Des policiers et des migrants près de la frontière italienne. Crédit : Michèle Rivasi (Archive)
Des policiers et des migrants près de la frontière italienne. Crédit : Michèle Rivasi (Archive)

La France continue de refouler les migrants à Vintimille, à la frontière avec l'Italie. Sur place, leur prise en charge médicale est difficile car la plupart des associations ont cessé leurs activités à cause de la pandémie de coronavirus. Côté français, une unité médicale continue les maraudes.

En pleine pandémie de coronavirus, les autorités françaises continuent d’accompagner les migrants interceptés sur le territoire français jusqu’à la frontière italienne, vers l’une des régions les plus touchées au monde. “Ils entrent ensuite à pieds en Italie et se dispersent dans la ville, sans être contrôlés et surtout sans savoir s’ils sont, comme nous, porteurs du virus”, alertait samedi 21 mars le maire de Vintimille, ville italienne située à la frontière avec la France, dans le journal italien Il Fatto Quotidiano.

“Deux migrants ont encore été refoulés lundi 16 mars”, indique à InfoMigrants, Agnès Lerolle, en charge d’une mission d’observation conjointe à la frontière franco-italienne entre plusieurs associations (Amnesty International France, la Cimade, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières et le Secours Catholique Caritas France).

“D’autres refoulements ont pu avoir lieu depuis sans qu’on le sache, puisque l’association italienne présente à la frontière pour proposer des repas et orienter les migrants, Kesha Niya, n’a plus le droit de s’y rendre. Ils ont tenté de le faire quand même et ils se sont retrouvés au poste de police” ajoute-elle. Conséquence : depuis mardi 17 mars les observateurs n’ont plus aucune information sur les refoulements.

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Joint par InfoMigrants, la préfecture des Alpes-Maritimes refuse le terme d'expulsion : "Il ne s'agit pas d'une procédure d'expulsion mais d'une procédure de non-admission sur le territoire national". "L'ensemble des ressortissants étrangers cherchant sans motif légitime à entrer en France doivent désormais faire l'objet d'un refus d'entrée par les autorités françaises", précisent les autorités.

Un numéro vert de Médecins du Monde en Italie

Côté italien, à cause de la pandémie de coronavirus, la plupart des ONG d’aide ont suspendu leurs activités à Vintimille. “Très peu de migrants arrivent, mais ces derniers sont totalement livrés à eux-même dans la ville”, s’inquiète Jacopo Colomba, consultant juridique des ONG Caritas et We World, contacté par InfoMigrants.

À Vintimille, seul subsiste le camp de la Croix-Rouge qui accueille 250 personnes en périphérie de la ville et des équipes réduites de Caritas effectuent des distributions alimentaires et de vêtements à proximité de la gare, à 2 kilomètres du camp. L’équipe française de Médecins du monde, elle, n’est plus autorisée à passer la frontière pour soigner les migrants en Italie.

Un numéro vert a été mise en place par Médecins du monde Italie pour des consultations à distance : 800 905 570 / Lyca : 35 11 37 63 35.

Dans le camp de la Croix-Rouge, un médecin est présent le matin pour les résidents. “Le camp accepte encore de nouveaux migrants !”, signale Jacopo Colomba. Les bénévoles de la Croix-Rouge y ravitaillent les résidents en courses alimentaires pour éviter de multiplier les sorties. Des policiers italiens, postés 24h/24 à l’entrée, contrôlent strictement les autorisations de sortie.

Des migrants enfermés avec 10 personnes dans 10 m2

Le coronavirus a fait plus de 6000 morts en Italie, particulièrement dans cette région du Nord. Le pays est le plus touché au monde. Aussi, l’arrivée de personnes expulsées depuis la France, sans aucun contrôle médical, multiplie les risques de contagion pour les locaux et pour les refoulés.

D’autant que les associations françaises rapportent des conditions d’hygiènes désastreuses pour les migrants retenus à la police aux frontières (PAF) de Menton avant leur expulsion. Il y sont maintenus enfermés, la nuit précédant leur refoulement, dans une très forte promiscuité à l’intérieur de conteneurs de 10 à 15 m2 (constructions mobiles de type algéco).

“Deux constructions de ce type se trouvent à Menton, elles sont accolées au poste de la PAF. De 10 à 15 personnes à y sont habituellement enfermées. À l’intérieur se trouvent des bancs métalliques et c’est tout. Un seul sanitaire et un robinet sont installés dans la cour extérieure”, détaille à InfoMigrants Emilie Pesselier de l’Anafé. “La santé de ces personnes se trouve mise en danger”, alerte l’association d'aide aux étrangers bloqués aux frontières, qui a enjoint les autorités à appliquer des mesures sanitaires spécifiques.

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“Un cas de fièvre nous a été signalé dans ces conteneurs, quelques nuits avant l’annonce du confinement en France. Ce soir-là, 10 personnes au moins se trouvaient enfermés avec la personne malade”, rapporte Agnès Lerolle. “On ne sait pas ce qu’elles sont devenues”.

D'après la préfecture des Alpes-Maritimes, au vue du faible nombre de personnes interceptées à la frontière franco-italienne ces derniers jours, "les remises aux autorités Italiennes ont lieu immédiatement". Ces fameux conteneurs seraient donc vides. 

Les autorités ajoutent avoir équipé "l'espace de mise à l'abri de Menton Saint-Louis" de savon et d'eau. "Les consignes sur les gestes barrière sont énoncées. En cas de personnes se déclarant malades ou présentant des symptômes, un appel au 15 est immédiatement réalisé pour les conduites à tenir", précise la préfecture.

Les permanences gratuites d’accès aux soins de santé des Hautes-Alpes fermées

L’inquiétude pour l’état de santé des migrants face au coronavirus se fait d’autant plus grande que dans certains départements avoisinant la frontière, commes les Hautes-Alpes, les permanences gratuites d’accès aux soins de santé (PASS) ont fermé leurs portes, indique à InfoMigrants Carla Melki, de Médecins du monde.

À défaut, les équipes de l’ONG appuyées par l'autorité régionale de santé ont mis en place une unité mobile, avec des maraudes médicalisées. Un médecin, un médiateur et une infirmière se déplacent sur tout le département, entre le Refuge solidaire et le squat Saint-Marcel de Briançon, ainsi qu’un squat de Gap. “Pour le moment, nous ne nous rendons plus à la frontière car les arrivées se sont taries mais nous pourrions nous redéployer en fonction des traversées”, précise Carla Melki. Un numéro d’urgence a été mis en place pour joindre l’unité mobile de Médecins du monde côté français : 06 98 26 30 58.

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