Des migrants dans le camp de Moria, sur l'ile grecque de Lesbos. Photo: picture-alliance/dpa
Des migrants dans le camp de Moria, sur l'ile grecque de Lesbos. Photo: picture-alliance/dpa

Sur l'île grecque de Lesbos, les migrants du camp de Moria, le plus important d'Europe, expriment leur angoisse décuplée par "l'ère du corona". Sur place, les équipes médicales tentent d'organiser le confinement de cette enceinte dans laquelle aucun cas de coronavirus n'a été recensé à ce jour.

La situation "s'aggrave quotidiennement" dans le camp de Moria, assurent ses résidents. ''On ne peut plus aller faire nos courses en ville comme on le faisait avant, nos enfants mangent de moins en moins", explique à l'AFP Ibrahim Mohament Hussein, un demandeur d'asile somalien vivant dans le camp depuis six mois. "On nous a dit de ne pas sortir de nos tentes et de ne pas nous rassembler en groupes, mais c'est impossible à Moria."

Quelque 19 000 migrants s'entassent dans ce camp, six fois la capacité d'accueil de ces lieux. Sur place, la situation est une "bombe sanitaire", selon les termes du porte-parole du gouvernement grec, Stelios Petsas. 

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Alors que le virus a déjà contaminé 743 personnes en Grèce - dont trois habitants de l'île de Lesbos - et en a tué 20 dans tout le pays (à la date du mercredi 25 mars), le camp a fait l'objet de mesures drastiques pour empêcher le coronavirus de s'y propager, en décrétant notamment un confinement quatre jours avant le reste de la Grèce. Mais les mesures de précautions se heurtent à la réalité du terrain.

"Il n'y a aucune possibilité de distanciation sociale" et "l'équipement médical nécessaire n'est pas disponible", a alerté Juan Fernando Lopez Aguilar , résident de la Commission européenne parlementaire des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE).

"Les médecins n'examinent que ceux qui toussent ou éternuent''

Parmi les migrants, l'angoisse monte. "On est dans l'ère du corona et le plus gros problème (ici) c'est la surpopulation des camps", observe sur Facebook Mohamed Omid, demandeur d'asile afghan.

Depuis le confinement, les organisations et la police se raréfient dans le camp. "Le problème de sécurité est pire actuellement car tout s'est arrêté et nous avons peur", assure Ibrahim Mohament Hussein.

Pour l'Afghan Sayed Nasid Haidari, "le virus a entraîné le chaos dans le camp, le stress est énorme, la peur entraînera beaucoup plus de problèmes que le virus". "Il n'y a plus de police, les employés ne viennent plus (...) je comprends, ils suivent les restrictions (du gouvernement) mais le camp fonctionne au ralenti, les ordures débordent devant le camp" et le bus de Mytilène (principale ville de l'île) n'est pas venu comme à son habitude, raconte-t-il à l'AFP.

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Une vingtaine d'ONG, dont Human Rights Watch, ont exhorté mardi le gouvernement à "réduire immédiatement" le nombre de personnes dans les camps pour empêcher "une crise sanitaire en pleine pandémie de coronavirus". Selon elles, "des milliers de gens dont des personnes âgées, souffrant de maladies chroniques, de très jeunes enfants, des femmes enceintes, des handicapés ou des mineurs non accompagnés sont pris au piège dans des conditions déplorables en pleine pandémie de Covid-19".

D'après des témoins, les malades chroniques se retrouvent d'ailleurs reléguées au second plan. ''Les médecins n'examinent actuellement que ceux qui toussent ou éternuent alors qu'il y a des gens souffrant de problèmes cardiaques ou autres", s'inquiète encore Sayed Nasid Haidari.

''Pour l'heure, aucun cas n'a été recensé dans le camp''

Le personnel médical est de fait en sous-nombre. ''Le ministre de la Santé grec déploie seulement quatre médecins dans ce camp, pour près de 20 000 personnes'', dit Anna Pantelia, coordinatrice de Médecins sans frontières (MSF) en Grèce, contactée par InfoMigrants. À cela s'ajoutent d'autres médecins travaillant pour différentes ONG.

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''Dès jeudi, nous allons mettre en place une nouvelle procédure dans la clinique pédiatrique de MSF en face du camp. Nous procéderons à un triage des patients que nous orienterons vers des salles d'attente séparées en fonction de leur symptômes'', explique Anna Pantelia, en ajoutant que les équipes de MSF ont reçu des équipements de protection. ''Ceux qui ont de la fièvre, qui toussent et qui ont de la diarrhée seront envoyés dans une section à part et d'autres tests seront effectués pour déterminer si leurs symptômes sont similaires à ceux du Covid-19. Si oui, nous en référerons aux services de santé de l'État. Pour l'heure en tout cas, aucun cas n'a été recensé dans le camp.''

Face à la crise sanitaire, certains migrants n'ont pour leur part pas attendu d'être prise en charge avant d'agir. Dans les locaux de l'ONG Stand by me, plusieurs habitants se sont organisés ces derniers jours pour mettre sur pied une sorte d'''usine de masques'' afin de fabriquer eux-mêmes des protections sanitaires destinées au corps médical grec.

 

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