Le terrain vague situé sur la commune d'Aubervilliers où se sont installés quelque 500 migrants. Photo : InfoMigrants
Le terrain vague situé sur la commune d'Aubervilliers où se sont installés quelque 500 migrants. Photo : InfoMigrants

Quelque 500 migrants concentrés dans un bidonville d'Aubervilliers aux conditions sanitaires déplorables vont être mis à l'abri "dans les prochains jours" dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, a annoncé jeudi le préfet de la région Ile-de-France. À Paris, des familles attendent elles aussi un hébergement d'urgence.

À l'heure où la population française est appelée à rester confinée chez elle pour freiner la pandémie de coronavirus, la préfecture d’Île-de-France a annoncé, jeudi 19 mars, la mise à l'abri des quelque 500 migrants du camp d'Aubervilliers, aux portes de Paris. Une opération conjointe avec la préfecture de Seine-Saint-Denis - qui doit prendre en charge 300 de ces personnes sur son département - est prévue "dans les prochains jours, d'ici le tout début de semaine prochaine", a souligné le préfet Michel Cadot.

Un total de 200 personnes seront par ailleurs installées dans des gymnases mis à disposition par la ville de Paris, a-t-il poursuivi, en précisant que, dans l'intervalle, un "renforcement des lieux pour se laver et avoir un minimum de suivi d'hygiène" sera mis en place. La mairie de Paris avait proposé en début de semaine la réquisition de 14 gymnases de la capitale. Mercredi, six avaient déjà ouvert leurs portes.

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Michel Cadot a également détaillé le plan mis en place pour les sans-abri et migrants potentiellement contaminés par le Covid-19, avec "plus de 300 places" à l'isolement dans des "centres de desserrement" créés en Île-de-France. Trois ont ouvert jeudi, dont deux à Paris et un à Nanterre (Hauts-de-Seine), tandis qu'un quatrième doit ouvrir vendredi à Argenteuil (Val-d'Oise), pour accueillir des personnes présentant des symptômes mais dont l'état de santé ne nécessite pas une hospitalisation.

''Ce n'est pas possible de garder nos distances avec les autres ici''

Les mises à l'abri des occupants du camp sauvage à Aubervilliers sont un soulagement tant la situation hygiénique et sanitaire y est inadaptée aux mesures de confinement de la population décrétées par le gouvernement. ''C'est une très bonne nouvelle'', réagit Julie, membre d'Utopia 56. ''Il était temps car il y a de gros problèmes de conditions sanitaires sur place et notamment une absence d'accès à l'eau.''

Amir, un Libyen de 23 ans vivant sur cette friche depuis trois mois, parlait d'ailleurs jeudi à InfoMigrants de la surpopulation de ce terrain. ''Ce n'est pas possible de garder nos distances avec les autres ici. Et puis, il y a beaucoup de personnes qui dorment avec quelqu'un sous la tente. Moi-même je partage une tente avec un ami. Nous sommes dans la merde'', racontait le jeune homme, qui précise mettre 25 min pour trouver les premières douches accessibles et non-encombrées.

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Mercredi, selon des témoins, une équipe de policiers montés était venue inciter les migrants à rester sur le terrain vague sur lequel ont été installées tentes et installations précaires, au lieu de errer aux alentours, quitte à être plus rapprochés les uns des autres.

''Pour nous, le coronavirus, c'est un problème en plus''

De l'autre côté du périphérique, à Paris, les situations d'autres migrants inquiètent par ailleurs les associations. Plusieurs familles subissent en effet de plein fouet le contexte anti-coronavirus alors qu'Utopia 56 a mis fin aux hébergements solidaires et que les hôpitaux, qui pour certains accueillaient parfois des sans abri, sont désormais dans l'incapacité de poursuivre ces hébergements en raison de la saturation des établissements ou des nouvelles règles sanitaires.

Ainsi, comble de la situation de ces derniers jours : certaines personnes se sont retrouvées à la rue, lieu public forcément à risque lors d'une pandémie, justement en raison des mesures prises dans le cadre de cette crise sanitaire.

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Cela a été le cas de Loïc*, Rwandais de 38 ans, de sa femme et de leurs trois enfants. ''Quand la situation de confinement s'est déclenchée, lundi 16 mars, ma famille et moi étions logés chez une famille de Parisiens dans le 11e arrondissement (dans le cadre du programme d'hébergements solidaires, NDLR) pendant leurs vacances, raconte Loïc. Après les annonces d'Emmanuel Macron, qui a appelé les Français à rentrer chez eux, nos hôtes ont voulu récupérer leur domicile. Nous nous sommes retrouvés dehors.''

Pour la famille de Loïc, qui alterne depuis janvier entre hébergement fourni par le 115 et les solutions de logement mises à disposition par les particuliers, la nouvelle a été un coup dur.

''Nous avons dormi deux nuits à la rue, sous une tente'', raconte Loïc. Mercredi, leur tente a été confisquée par les forces de l'ordre. ''Les policiers nous ont dit de ne pas nous regrouper et de ne pas nous approcher les uns contre les autres. On leur a dit : 'Mais vous voulez qu'on fasse quoi?'''

Depuis jeudi, Loïc et sa famille sont logés dans un gymnase du 20e arrondissement. ''C'est grand et on est que quatre familles ici, donc chacune peut s'installer dans un coin de la salle, de cette façon on peut respecter les distances entre nous'', se réjouit celui qui affirme avoir évidemment peur du coronavirus car ''tout le monde a peur de la mort''. ''Pour nous, c'est devenu un problème de plus.''

''Les policiers m'ont dit 'Rentrez chez vous!' mais je n'ai nulle part où aller''

D'autres à l'image de Betina Diallo, une Sénégalaise de 37 ans, ont été logés temporairement, jeudi aussi, dans un hôtel par des associations. Mais la demandeuse d'asile redoute d'être remise à la rue à tout moment. ''J'ai peur. Hier, des policiers m'ont vue dans la rue et m'ont dit : 'Rentrez chez vous!' mais je n'ai nulle part où aller'", sanglote-t-elle.

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Jeudi après-midi, une dizaine de familles, composées au total de 33 personnes, étaient encore dans l'attente d'hébergements d'urgence pour ne pas avoir à passer la nuit dehors, selon Utopia 56.

*Le prénom a été modifié. 

 

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