêtés par les autorités", explique David Rohi.

"On a besoin de masques, on doit nettoyer les chambres"  

Du côté des CRA du Mesnil Amelot, où 167 personnes sont toujours retenues - et de Vincennes, où se trouvent plus de 110 personnes - , toujours selon des chiffres de la Cimade, la situation semble au point mort. Ces derniers jours, de nouvelles personnes ont même fait leur arrivée dans ces lieux. À l'intérieur, l'angoisse monte parmi les occupants.

"On le dit à la police tous les jours : on a besoin de masques, on doit nettoyer les chambres, on le fera nous mêmes, donnez nous le matériel et on va nettoyer", a dénoncé un retenu dans une tribune publiée sur Internet.

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Du côté des préfectures, peu d'informations sont données quant à la situation dans les différents centres. La préfecture de Seine-et-Marne s'est contentée d'expliquer à InfoMigrants que "les flux d'arrivées sont limités pour préserver le confinement et les placements recentrés sur les fauteurs de trouble à l'ordre public et les sortants de prison".

Le ministère de l'Intérieur n'a quant à lui jamais répondu aux interpellations des différentes associations.

"Il n'y a clairement pas de volonté politique d'arrêter les placements en détention malgré les risques encourus par les personnes enfermées et malgré le risque de santé publique", tonne Dovid Rohi.

 

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